Qui est Muhammad en islam ?
Muhammad (محمد) signifie « le loué ». Pour les musulmans, il est le dernier des messagers de Dieu, celui par qui le Coran a été révélé, et un être humain choisi, jamais un être divin. Le Coran le nomme quatre fois sous le nom de Muhammad (3:144, 33:40, 47:2, 48:29), et une fois sous la forme Ahmad, dans la bouche de Jésus (61:6). Il le désigne bien plus souvent « le Prophète » ou « le Messager ».
Il se situe dans la chaîne des prophètes que l'islam fait remonter à Adam : Abraham, Moïse et Jésus ont apporté, selon le Coran, le même fond de message, l'adoration du Dieu unique. Muhammad le transmet à son tour, « pour toute l'humanité » (34:28). Mais il reste un homme : « Dis : Je suis en fait un être humain comme vous. Il m'a été révélé que votre Dieu est un Dieu unique » (18:110). Les musulmans ne l'adorent pas ; ils l'aiment, le respectent et suivent son exemple.
Les graphies françaises varient : Muhammad, Mohammed, Mohamed, et la forme ancienne « Mahomet ». L'article Pourquoi parle-t-on de Mahomet ? en retrace l'histoire, et Saïd Moustarhim propose dans Muhammad n'est pas Mahomet une réflexion sur les mots.
Cette page suit sa vie telle que la tradition musulmane la rapporte, d'après le Coran et la Sîra. Presque toutes les dates sont celles de cette tradition, et les historiens en discutent parfois le détail : elles sont donc données comme telles. Pour une vue d'ensemble, Bakary Sambe propose dans Retour sur le parcours du Prophète Muhammad une relecture de ses grandes étapes et de leurs conséquences historiques.
Naissance, généalogie et jeunesse : de l'orphelin à al-Amîn
Selon la tradition, Muhammad naît à La Mecque un lundi du mois de Rabi' al-awwal, « l'année de l'éléphant », vers 570 ou 571. Il appartient au clan des Banû Hâchim, de la tribu de Quraysh, la plus influente de la ville, et sa lignée remonte à Ismaël, fils d'Abraham. Son père, 'Abd Allâh, est mort avant sa naissance. Il est confié pendant ses premières années à une nourrice de la tribu des Banû Sa'd, Halîma, selon l'usage des familles mecquoises. Sa mère Âmina meurt alors qu'il est encore enfant ; son grand-père 'Abd al-Muttalib l'accueille, puis disparaît à son tour. C'est son oncle Abû Tâlib qui l'élève.
Le Coran fait allusion à cette enfance : « Ne t'a-t-Il pas trouvé orphelin ? Alors Il t'a accueilli ! » (93:6), « Ne t'a-t-Il pas trouvé pauvre ? Alors Il t'a enrichi » (93:8). Ahmed Elouazzani raconte ces débuts dans Mawlid En-Nabaoui, et l'article La naissance du Prophète en rappelle les récits. Bakary Sambe souligne ce que cette enfance d'orphelin a pu signifier dans une société très hiérarchisée.
Jeune, Muhammad garde des troupeaux puis voyage avec les caravanes. Ses concitoyens le surnomment al-Amîn, « le digne de confiance ». Une riche commerçante veuve, Khadija, lui confie ses affaires, puis l'épouse : il a vingt-cinq ans et elle quarante, selon la tradition. Leur union dure environ vingt-cinq ans. Il reste monogame tant qu'elle vit.
Le Coran dit aussi que Muhammad ne lisait ni n'écrivait avant la révélation : « Et avant cela, tu ne récitais aucun livre et tu n'en écrivais aucun de ta main droite » (29:48). Il est « le Prophète illettré » (7:158). Pour les musulmans, c'est l'un des signes que le Coran ne vient pas de lui.
La première révélation dans la grotte de Hira
Muhammad aime se retirer pour méditer dans la grotte de Hira, sur une montagne proche de La Mecque. Là, vers l'âge de quarante ans, soit vers 610, l'ange Jibril lui apparaît et lui transmet les premiers mots du Coran : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l'homme d'une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Noble, qui a enseigné par la plume, a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas » (96:1-5). Slimane Rezki revient sur cet épisode dans une chronique vidéo, La première révélation du Coran.
Selon la tradition, Muhammad, effrayé, rentre auprès de Khadija. Elle le rassure et l'emmène chez son cousin Waraqa ibn Nawfal, qui connaît les Écritures des chrétiens et reconnaît dans cette expérience celle des prophètes antérieurs. Une brève interruption de la révélation suit, puis l'ordre est donné de se lever : « Ô toi, le revêtu d'un manteau ! Lève-toi et avertis » (74:1-2).
