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Un Enseignement de la Sira

J’ai récemment examiné certains aspects des vastes dimensions de l’architecture de la Sira. J’ai pu remarquer (et j’imagine que la plupart des musulmans doivent avoir ce sentiment) que le récit de la vie du Prophète est aujourd’hui plus que jamais peut-être en phase avec notre actualité. Certains récits classiques, bien sûr, sont intemporels, Homère, Shakespeare ou les grandes légendes Nordiques par exemple ont traversé les âges et continuent de nourrir nos âmes.

Mais il y a quelque chose de différent avec la Sira du Prophète. Celle-ci en effet, en plus d’être une immense épopée, semble faire ressortir en filigrane une saisissante immédiateté quant aux réponses qu’elle peut apporter aux questions se posant régulièrement dans notre contexte. Parfois, lorsque j’ai un moment ou deux pour penser, j’essaie de comprendre pourquoi et en quoi, précisément, ce récit nous apparaît aujourd’hui si immédiat, si parfaitement en adéquation avec les problématiques de notre époque, si propre à nous fournir les solutions aux problèmes qui traversent nos sociétés.

Et il m’est souvent apparu que quelque chose de très intimement liée à la configuration du phénomène prophétique nous échappe lorsque nous évoquons le Sira. En effet, nous appréhendons le plus souvent ce récit comme l’histoire d’une lutte cosmologique entre le principe de l’Un la ilaha illa Llahi et la multiplicité superstitieuse des Arabes.

Nous le percevons volontiers comme une histoire héroïque où l’égoïsme de la loi des tribus marqué du signe des solidarités claniques et de la vendetta sévissant alors dans la péninsule arabique est remplacé par le principe d’une Loi unique et universelle applicable à tout le monde. Nous avons tendance à penser à la Sira en termes de Tawhid et en terme de Shari’a. Mais une autre dimension fut très importante pour les protagonistes du récit eux-mêmes, et l’on a parfois tendance à l’oublier, à la minimiser. C’est la dimension économique.

Quand on considère que la sagesse Divine fit que la guidance descendît dans cet endroit précis du monde, on peut sentir la mansuétude divine à l’égard du Prophète, sallala Allahou ’alayhi wa salllam, car celui-ci fut envoyé à un peuple ma oundhira aba’ouhoum « dont les pères ne furent point avertis ». Il les fit passer d’une extrémité à l’autre du spectre de la croyance : du polythéisme au pur monothéisme, et les fit passer d’une croyance…à rien en particulier, à la croyance en la vie après la mort. Il dut faire face à d’immenses défis qu’il releva tous avec grand brio. La sagesse Divine décida d’envoyer le Messager à une communauté mercantile, un aspect de la Sira qui ne retient pas toujours nécessairement notre attention. On a tendance à s’imaginer le septième siècle en Arabie avec des bédouins errant dans le désert se racontant des histoires autour d’un feu de camp sans trop se soucier des réalités de l’Absolu.

Mais la Sira cependant, est essentiellement une histoire urbaine. L’histoire de deux villes. Et l’hijra est l’histoire du passage d’une élite mercantile, ploutocratique et immorale à un nouvel espace qui deviendra la zone nouvelle, le refuge des moujahirine, des masakine et des moustad’afine. Nous avons tendance à ignorer – nous les musulmans – que la raison d’être de notre lutte est de soulager, d’aimer et d’aider les moustad’afine et non pas d’agiter un drapeau particulier. Le fruit de notre lutte est pour les moustad’afine (ceux que l’on a diminués/affaiblis).

La sagesse divine a choisi de délivrer son dernier message pour l’humanité dans une société fortement mercantile (il serait en effet difficile de parler de société capitaliste pour cette époque), égoïste et féodalisée : la société des Quraysh. C’est dans cette terre aride que la sagesse divine a voulu planter Sa graine de pure miséricorde.

La société des Quraysh est en effet une bonne préfiguration de la société qui nous voit vivre : On peut se rendre compte que la religion n’est pas vraiment prise au sérieux, c’est une religion civique, un genre de religion formatée par la modernité occidentale. Vous avez votre petite communauté, vos petites festivités, et vos petites histoires à dormir debout, vous adorez vos représentations dans votre coin. Mais dans l’espace public, la seule chose qui importe réellement, c’est l’argent, et, éventuellement, un certain type de relations civiques. En dehors de cela, la religion est une histoire de chapelles, vous avez chacun votre petit clan et peu importe que vous adoriez ’ouzat, manat ou houbal, ces considérations ne relèvent point des préoccupations de la sphère publique, ce qui est vraiment au centre de la cité de La Mecque et qui préoccupe le plus fortement les gens, c’est la réalité économique.

Rien d’autre en vue. Si vous menacez l’économie, vous êtes alors considéré comme un danger pour la société, un dangereux trouble fête. La Mecque antéislamique est une ville où un homme comme Oummaya ben Khalaf pouvait passer devant la Kaaba avec son entourage de serviteurs et d’esclaves sans qu’aucun contrat légal n’existât entre lui et eux. Le Prophète de l’Islam sallala Allahou ’alayhi wa Sallam, fut envoyé à ce peuple et ce n’est pas une coïncidence que le message ait commencé à se diffuser parmi les victimes de ce régime économique injuste. Qui furent les victimes ? Les femmes et les esclaves, tous ceux que l’on piétinait dans le bas de l’échelle sociale. Ce sont ceux là qui furent les premiers à répondre. Ceci est axiomatique en tradition prophétique. Ce n’est pas parmi les riches, les puissants, les célèbres et les prestigieux, mais, au contraire, parmi les pauvres, les déshérités et les cœurs brisés (mounqasit al qouloub) par le poids social et la cupidité des puissants que la Vérité tend à fleurir.

Si on examine la réalité de la Sira et des traditions prophétiques à travers les âges on se rend bien compte que c’est là, parmi les déshérités, que le trésor spirituel est distribué. Dans un monde matérialiste, cruel, axé sur la compétition, obsédé par le profit, c’est parmi ces gens là que vous trouverez les cœurs tendres qui répondront à la Vérité et suivront le message prophétique. Les afro-américains, les musulmans hispaniques américains sont de plus en plus nombreux. En Australie, il y a plus d’aborigènes convertis à l’Islam que de blancs convertis à l’Islam, et ce malgré la disparité démographique. En Amérique latine, c’est dans les favelas que la religion prospère. Voilà la réalité du Tawhid. C’est auprès des démunis que la religion prospèrent le plus rapidement, même si, bien entendu, sa vocation reste essentiellement universelle.

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