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Israël, une démocratie ?

Combien de fois chacun d’entre nous n’a-t-il pas entendu le slogan : « Israël est la seule démocratie du Moyen-Orient » pour répondre à une « bavure » de l’armée israélienne ? Et c’est vrai que nous étions bien embarrassés avec toutes les dictatures des pays arabes de la région. Cette fois, depuis la nouvelle victoire de Netanyahu aux élections, nos médias s’interrogent. Gênant, vraiment, de confier le ministère de la « sécurité nationale », donc de la police, à un individu connu pour sa haine des Arabes. En effet, Ben Gvir, 46 ans, a été inculpé 53 fois pour actes et propos racistes ; il affiche dans son salon un portrait du rabbin Kahane et de Baruch Goldstein qui, en 1994, assassina 29 Palestiniens dans le caveau des Patriarches à Hébron ; la tombe de Goldstein est devenue un lieu de culte. Ajoutons que Ben Gvir sera aussi président par intérim de la commission des ministres concernant les lois.

Mais un autre futur ministre mérite d’être remarqué : Bezalel Smotrich, chef du parti « Sionisme religieux », vit dans une colonie et a été élu député à la Knesset depuis 2015 à toutes les élections ; en novembre dernier, avec Ben Gvir, il a amené le parti sioniste religieux au score historique de 14 sièges à la Knesset. Smotrich devrait avoir non seulement le ministère des Finances mais aussi le contrôle administratif des Territoires palestiniens. On devine ce qu’il y fera. Le parti Shas qui regroupe les orthodoxes religieux depuis 1984 a gagné 11 sièges. Avec les 7 députés du parti « Judaïsme de la Torah », les trois partis religieux totalisent 32 sièges, autant que le Likoud. Netanyahu est assuré de gouverner à condition de céder aux revendications des partis religieux : financement des yeshivot (écoles religieuses où on n’apprend que le Talmud), logements réservés aux ultra-orthodoxes considérés comme discriminés, respect renforcé des lois religieuses et, bien sûr, renforcement de la répression contre les Palestiniens. Voici le nouveau gouvernement israélien plus que jamais prisonnier des colons et de leur violence. Au point d’inquiéter le chef d’état-major de l’armée israélienne !

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La nouvelle coalition s’est donnée pour « priorité » une réforme judiciaire qui, d’abord, permettrait à la Knesset d’adopter des textes qui auraient été rejetés par la Haute-Cour pour atteinte aux droits de l’homme, au droit de rassemblement et à la propriété foncière. Il est arrivé, en effet, parfois, que la Haute-Cour rende des arrêts favorables aux Palestiniens, en particulier à ceux de Cisjordanie pour leurs propriétés. Ainsi, disparaîtra le seul contre-pouvoir au système législatif et exécutif. Si bien qu’un professeur de droit à l’université de Bar-Ilan écrivait : « La Knesset aura le dernier mot sur tout et une coalition de seulement 61 députés pourra faire absolument tout ce qu’elle veut et sur tous les sujets » (cité par le site Timesofisrael). Une autre professeur de droit souligne d’ailleurs que, contrairement à beaucoup d’autres pays, l’État juif ne possède pas de mécanisme permettant de protéger la séparation des pouvoirs – une protection qui ne peut être assurée que par une Constitution officielle ;  or seules existent onze Lois fondamentales dont dix peuvent être révisées par la Knesset. Sans plus attendre, Netanyahu vient de faire approuver la modification d’une des Lois fondamentales pour permettre au chef du parti Shas, Ayé Deri, de siéger au Parlement. Ayé Deri qui avait déjà été condamné en 1999 à trois ans de prison pour corruption était aujourd’hui inculpé de fraude fiscale, ce qui devait lui interdire de siéger à la Knesset. Netanyahu a arrangé les choses. Dans un pays où la corruption est un sport, cela promet…

Le sionisme en question

Avant Netanyahu, était-ce donc la démocratie ? Oui, mais pour les citoyens juifs seulement. Pour les Arabes, musulmans et chrétiens, ce fut d’abord entre 1947 et 1949, l’épuration ethnique : 750 000 Palestiniens expulsés et la destruction de plus de 400 villages ; une extrême violence, d’abord totalement inconnue en Occident, puis, aujourd’hui encore niée par l’État israélien malgré les preuves qui s’accumulent. Actuellement, c’est le film Tantoura qui suscite le scandale en Israël. Mais depuis 1948, c’est l’état d’exception et la détention administrative qui permet d’arrêter un Palestinien et de le garder en prison sans inculpation ni procès aussi longtemps que l’armée le veut ; ce sont aussi les expropriations de terres et, après la conquête de la Cisjordanie en 1967, la construction de colonies. On s’imagine aujourd’hui volontiers que la création de celles-ci sont liées aux gouvernements de droite qui se succédèrent depuis 1977. Or, avec les gouvernements travaillistes, entre 1967 et 1977, des colonies s’établissent dès le lendemain de la conquête : en juillet 1967, un kibboutz est créé sur le plateau syrien du Golan, des colonies furent établies dans la vallée du Jourdain et, en 1968, près d’Hébron, la colonie de Kyriat Arba commença de rassembler des extrémistes religieux. Quant à Jérusalem-Est, elle est annexée dès 1967. On n’oubliera pas que Shimon Peres, considéré comme « l’homme de la paix » a autorisé la colonisation à partir des années 70.

