Que signifie sahâba ?
Sahâba (صحابة, aussi écrit sahaba ou as-sahâba) est le pluriel collectif de sâhib, « compagnon », de la racine s-h-b, qui exprime l'idée d'accompagner, de fréquenter. Un compagnon se dit sahâbî, une compagne sahâbiyya. En français, on parle simplement des compagnons du Prophète.
Le Coran emploie le mot sâhib pour le plus célèbre d'entre eux. Dans le récit de l'Hégire, le Prophète, caché dans la grotte, dit à son compagnon : « Ne t'afflige pas, car Allah est avec nous » (sourate 9, verset 40). La tradition identifie ce compagnon à Abou Bakr.
La définition technique a été fixée par les savants du hadith. Pour la majorité, résumée par Ibn Hajar al-'Asqalânî au XVe siècle, est compagnon celui qui a rencontré le Prophète en croyant en lui et qui est mort musulman, même si la rencontre fut brève. D'autres savants exigeaient une fréquentation plus longue. La génération suivante, celle qui a connu les compagnons sans voir le Prophète, est celle des tâbi'ûn, les « suivants ».
Émigrés et auxiliaires : qui étaient les compagnons ?
Les compagnons n'étaient pas un groupe uniforme. Les Muhâjirûn, « émigrés », sont les musulmans de La Mecque qui ont quitté leur ville pour Médine ; les Ansâr, « auxiliaires », sont les habitants de Médine qui les ont accueillis et ont partagé leurs biens avec eux. Le Coran les cite ensemble : « Les tout premiers [croyants] parmi les Emigrés et les Auxiliaires et ceux qui les ont suivis dans un beau comportement, Allah les agrée, et ils L'agréent » (sourate 9, verset 100). Il décrit aussi la générosité des Ansâr, qui préféraient les émigrés à eux-mêmes « même s'il y a pénurie chez eux » (sourate 59, verset 9).
La tradition établit des degrés : les premiers convertis, les combattants de Badr en 624, ceux qui prêtèrent serment sous l'arbre à Hudaybiya en 628. Ahmadou M. Kanté retrace dans Badr et Uhud : leçons de victoire et de défaite comment le Prophète consulta ses compagnons, émigrés comme auxiliaires, avant la bataille.
Les compagnons venaient de tous les milieux : riches marchands comme Othman, anciens esclaves comme Bilal, le Perse Salmân, le Byzantin Suhayb. Les femmes y tiennent une grande place, de Khadija, première croyante, à Aïcha, l'une des plus grandes transmettrices de hadiths, en passant par Fatima. Selon une estimation ancienne, plus de cent mille personnes assistaient au pèlerinage d'adieu de 632 ; les dictionnaires biographiques classiques consacrent des notices à plusieurs milliers d'entre eux.
Qui sont les dix compagnons promis au paradis ?
Un hadith rapporté par Tirmidhi et Abou Daoud nomme dix compagnons à qui le Prophète annonça le paradis, appelés al-'ashara al-mubashsharûn. Ce sont les quatre premiers califes, Abou Bakr, Omar, Othman et Ali, puis Talha ibn 'Ubayd Allâh, Zubayr ibn al-'Awwâm, 'Abd al-Rahmân ibn 'Awf, Sa'd ibn Abî Waqqâs, Sa'îd ibn Zayd et Abû 'Ubayda ibn al-Jarrâh.
Cette liste n'est pas exclusive : d'autres hadiths annoncent le paradis à d'autres compagnons, comme Khadija, Fatima ou Bilal. Elle est surtout mise en avant dans la tradition sunnite ; les chiites ne la reconnaissent pas sous cette forme. Pour le rôle des quatre premiers dans l'histoire, voir la page les premiers temps de l'islam et les califes.
Quel est le rôle des compagnons dans la transmission ?
Les compagnons ont mémorisé et mis par écrit le Coran, puis l'ont réuni en un seul livre sous Abou Bakr et Othman. Ils sont aussi la source de tous les hadiths : chaque chaîne de transmission, l'isnâd, commence par un compagnon qui a vu ou entendu le Prophète. Comme le rappelle Geoffroy Janssens dans Qu'est-ce qu'un hadith ?, c'est en interrogeant les compagnons, après la mort du Prophète, que les musulmans ont commencé à recueillir ses paroles.
Plusieurs hadiths, rapportés par Boukhari et Muslim, honorent cette génération : « les meilleurs des gens sont ceux de ma génération, puis ceux qui les suivent », et la demande de ne pas insulter les compagnons. Leur accord unanime, l'ijmâ' des compagnons, est pour les juristes sunnites une source du droit, et l'avis d'un compagnon isolé a lui aussi un poids, discuté selon les écoles.
Les compagnons chez les sunnites et les chiites
Pour les sunnites, tous les compagnons sont 'udûl, dignes de confiance dans ce qu'ils transmettent. Cela ne veut pas dire qu'ils étaient sans faute, mais qu'on ne les soupçonne pas de mentir sur le Prophète. Les conflits qui les ont opposés après 656 sont présentés comme des erreurs d'interprétation, sur lesquelles on évite de porter un jugement.
Les chiites jugent les compagnons un par un. Ils vénèrent ceux qui sont restés fidèles à Ali, comme Salmân al-Fârisî, Abû Dharr, al-Miqdâd et 'Ammâr ibn Yâsir, et critiquent ceux qui l'ont écarté de la succession ou combattu. Cette divergence sur les compagnons est l'un des points les plus sensibles entre les deux courants.
L'historien et penseur Malek Bennabi, dans Le dernier Messager, montre que les compagnons ne comprenaient pas toujours les décisions du Prophète, comme la trêve de Hudaybiya, qui les scandalisa avant de se révéler une victoire.