Les musulmans situent cette descente du Coran dans la nuit d'al-Qadr, pendant le mois de Ramadan (97:1). Tahar Gaïd, dans Laylat Al Qadr, rappelle que cette nuit « a changé le cours de l'Histoire ». La révélation se poursuit ensuite par morceaux pendant environ vingt-trois ans, jusqu'à la mort du Prophète, en réponse aux événements de sa vie : le Coran explique que cette descente graduelle vise à affermir son cœur et à instruire les croyants (25:1).
La prédication, les persécutions et l'émigration en Abyssinie
La prédication commence discrètement, auprès des proches. Les premiers à croire sont, selon la tradition, Khadija, le jeune 'Alî (cousin du Prophète), Zayd ibn Hâritha, puis Abû Bakr, qui gagne à l'islam plusieurs notables. Après environ trois ans, l'ordre est donné de s'adresser à tous : « Et avertis les gens qui te sont les plus proches » (26:214), « Expose donc clairement ce qu'on t'a commandé » (15:94).
Le message de l'unicité de Dieu, de la fin des idoles et de la solidarité envers les faibles heurte l'ordre mecquois, fondé sur le culte des divinités de la Ka'ba et sur le commerce des pèlerins. Les premiers croyants sont souvent de condition modeste, parmi lesquels Bilal, un esclave, affranchi plus tard. L'hostilité des notables de Quraysh grandit, sous forme de moqueries, de pressions, de mauvais traitements. Slimane Rezki évoque cette période dans La persécution des premiers convertis à l'islam.
Vers 615, le Prophète autorise un groupe de croyants à gagner l'Abyssinie, dont le roi chrétien, le Négus, passe pour juste. Kamel Meziti rapporte dans Hégire, émigration et sens spirituel le discours que les émigrés auraient tenu devant lui : décrire ce qu'ils étaient avant l'islam et ce que le Messager leur avait enseigné. Plus tard, les Banû Hâchim subissent un boycott de plusieurs années. Vers 619, Khadija et Abû Tâlib meurent à peu de temps d'intervalle ; la tradition parle de « l'année de la tristesse ». Le Prophète tente ensuite de prêcher à Tâ'if, sans succès. Ahmadou M. Kanté suit ces étapes dans Hégire et Exode : quelles articulations ?.
Le voyage nocturne et l'ascension : l'Isrâ' et le Mi'râj
C'est dans cette période d'épreuves que la tradition place le voyage nocturne. Le Coran y fait allusion en un seul verset : « Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur de la Mosquée Al-Harâm à la Mosquée Al-Aqsâ dont Nous avons béni l'alentour, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles » (17:1). La sourate de l'Étoile évoque une vision « près de la Sidrat-ul-Muntahâ » (53:13-14).
Les hadiths en donnent les détails : le Prophète est transporté de La Mecque à Jérusalem (l'Isrâ'), puis s'élève à travers les cieux (le Mi'râj), où il rencontre des prophètes antérieurs, dont Moïse. Selon le récit le plus connu, c'est à cette occasion que les cinq prières quotidiennes sont prescrites, après que le nombre initial de cinquante a été réduit à la suite d'échanges avec Moïse. Moussa Allem présente ces récits dans Le Voyage Nocturne et l'Ascension, et Slimane Rezki en donne une chronique vidéo, Le voyage nocturne et l'ascension céleste.
Les savants ne s'accordent pas sur tout : certains entendent le voyage du corps et de l'esprit, d'autres de l'esprit seul ; la date elle-même varie selon les récits (le 27 de Rajab est la plus répandue). Ces questions n'ont pas empêché l'événement de tenir une grande place dans la piété ; il est commémoré chaque année (voir Isrâ' et Mi'râj).
L'hégire et la communauté de Médine
Lors des pèlerinages, le Prophète rencontre des habitants de Yathrib, une oasis du nord. Après deux pactes d'allégeance, dits d'al-'Aqaba (en 621 et 622), les croyants de La Mecque émigrent progressivement. Les chefs de Quraysh, qui craignent le départ de Muhammad, complotent pour l'emprisonner ou le tuer : « Ils complotèrent, mais Allah a fait échouer leur complot » (8:30). Le Prophète quitte la ville avec Abû Bakr et se réfugie quelques jours dans la grotte de Thawr, épisode auquel le Coran fait allusion : « Ne t'afflige pas, car Allah est avec nous » (9:40).
