Qui était Fatima ?
Fatima bint Muhammad est la plus jeune des quatre filles du Prophète et de Khadija, née à La Mecque. Les sources ne s'accordent pas sur sa date de naissance : la plupart des biographes sunnites la placent quelques années avant la première révélation, vers 605, tandis que la tradition chiite la situe quelques années après. Son prénom vient d'un verbe arabe qui signifie « sevrer » : Fâtima est « celle qui sèvre ».
On lui donne plusieurs surnoms. Az-Zahrâ', « la Resplendissante », est le plus connu, d'où la forme Fatima Zahra (ou Fatima Zohra au Maghreb). Elle est aussi appelée al-Batûl, « la pure », surtout chez les chiites, et Umm Abîhâ, « la mère de son père », pour la tendresse qu'elle portait au Prophète après la mort de sa mère.
À Médine, après l'Hégire, elle épousa son cousin Ali, fils d'Abû Tâlib. Ils eurent deux fils, Hasan et Husayn, et deux filles, Zaynab et Umm Kulthûm. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, que cite l'article d'Oumma La polygamie dans son contexte, le Prophète s'opposa publiquement au projet d'Ali de prendre une seconde épouse de son vivant à elle.
Sa mort et sa tombe
Fatima mourut à Médine en 632 (an 11 de l'Hégire), quelques mois après le Prophète : six mois selon la plupart des récits sunnites, moins de trois mois selon la tradition chiite. Un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, et rappelé dans l'article Dieu aime-t-il la mort ?, raconte que le Prophète, malade, lui parla à l'oreille : elle pleura, puis sourit, car il lui avait annoncé qu'elle serait la première de sa famille à le rejoindre.
Elle fut enterrée de nuit, à sa demande. L'emplacement exact de sa tombe est inconnu : certains la situent au cimetière d'al-Baqî', d'autres dans sa maison, aujourd'hui incluse dans la mosquée du Prophète à Médine.
Fatima chez les sunnites et les chiites
Le Coran ne nomme pas Fatima. Les commentateurs la rattachent toutefois à deux versets. Le premier évoque « les gens de la maison » : « Allah ne veut que vous débarrasser de toute souillure, ô gens de la maison [du prophète], et veut vous purifier pleinement » (sourate 33, verset 33). Selon un hadith rapporté par Muslim, le Prophète réunit sous son manteau Ali, Fatima, Hasan et Husayn en récitant ce verset. Le second est celui de la mubâhala, la malédiction réciproque proposée aux chrétiens de Najrân, où le Prophète vint accompagné de ces quatre proches (sourate 3, verset 61).
Les sunnites la comptent parmi les femmes les plus éminentes, avec Marie, Khadija et Âsiya. Boukhari rapporte que le Prophète l'appela « maîtresse des femmes du paradis » et dit : « Fatima est une partie de moi ». Les chiites partagent cette vénération et vont plus loin : elle fait partie des « Quatorze Purs », infaillibles, avec le Prophète et les douze imams, et elle est la mère de toute la lignée des imams. L'islamologue Denis Gril rappelle dans un entretien à Oumma que la tradition désigne les Cinq, le Prophète, Ali, Fâtima, Hasan et Husayn, comme le cœur de l'Ahl al-bayt.
Un épisode reste lu différemment. Après la mort du Prophète, Fatima réclama la terre de Fadak comme héritage. Le calife Abou Bakr la lui refusa en citant une parole du Prophète selon laquelle les prophètes ne laissent pas d'héritage. Pour les sunnites, il appliqua une règle prophétique ; pour les chiites, Fatima fut privée de son droit. Les deux traditions s'accordent sur le fait qu'elle mourut peu après, et ce désaccord fait partie de l'histoire du chiisme.
Descendance, prénom et confusions fréquentes
La descendance du Prophète passe par Fatima et Ali. Les familles qui s'y rattachent portent les titres de chérif ou de sayyid, comme les dynasties régnantes du Maroc et de Jordanie. Au Xe siècle, la dynastie des Fatimides, qui fonda Le Caire et l'université d'al-Azhar, prit son nom en se réclamant d'elle. Dans l'Égypte fatimide du XIe siècle, l'anniversaire de Fâtima était fêté avec ceux du Prophète, d'Ali, de Hasan et de Husayn, avant que le Mawlid sunnite ne garde que celui du Prophète, comme le rappelle l'historien Kamel Meziti dans Le Mawlid ennabawi, célébration sociale ancrée dans la Umma.
Fatima, Fatma, Fatimata en Afrique de l'Ouest, Fatemeh en Iran : son prénom est l'un des plus portés du monde musulman. Il ne faut pas la confondre avec Fatima al-Fihri, qui fonda au IXe siècle la mosquée-université d'al-Qarawiyyin à Fès.
La main de Fatma, ou khamsa, est un symbole de protection plus ancien que l'islam ; ni le Coran ni les hadiths ne la mentionnent, comme le rappelait en 2003 une lettre ouverte publiée par Oumma. Enfin, ceux qui cherchent la « sourate Fatima » pensent en général à al-Fâtiha, « l'ouvrante », première sourate du Coran : aucune sourate ne porte le nom de Fatima.