Si Israël ne s’est jamais contenté du territoire que l’ONU lui avait attribué en 1947, s’il l’a déjà agrandi avec la guerre de 1948, annexant la Galilée densément peuplée de Palestiniens (fait déjà reconnu par la communauté internationale), s’il multiplie les colonies en Cisjordanie, c’est que ce pays n’est pas un pays né de la tragédie de la guerre, de la Shoah, mais d’une autre réalité : l’idéologie sioniste. Car celle-ci remonte, on le sait, aux dernières années du XIXe siècle avec la parution du livre de Theodore Herzl, L’État des juifs, en 1896 et avec le premier congrès du mouvement sioniste en 1897. Mais si, très vite, la revendication territoriale se fixe sur la Palestine, le projet est profondément laïque et les Juifs religieux ne s’y trompèrent pas qui l’ont considéré comme impie ; « l’an prochain à Jérusalem » devait être réalisé par un miracle divin. Le projet sioniste est un avatar du colonialisme européen. Les premiers sionistes qui répandirent la formule « Un peuple sans terre pour une terre sans peuple » révèlent leur perception colonialiste : les indigènes arabes ne comptent pas comme êtres humains.

Combien, parmi nos concitoyens européens, connaissent-ils le rôle de la Grande-Bretagne avec la déclaration Balfour de 1917 ? Ce pays promettait, dès qu’il aurait acquis un mandat sur la Palestine, de favoriser l’implantation d’« un foyer national pour le peuple juif »,  en précisant bien cependant que  «  rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine ». En 1869, il n’y avait en Palestine que 13 000 Juifs qui, à plus de 80 %, ne travaillaient pas, vivaient des aumônes venues de l’extérieur et enseignaient ou étudiaient le Talmud (chiffres de l’historien Henri Laurens). 

Les promesses et les appétits des sionistes

L’armistice du 11 novembre 1918 était à peine signé que le chef du gouvernement français, George Clemenceau rencontrait le chef du gouvernement anglais Llyod George. Dès avant la conférence de la paix, tous deux se partageaient le Proche-Orient en quelques mots. Un témoin rapporte :

« Clemenceau dit : « Bien. De quoi devons-nous discuter ?  – De la Mésopotamie et de la Palestine, répondit Lloyd George.  – Dites-moi ce que vous voulez, demanda Clemenceau. – Je veux Mossoul, dit Llyod George. – Vous l’aurez, a dit Clemenceau. Rien d’autre ? – Si, je veux aussi Jérusalem, a continué Lloyd George.  – Vous l’aurez, a dit Clemenceau. »

Mais on sait que la Grande-Bretagne avait auparavant négocier avec le mouvement sioniste. Et, dès avant la déclaration Balfour, Israel Zangwill écrivait : « Si l’on pouvait exproprier, avec compensation, les 600 000 Arabes de Palestine, ou si l’on pouvait les amener à émigrer en Arabie, car ils se déplacent facilement, ce serait la solution de la plus grande difficulté du sionisme ».  Après, le 27 avril 918, Weizmann, un des chefs du mouvement sioniste – qui deviendra en 1948 chef de l’État d’Israël – tenait un discours à Jérusalem devant les notables arabes : « Il est de l’intérêt mutuel des Israélites et des Arabes de vivre en termes de paix et d’amitié. […] Ne croyez pas ceux qui vous diront que l’intention des Israélites est de s’emparer après la guerre du pouvoir politique en Palestine ».

Cependant, au lendemain de la guerre, en 1919, on sait que la Société des Nations allait dépecer la région pour confier des « mandats » aux deux pays victorieux. Une commission composée exclusivement d’Américains fut envoyée en Palestine. Son rapport concluait que « les sionistes s’attendent à une dépossession pratiquement complète des actuels habitants non juifs de la Palestine par différentes formes d’achat ». Elle recommandait que « seul un programme sioniste réduit considérablement soit mis en application par la Conférence de la paix ». Pourtant, Herbert Samuel – qui allait devenir le premier Haut-Commissaire britannique en Palestine – se faisait rassurant : « Les Juifs ont trop souffert et dans bien des pays pour devenir eux-mêmes des oppresseurs ».

Restait pour les Britanniques et les Français à délimiter les frontières de la Palestine. La question de l’eau tint une place prépondérante entre Français, Britannique et… Juifs ; étaient en question les eaux du fleuve Litani, au Sud du Liban, les neiges du mont Hermon qui se situe à la frontière entre la Syrie et le Liban, et la rivière Yarmouk à la limite sud du Golan qui vient confluer avec le Jourdain au sud du lac de Tibériade. Les sionistes faisaient pression sur les Anglais pour rattacher ces régions à la Palestine. Mais le gouvernement français tint bon : « Il n’a jamais consenti à traiter de puissance à puissance avec les sionistes […]. Il serait une erreur de mettre les Juifs dans une situation différente de celles des autres communautés qui se trouvent en Palestine. Cela  équivaudrait à créer une sorte d’État juif dont l’établissement n’est pas dans la pensée du gouvernement français ».