Il arrive à Yathrib en 622, qui devient Médine, la « ville du Prophète ». C'est l'hégire, dont l'année devient l'an 1 de l'ère musulmane : le calendrier hégirien sera fixé plus tard, sous le califat de 'Omar. Kamel Meziti en propose une lecture spirituelle d'exil et de confiance.
À Médine, il bâtit la mosquée, fait de la ville le centre de la communauté (les émigrés de La Mecque sont accueillis par leurs frères médinois) et organise la coexistence des groupes de la ville dans un texte que l'on appelle « Constitution de Médine ». Dr Mohamed Chtatou le décrit comme un modèle d'organisation commune dans Muhammad, le Sceau des Prophètes. La direction de la prière est tournée vers La Mecque en l'an 2 (2:144). Azzedine Gaci rappelle les premières paroles du Prophète à Médine : « Répandez la paix, donnez à manger à ceux qui ont faim, honorez les liens de parenté » (voir Muhammad, le prophète de la miséricorde). Les tensions avec certains groupes de la ville sont aussi rapportées par les sources ; les historiens en discutent le détail et les causes.
De Badr à la conquête de La Mecque
Après l'émigration, les relations avec Quraysh tournent à l'affrontement. Le Coran autorise alors la défense : « Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) » (22:39). La première grande bataille a lieu à Badr, le 17 Ramadan de l'an 2 (mars 624) : environ trois cents musulmans, selon la tradition, affrontent un millier de Mecquois et l'emportent (3:123, 8:5). L'année suivante, à Uhud (625), la communauté subit un revers douloureux (3:121). Ahmadou M. Kanté en tire des leçons dans Badr et Uhud, et Slimane Rezki présente en vidéo la bataille de Uhud. En 627, Médine résiste au siège dit « de la tranchée » (33:9).
En 628, le Prophète se rend avec environ mille quatre cents compagnons vers La Mecque pour accomplir la petite visite. Arrêté à Hudaybiyya, il signe avec Quraysh une trêve de dix ans, que certains compagnons jugent d'abord défavorable ; le Coran la nomme « une victoire éclatante » (48:1, 48:27). Slimane Rezki en évoque la rupture dans La rupture du pacte de Houdeybia.
Quraysh ayant rompu la trêve, le Prophète marche sur La Mecque en Ramadan de l'an 8 (630) avec une armée d'environ dix mille hommes, selon la tradition. La ville se rend presque sans combat. Les idoles de la Ka'ba sont détruites, et le Prophète pardonne à ses anciens adversaires. La sourate 110 annonce : « Lorsque vient le secours d'Allah ainsi que la victoire, et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion d'Allah » (110:1-2). Voir Le retour triomphal du Prophète à La Mecque. Suivent la bataille de Hunayn, la campagne de Tabûk et l'adhésion de la plupart des tribus d'Arabie.
Le pèlerinage d'adieu, la mort du Prophète et le sceau des prophètes
Au printemps 632 (an 10 de l'hégire), le Prophète accomplit son seul grand pèlerinage, dit « pèlerinage d'adieu ». Il y prononce un sermon qui rappelle, selon la tradition, le caractère sacré de la vie et des biens, l'égalité entre les hommes et les droits des femmes. C'est à ce moment que la tradition situe la descente du verset : « Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait » (5:3).
Il meurt à Médine quelques mois plus tard, un lundi du mois de Rabi' al-awwal de l'an 11 (juin 632), âgé d'environ soixante-trois ans, après une courte maladie. Il est enterré dans la chambre de 'Aïcha, aujourd'hui incluse dans la mosquée de Médine. Selon les récits, la nouvelle bouleverse les compagnons ; Abû Bakr les rappelle à l'ordre en citant le Coran : « Muhammad n'est qu'un messager, des messagers avant lui sont passés » (3:144), et « tu mourras et ils mourront eux aussi » (39:30).
Sa succession ouvre l'histoire des premiers califes : sunnites et chiites ne l'entendent pas de la même façon, un point qui les sépare jusqu'à aujourd'hui.
Le Coran dit de lui : « Muhammad n'a jamais été le père de l'un de vos hommes, mais le messager d'Allah et le dernier des prophètes » (33:40). C'est l'origine de l'expression « sceau des prophètes » : après lui, pas de nouveau prophète. Dr Mohamed Chtatou y consacre deux articles, première partie et seconde partie, qui décrivent le contexte de l'Arabie et la place du Prophète dans la chaîne prophétique. Ahmadou M. Kanté rassemble des versets sur sa grandeur dans De la grandeur du prophète Muhammad à la lumière du Coran.
