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Le confrérisme français contemporain contre l’âme du soufisme

Les temps sont durs en France, les musulmans y sont de moins en moins bien acceptés, c’est pourquoi il nous paraît de plus en plus inacceptable cette tentation de la désertion de ce monde tourneboulé par les tenants d’un certain Islam, et notamment, celui de l’Islam confrérique. Si l’âme soufie se concentre sur le témoignage, le confrérisme français contemporain construit, quant à lui, non pas une âme libre, lucide et courageuse mais une âme toujours plus dépendante du groupe, ce qui génère un instinct grégaire venant saper (parfois) la fraternité et lance un appel à la fuite du monde.

On oublie souvent de rappeler que les confréries (zawaya) sont survenues au moment de la décadence de la civilisation musulmane, vers le 13ième siècle, même s’il faut nuancer ce fait quelque peu. Il s’agissait alors, de « sauver les meubles » et ce, après le saccage de Baghdâd par les Mongols. Ce mouvement de création de cercles confrériques traditionnels n’était donc pas un moment ascendant mais plutôt descendant.

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La critique de Muhammad Iqbal d’une obsolescence des méthodes d’initiation face à l’esprit des modernes, qui ne les comprend plus, est venue nous rappeler la nécessité d’une analyse critique de l’approche des cercles confrériques. L’âme soufie à retrouver est celle qui permet le progrès de la conscience et qui lutte vaillamment contre l’âme révoltée prométhéenne.

Alors, de nos jours, où le devenir offre une multitude de possibles, qui dérange notre confort psychique qui a l’habitude de voir le monde stable, que devons-nous retenir ? Avons-nous un kit de survie ?

  1. « La prière, écrit M.Burgelin, n’est pas la religion entière…mais elle en constitue le centre » ; le Prophète (sbl) l’a dit bien avant en rappelant que « l’appel (qui n’est rien d’autre que la prière) est le cœur de l’adoration ».

  2. Tenir à ses obligations rituelles (les 5 piliers) coûte que coûte même si la prière en est le centre. Omar nous avait pertinemment conseillé de tenir à nos devoirs stricts (wajibate) durant les moments difficiles et d’ajouter nos vœux d’en faire plus (nawafile) dans les moments d’aisance.

  3. Travailler sa lucidité (basira) par le courage de l’ascèse (tazkiya). Le renoncement (zouhd) à tous les attraits sensibles n’est pas un appel à l’appauvrissement matériel des sociétés musulmanes ; la pauvreté peut amener à la mécréance. La démesure (suivez mon regard) en revanche est condamnée sans réserve par le Coran. Le renoncement est plutôt une incitation à revenir à son centre en cessant d’être inattentif à Dieu ; « notre âme est trop pleine du bruit du monde » (les réseaux sociaux ont fracassé le peu qui restait de l’âme musulmane qui revient encore plus désordonnée).

  4. Le confrérisme français se réduit à un scoutisme « bon chic bon genre ». Comme le précisait Gaston Berger « chaque homme s’avance vers Dieu avec sa nature et dans son style propre. Les différences individuelles sont plus importantes ici que la variété des traditions ». Une initiation groupale aboutira toujours à un échec, car le cheminement spirituel est et restera éminemment personnel.

  5. Nurretin Ahmet Topçu, est un penseur turc du 20ième siècle que nous souhaitons ressusciter étant le penseur de l’Action à travers l’œuvre de Hallaj. Dans sa thèse « Conformisme et révolte » présentée à la Sorbonne en 1934, rappelait que dans le cœur de chaque musulman sommeillait l’âme soufie endormie mais qu’il ne désespère pas de voir dans un avenir proche « ses enfants, reprenant la tradition de sa mystique » pour mener « toujours la guerre sainte contre la tyrannie de leurs propres instincts et contre la cruauté des tyrans… ».

S’il y a une « conscience soufie » en France, ses tenants devront, à l’instar de nos aïeux, apporter des solutions personnelles et sociales concrètes qui aident l’individu « à obtenir cette vie et cette connaissance transformante », comme le disait Topçu, et à « acquérir ainsi, la puissance de se déterminer ».

 

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