Grâce à la résistance diplomatique de la France, la frontière du Liban fut fixé au sud du Litani, à une cinquantaine de kilomètres de Beyrouth ; mais les sionistes ne cessèrent de revendiquer la fixation de la frontière sur le cours du Litani. Ainsi, après l’offensive israélienne de 1982 qui parvint jusqu’à Beyrouth, l’armée israélienne occupa la zone libanaise au sud du Litani (le Sud-Liban) de 1985 à 2000. Puis, en juillet 2006, cette même armée tenta de réoccuper cette zone mais en fut repoussé en un mois par le Hezbollah. En revanche, les guerres perdues par l’armée syrienne permit à Israël d’occuper les fermes de Chebaa, clairement attribuées au Liban en 1919, et une partie du Golan syrien.

Le début du mandat britannique en Palestine

Dès le 18 février 1920, l’administrateur militaire anglais, le général Bols, déclarait à Jérusalem : « Les Alliés n’ont pas et n’auront jamais l’intention de créer dans le pays un gouvernement juif ». Dès avril, une première bataille éclatait à Jérusalem entre juifs et musulmans qui fit une vingtaine de morts, la police anglaise n’ayant rien prévu. C’est un Anglais, sympathisant du mouvement sioniste qui fut, de 1920à 1925, le premier Haut-Commissaire britannique de Palestine. Des bataillons juifs se formaient déjà ; ils attaquaient les écoles juives qui refusaient d’enseigner l’hébreu. Là où les Juifs devenaient propriétaires terriens, les fellahs chrétiens et musulmans étaient réduits à la condition d’ouvriers agricoles remplis de panique à la perspective d’une forte immigration juive. Le poste de ministre de la Justice venait d’être attribué à un sioniste ardent. Le rabbin Abraham Cook écrivait que le « secteur du Temple et l’ensemble du Mont doivent finalement nous revenir ». Ce rabbin, venu de Lituanie en 1904, fut un des fondateurs du sionisme religieux.

Le troisième congrès arabe palestinien qui se tint à Haïfa en décembre 1920 est considéré comme l’acte de naissance du nationalisme arabe palestinien. On connaît la suite.

Martine Sevegrand

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Toutes mes citations proviennent de l’ouvrage de l’historien Henri Laurens, titulaire de la chaire « Histoire contemporaine du monde arabe » au Collège de France, Le Retour des exilés, édition Robert Laffont, 1998.

2 commentaires

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  1. Israël une démocratie ? C’est comme le Canada Dry c’est à dire il a le goût et la couleur mais ce n’est pas une démocratie.
    La démocratie c’est le choix du peuple mais en Israël il n’y a pas de citoyen car ce pays se vit sur une base religieuse .
    Les papiers d’identité en Israël mettent en avant la religion et seul un juif à pour l’Etat une réelle identité.
    Les autres arabes Israéliens participent malheureusement à la grande mascarade car pour les Israéliens le fait qu’israel donne des droits politiques à des Palestiniens est un signe de démocratie.
    On pourrait dire la même chose pour L’Iran ou des Iraniens de confessions Juive siège au parlement et mieux contrairement à Israël en Iran ceci ne part pas d’une stratégie à l’encontre de l’occident mais son acceptation est religieuse basé sur des droits et devoirs .
    Israël est un État confessionnelle et leur vision est d’essence messianique .
    Le projet du grand Israël trouve sa source dans des délires religieux et non sur des bases historiques .
    Ils nous disent ” La Palestine n’a jamais exister ” même eux même n’ont aucun droit historique sur cette terre .
    Sur 3000 milles d’histoire ils ont possède une parcelle de pouvoirs dans cette région de moins de 70 ans c’est court pour se légitimer et se croire en droit historique.
    Et puis quand on regarde la région on voit bien que c’est une pièce rapporté rien à voir avec les peuples qui y vivent depuis des siècles.
    Un pays se construit sur un mythe national mais il y a parfois du vrai dans le roman national qui est soutenu par des recherches archéologiques, des écrits , des témoignages.
    Alors oui il y a des héros chez eux notamment ceux de la forteresse de Massada mais voilà nous musulmans on s’est battue à Poitier c’est pas une raison pour dire que le Poitou Charente nous appartient ( d’ailleurs cette bataille n’a jamais eu lieu mais c’est un autre débat) .
    Il y a bien des recherches archéologiques en Palestine mais rien de tangible n’a été trouvé pour légitimer l’Etat D’israel .
    C’est pas la Perse qui elle a une histoire millénaire.
    Pour finir ce pays n’est pas une démocratie comme nous l’entendons mais un mixte de religion et de pseudo citoyenneté.
    C’est un État confessionnelle et ils n’ont rien à envier au Taliban croyez moi .

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