Que veulent dire halal et haram ?
Dans la langue courante, « halal » est devenu synonyme de « viande abattue selon le rite ». C'est un sens étroit. Le mot halal signifie « permis » et couvre tout ce que la religion autorise : manger, se vêtir, gagner sa vie, se marier. Le haram est son contraire, ce qui est interdit. Entre les deux, les juristes distinguent plusieurs catégories de qualification des actes : l'obligatoire (fard ou wajib), le recommandé (mustahabb), le permis (mubah), le déconseillé (makruh) et l'interdit.
Fethallah Otmani rappelle dans son article sur l'éthique du halal que rechercher le halal est d'abord une démarche spirituelle : il cite le hadith, rapporté par Muslim, où le Prophète évoque un homme qui lève les mains vers le ciel alors que sa nourriture, sa boisson et son vêtement sont illicites, et se demande comment sa prière serait exaucée. Un autre hadith bien connu dit que le licite est clair, que l'illicite est clair, et qu'entre les deux se trouvent des choses douteuses que beaucoup ignorent. La précaution est donc recommandée dans les cas incertains.
Le principe général retenu par la majorité des savants est que les choses sont permises tant qu'un texte ne les interdit pas. Les interdits sont donc l'exception, ce qui explique que la liste des aliments haram soit courte.
Quels aliments sont interdits en islam ?
Le Coran énumère les interdits alimentaires en plusieurs endroits, en particulier dans la sourate 5, verset 3 et la sourate 2, verset 173 : la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc et ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui de Dieu. Le verset 3 de la sourate 5 ajoute les bêtes étouffées, assommées, mortes d'une chute ou d'un coup, ou dévorées par une bête féroce, sauf si on les a égorgées avant qu'elles ne meurent.
L'article d'Oumma sur les prescriptions alimentaires en islam rappelle que ces règles ont des parallèles dans le judaïsme, et que le Coran lui-même invite à manger de ce qu'Allah a donné de « licite et de bon » (sourate 16, verset 114). Un autre texte, « La nourriture », explique l'interdit du porc et de l'alcool pour un public non musulman.
Les hadiths et la jurisprudence précisent d'autres cas : en général, les carnivores à crocs et les oiseaux de proie sont interdits, ainsi que l'âne domestique. Les écoles divergent sur plusieurs animaux, par exemple certains animaux marins ou le cheval, permis selon la majorité des savants mais réprouvé dans certaines écoles. Le poisson et les fruits de mer sont permis par la majorité, avec des nuances selon les écoles. Fruits, légumes, céréales et lait sont permis, sous réserve de leur transformation.
La contrainte lève l'interdit : celui que la faim ou la nécessité pousse à manger de l'interdit, sans désir de transgresser, n'est pas en faute (sourate 2, verset 173).
Comment la viande devient-elle halal ? L'abattage rituel
Pour que la viande soit halal, l'animal doit appartenir à une espèce permise et être abattu en prononçant le nom de Dieu (la formule « Bismillah, Allahou akbar »). L'abattage (dhabiha) consiste à trancher la gorge d'un animal vivant, de manière à ce que le sang s'écoule, avec un instrument tranchant. Le gibier tué à la chasse suit des règles proches, avec la formule prononcée à l'envoi du chien dressé ou du trait.
Trois points font l'objet de divergences. Le premier est l'étourdissement : certains savants et organismes de certification l'acceptent s'il est réversible et n'entraîne pas la mort de l'animal, d'autres le refusent. Dans sa fatwa réformiste, Michaël Privot revient sur une décision de la Cour de justice de l'Union européenne qui autorise les États à imposer un étourdissement réversible, et la lit à la lumière du débat interne aux musulmans. Le deuxième est la mention de Dieu : pour les chaféites, elle est recommandée mais l'oubli ne rend pas la viande illicite ; pour les hanafites et les malikites, l'omission volontaire l'invalide. Le troisième est la viande des gens du Livre, juifs et chrétiens : le Coran permet leur nourriture (sourate 5, verset 5), mais les savants discutent de ce que cela couvre dans l'industrie moderne.