Son caractère, ses épouses et sa famille
Le Coran lui rend plusieurs témoignages. « Tu es certes d'une moralité éminente » (68:4). Il est envoyé « en miséricorde pour l'univers » (21:107), attentif et compatissant envers les croyants (9:128), invité à la douceur et à la concertation (3:159) et proposé comme « un excellent modèle » (33:21). On rapporte que 'Aïcha, interrogée sur son caractère, répondit : « Sa morale, c'était le Coran ». Azzedine Gaci décrit un homme de prière, de patience et de douceur dans Muhammad, le prophète de la miséricorde ; l'islamologue Denis Gril, interrogé par Oumma, rappelle que les portraits du chef de communauté et de guerrier ne doivent pas faire oublier le « Serviteur de Dieu » (entretien).
Sur le plan familial, la tradition retient que le Prophète resta marié à Khadija jusqu'à la mort de celle-ci. Il eut d'elle des fils morts en bas âge et quatre filles, dont Fâtima, l'épouse de 'Alî, par qui se prolonge sa descendance (voir Ahl al-bayt). Après la mort de Khadija, il épousa plusieurs femmes, onze en comptant Khadija selon la liste la plus courante, dont neuf lui survécurent, parmi lesquelles Aïcha, fille d'Abû Bakr, Hafsa, fille de 'Omar, et Umm Salama. La tradition rapporte que beaucoup étaient des veuves et que ces unions scellèrent aussi des alliances entre tribus. Le Coran les appelle « mères des croyants » (33:6), et fixe des règles propres à leur situation (33:53). Tahar Gaïd en présente de brèves biographies dans Épouses du Prophète. Les historiens et les savants discutent de certains détails de ces mariages (dates, circonstances, âges) : il est préférable de revenir aux sources et aux commentaires plutôt qu'aux résumés. Le Prophète eut aussi un fils, Ibrahim, de Marie la Copte, mort en bas âge, et Walid Abdel Maksoud revient sur sa peine dans la chronique vidéo La douleur du Prophète.
La Sunna, les hadiths, la Sîra et l'amour du Prophète
Ce que les musulmans savent de Muhammad leur vient de trois sources. Le Coran d'abord, qui parle de lui mais raconte peu sa vie. Les hadiths, ces récits de ses paroles, de ses actes et de ses approbations, rassemblés surtout au IXe siècle (Bukhârî, Muslim) et triés par les spécialistes selon la fiabilité des chaînes de transmetteurs. Leur ensemble forme la Sunna, seconde source de la religion après le Coran : « Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allah » (4:80, voir aussi 59:7). Tayeb Chouiref examine la question de leur authenticité dans Que savons-nous de l'authenticité des hadiths ?, en présentant les critiques orientalistes et les réponses de la tradition savante, et Geoffroy Janssens donne une définition simple dans Qu'est-ce qu'un hadith ?. Pour la suite, voir la page Sunna et hadith.
La Sîra, troisième source, est le récit de sa vie. Le texte le plus ancien parvenu est la biographie d'Ibn Ishâq, transmise sous une forme abrégée par Ibn Hichâm ; Abdurrahmân Badawî présente sa traduction française dans La « Sîrat Al Rasûl », et Arthur Nourel dans Ibn Hichâm. Tahar Gaïd et Abd al-Hakim Murad en tirent des enseignements dans Enseignements et sens de la sîra et Un enseignement de la Sira.
Aimer le Prophète est, pour les croyants, une part de la foi : « Dis : Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors » (3:31). Le Coran invite à prier sur lui : « Allah et Ses Anges prient sur le Prophète ; ô vous qui croyez, priez sur lui et adressez-lui vos salutations » (33:56). La célébration de sa naissance, le Mawlid, divise les savants. Eric Geoffroy présente la fatwa d'al-Suyûtî en sa faveur dans Au sujet de la célébration du Mawlid, Talha Mahamat Allim la défend dans Faut-il célébrer le Mawlid ?, tandis que Kamel Meziti rappelle dans Le Mawlid ennabawi qu'il s'agit d'une fête non canonique. Voir la page Achoura et Mawlid, et la présentation de tous les prophètes en islam.
























