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Du dialogue en général au dialogue interreligieux en particulier

On ne peut le nier : dans la société française l’islam apparaît sous différentes formes variant entre un islam violent très inquiétant et un islam tolérant et ouvert. Alors que la communauté musulmane (dans sa majorité) aspire à vivre en paix et partage les même besoins que bon nombre de citoyens français : avoir un meilleur niveau de vie, s’épanouir, offrir à ses enfants une meilleure éducation et un accès à la culture, tout en revendiquant le droit de pratiquer dans la dignité sa religion.

Cependant, les amalgames persistent et engendrent des fois des réactions agressives des adversaires de l’islam. Pour se comprendre et dissiper les incompréhensions, des groupes de dialogue et d’échange se sont créés sous différentes appellations : dialogue inter religieux, Relation Islam-Chrétien, Amitié islamo-chrétienne, Association le Pont, Etc…. Ces groupes sont-ils réellement dans la logique d’un dialogue ou dans celle d’une communication ?
C’est la question que j’ai voulu éclaircir dans ce point de vue, en différenciant dialoguer et communiquer, en définissant la part de la communication dans un dialogue, et enfin dire quelle finalité donner au dialogue inter-religieux pour le rendre plus utile et plus efficace (socialement et humainement parlant) ?

Préambule :

Certes, communiquer est une qualité que nous partageons avec les animaux, communiquer pour échanger des informations (par des signes, des cris, des hurlements,…), par contre dialoguer reste une aptitude spécifiquement humaine puisqu’elle est liée à la raison et nécessite un parler ensemble.
Dans la communication, les personnes produisent des messages et génèrent des informations sans qu’il y ait nécessairement possibilité de remise en cause. C’est ce qui caractérise par exemple le dialogue interreligieux d’une manière générale, puisque l’échange est limité à parler de ses traditions, de son culte, de son alimentation, des fêtes,…même si des fois la question des finalités et des origines est abordée, mais cela reste limité à la diffusion d’informations.

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Alors que le dialogue devrait être toute autre chose, on ne doit pas être dans une logique de dominant-dominé (émetteur-récepteur), chaque personne participant au dialogue doit se reconnaître implicitement comme un sujet pensant doté d’une intelligence, capable de comprendre du sens, d’en apprécier la portée théorique et la qualité morale. Et par conséquent être en mesure d’approuver ou désapprouver.

Qu’on est t-il de la forme du message ?

Dans une communication, le message transmis est une information (un signal au sens propre du terme) qui se veut objective, avec un but précis (dates, organisation, habillement, type de repas,…). Actuellement, dans le dit dialogue interreligieux l’information est souvent objectivée et n’est pas sujet de critique et de reprise, son sens n’est pas ce qui est en question entre les différents interlocuteurs (un sens doit pouvoir évoluer au cours de la discussion pour que le message puisse prendre forme et non pas simplement être communiqué).
Dans le dialogue interreligieux, la discussion est généralement autour de choses non évolutives, traditionnelles et répétitives (les prières, les baptêmes, les fêtes,..). Dans ce cas on ne dialogue pas, on monologue, on utilise l’autre comme outil de communication (sans le vouloir), pour s’auto-confirmer et s’auto-apprécier. La discussion s’engage entre des êtres qui sont d’avance convaincus, ainsi s’évite-t-on l’effort de penser et prendre du recul par rapport à ses convictions. Et par conséquent, perdre même l’aptitude à dialoguer avec soi-même et accentuer le conformisme.

D’où l’intérêt du dialogue qui va permettre au message de se rectifier et s’assurer au cours d’une discussion objective, le soumettant à la critique et à l’évaluation. Un message qui naît souvent d’une approche singulière, qui nécessite confrontation et altérité pour tester sa validité.

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Comment rendre une discussion inter religieuse utile ?

La finalité est facile à comprendre si on donne au dialogue sa vraie signification.
Aujourd’hui, avec cette manière de considérer le dialogue interreligieux, les finalités sont celles d’une communication, c’est-à-dire des finalités plutôt affectives (pour sentir une présence, pour s’entre-connaitre, pour rassurer l’autre,…). Alors que le dialogue interreligieux doit avoir des fins universelles et utiles (à l’humain et à la société). Il doit répondre à des problématiques existentielles de l’homme (la condition humaine) : pourquoi croire ? Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la mort ? Qu’est-ce que la justice ? Qu’est-ce que la vérité ? Qu’es-ce que la modernité ? L’homme humain, l’homme animal ? La foi peut-elle guérir ? La raison, la laïcité,..

Le dialogue interreligieux doit être aussi l’occasion de démontrer (à tout le monde) l’apport de la religion à la société d’une manière générale (pour développer un vivre-ensemble), et à l’homme en particulier (se ressourcer pour vivre en société par exemple).

A travers l’échange (une sorte de médiation collective) sur des questions liées à la finalité de l’existence humaine, les hommes expriment leurs opinions, découvrent la pluralité des jugements et parce que tout esprit qui se respecte ne peut se contenter de la simple communication de ses principes et de ses convictions, ils cherchent par le dialogue et en relativisant sa singularité à la surmonter et par conséquent à s’élever. Le choc des opinions et le conflit sont un horizon infini. Des qu’on considère la mesure de toute chose, l’idée même de vérité perd son sens.

Un dialogue interreligieux fructueux et sincère apporterait une ouverture à l’autre, un espace d’élargissement de notre singularité et une aide précieuse pour se l’approprier. Sans la recherche d’une raison universelle (normalement au-dessus de nos intelligences), on sera condamné à rester dans le différend, une raison qui amène à devenir des partenaires dans une démarche commune et non pas des adversaires.

Dans le dialogue interreligieux, il faut aller au-delà des effets d’annonces et de l’échange d’informations pour instaurer un agir dit communicationnel, dans lequel les interlocuteurs trouveront un bien commun et définiront ensemble un universel pour l’humanité.

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