La position la plus fréquente en France consiste à se fournir auprès de boucheries ou d'abattoirs identifiés comme respectant ces règles. Chacun reste libre de se référer à l'avis qu'il juge le plus fiable.
Alcool, gélatine, médicaments : que faire des produits douteux ?
Le Coran interdit le vin et les jeux de hasard au titre d'une souillure (sourate 5, verset 90). La majorité des écoles étend l'interdit à toute boisson enivrante et aux stupéfiants. Les écoles divergent toutefois sur certains détails, par exemple sur les boissons fermentées autres que le vin de raisin. En cuisine, la question porte sur l'alcool présent dans des préparations ou des arômes.
Pour les produits transformés, les savants s'appuient sur la notion de transformation : lorsqu'une substance change complètement de nature, certains jugent qu'elle devient licite. Prescriptions alimentaires en islam l'applique à la gélatine, tandis que d'autres savants la tiennent pour interdite si elle est issue du porc. On retrouve le même désaccord pour la présure (utilisée dans le fromage) ou certains additifs.
Pour les médicaments, la règle générale retenue est la nécessité : un traitement indispensable dont aucun équivalent licite n'existe est admis. L'article cite l'avis de Youssouf al-Qaradawi invitant à la tolérance par précaution lorsque le seul produit disponible contient un élément interdit. Même démarche pour les OGM : Adel Taamalli y répond dans son article en insistant sur la responsabilité environnementale et sur la nécessité de tenir compte de l'avis des spécialistes.
Devant un cas douteux, le réflexe recommandé est de s'informer auprès de personnes compétentes et de choisir, en cas d'incertitude réelle, ce qui est le plus sûr.
Halal et tayyib : une éthique plus large que l'alimentation
Le Coran associe souvent « halal » et « tayyib » : « mangez de ce qui est licite et bon ». Saïd Moustarhim souligne dans son texte sur le halal comme concept moral que ce terme évoque ce qui est sain, agréable et pur. Il en déduit que se limiter à l'abattage est réducteur : un produit techniquement licite mais malsain, issu d'un élevage douteux ou obtenu de manière injuste, pose question. Il cite aussi la notion de jalala, la bête dont la chair est permise mais qui se nourrit de produits impropres, que le Prophète a déconseillé de consommer.
Le halal s'étend à la manière de gagner et de dépenser son argent : le prêt à intérêt (riba), la fraude et la tromperie sont interdits. Fethallah Otmani le résume : le halal concerne les actes, les paroles et la consommation. Il a une portée environnementale, éthique et sociale.
Ce sens large explique que le sujet ne se limite pas à l'assiette. Pour l'islam, le choix du licite relève d'abord de la conscience individuelle. Les experts éclairent, présentent les avis, mais ne contraignent pas : le fidèle reste responsable de sa décision devant Dieu.
Certification halal et marché : comment s'y retrouver ?
Depuis une trentaine d'années, le halal est devenu un secteur économique à part entière : produits transformés, restauration, cosmétiques, finance, tourisme. Grégoire David analyse, dans son étude sur les filières halal, la manière dont ce marché façonne les pratiques religieuses en contexte occidental.
Pour garantir qu'un produit respecte les règles, des organismes proposent des certifications. Elles reposent sur des cahiers des charges qui peuvent différer, notamment sur l'étourdissement ou les additifs, ce qui explique que deux logos ne signifient pas forcément la même chose. Saïd Moustarhim estime que la clarté dépend à la fois d'une législation sur la traçabilité, qui incombe aux autorités, et de la responsabilité du consommateur.
Pour s'y retrouver, il est utile de lire la liste des ingrédients, de se renseigner sur l'organisme certificateur et sur ses critères, et de choisir en conscience la référence en laquelle on a confiance. La page charia et fiqh présente comment se forment les avis des savants.


















