Que signifie minbar ?
Le minbar (منبر, parfois écrit mimbar) est la chaire d'une mosquée : un escalier de quelques marches, souvent surmonté d'un petit dais, d'où l'imam s'adresse aux fidèles. Il sert d'abord au sermon du vendredi, la khutba qui précède la prière de jumu'a, et aux sermons des deux Aïd.
Le mot appartient à la racine n-b-r, qui exprime l'idée de hausser, d'élever. Le minbar est littéralement « l'instrument qui élève » : il place l'orateur au-dessus de l'assemblée pour qu'il soit vu et entendu. Le français le traduit par chaire, comme dans l'expression « monter en chaire » employée pour les églises.
Par extension, le mot désigne la parole religieuse publique. En arabe comme dans le français des musulmans, on dit qu'un imam s'exprime « du haut du minbar » pour parler de son prêche. Le Coran n'emploie pas ce mot, mais il évoque l'appel à la prière du vendredi : « Quand on appelle à la Salât du jour du Vendredi, accourez à l'invocation d'Allah et laissez tout négoce » (sourate 62, verset 9).
Le minbar du Prophète à Médine
À Médine, le Prophète prêchait d'abord debout, appuyé contre un tronc de palmier de la mosquée. Selon un hadith rapporté par Boukhari, d'après Sahl ibn Sa'd, une femme des Ansâr fit fabriquer par son serviteur menuisier une chaire en bois de tamaris, tiré de la forêt d'al-Ghâba, près de la ville. La tradition lui donne trois marches. L'historien Sadek Sellam rappelle dans Dieu est beau et aime la beauté que ce premier minbar était orné de deux boules, et que le soin apporté aux chaires lança la sculpture sur bois dans le monde musulman.
Un récit célèbre, rapporté par Boukhari d'après Jâbir ibn 'Abd Allâh, raconte que le tronc délaissé se mit à gémir comme un enfant, jusqu'à ce que le Prophète descende de la nouvelle chaire pour le toucher. Ce « gémissement du tronc » (hanîn al-jidh') est souvent cité parmi les signes prophétiques, comme dans l'article d'Oumma Mawlid al Nabi.
Une autre parole, rapportée par Boukhari et Muslim, dit qu'entre la maison du Prophète et son minbar se trouve « un jardin parmi les jardins du paradis ». Cet espace, la Rawda, est aujourd'hui l'un des endroits les plus recherchés par les visiteurs de la mosquée du Prophète.
Comment l'imam utilise-t-il le minbar ?
Le vendredi, l'imam monte au minbar, salue l'assemblée et s'assoit pendant l'appel à la prière, l'adhân. Il se lève ensuite pour la première partie du sermon, s'assoit un court instant, puis prononce la seconde. Cette pause assise entre les deux sermons suit la pratique du Prophète. Il redescend enfin pour diriger la prière devant le mihrab.
Dans beaucoup de mosquées, l'imam ne se tient pas sur la marche la plus haute, par respect pour la place du Prophète. Le nombre de marches varie selon les régions et les époques : trois dans les petites salles, plus d'une dizaine dans les grandes mosquées impériales.
Le minbar se place à droite du mihrab quand on fait face à la qibla. Il ne faut pas confondre les deux : le mihrab est une niche dans le mur, qui indique la direction de La Mecque et devant laquelle l'imam dirige la prière ; le minbar est le meuble ou l'escalier d'où il prêche. L'article d'Oumma La prière range le minbar, avec le minaret et le mur de la qibla, parmi les éléments principaux de la mosquée.
Les minbars célèbres de l'histoire
Le minbar devint vite une pièce d'art. Celui de la Grande Mosquée de Kairouan, en Tunisie, sculpté au IXe siècle dans du bois de teck, est considéré comme le plus ancien minbar conservé à son emplacement d'origine. À Marrakech, le minbar de la Koutoubia, fabriqué à Cordoue pour les souverains almoravides au XIIe siècle, est un chef-d'œuvre de marqueterie ; il est aujourd'hui exposé au palais El Badi. Sadek Sellam évoque aussi, d'après le géographe Muqaddasi, le minbar « d'une belle facture » de la mosquée d'Amr à Fustat, en Égypte.
Le plus symbolique reste le minbar de Saladin. Commandé par Nûr al-Dîn pour la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, il y fut installé par Saladin après la reprise de la ville en 1187. Il fut détruit par l'incendie criminel du 21 août 1969, l'événement qui, comme le rappelle l'article d'Oumma sur la Charte de l'Organisation de la Conférence islamique, conduisit à la création de cette organisation. Une réplique a été installée dans la mosquée en 2007.
Pour la place du sermon et de la prière du vendredi dans la pratique, voir la page consacrée à la prière.




