Qu'est-ce que le Ramadan et pourquoi jeûne-t-on ?
Ramadan est le nom du neuvième mois du calendrier hégirien. Le mot ne signifie pas « jeûne » : le jeûne, en arabe, se dit sawm ou siyâm. Le Coran prescrit ce jeûne aux croyants « comme il l'a été à ceux d'avant vous », afin qu'ils atteignent la taqwâ, la conscience de Dieu (sourate 2, verset 183). Le verset 185 précise que c'est dans ce mois que le Coran a été « descendu comme guidance pour les gens ». C'est l'un des cinq piliers de l'islam.
Pourquoi ce mois ? Dans une chronique vidéo, Abd El Hafîd Benchouk explique que le jeûne, la lecture du Coran et la prière de nuit ont un même but : rapprocher le croyant de son Seigneur. Anne-Sophie Monsinay, dans son étude sur le sens et les modalités du jeûne, y voit une manière de remercier Dieu pour la Révélation en se privant de ce qui est vital, et rappelle que le jeûne reste un secret entre le croyant et son Créateur, donc sans ostentation.
La tradition spirituelle va plus loin. Tayeb Chouiref présente, dans son article sur l'Ihyâ' de Ghazâlî, les trois degrés du jeûne selon ce grand penseur du XIe siècle : celui du commun, qui s'abstient de nourriture et de désirs ; celui de l'élite, qui préserve aussi le regard, la langue et tous les membres du péché ; celui de l'élite de l'élite, dont le cœur ne s'occupe que de Dieu. Un hadith souvent cité résume l'enjeu : certains jeûneurs ne retirent de leur jeûne que la faim et la soif.
Quand commence le Ramadan ? Pourquoi la date change chaque année
L'année hégirienne est lunaire : elle compte 354 ou 355 jours, soit dix à onze de moins que l'année grégorienne. Le Ramadan avance donc d'autant chaque année et traverse peu à peu toutes les saisons. Chaque mois dure 29 ou 30 jours. Le Ramadan 2027 est attendu autour du 8 février 2027 d'après le calendrier Umm al-Qura, une date à confirmer par l'observation du croissant.
Le point de départ est une recommandation du Prophète : commencer le jeûne à la vue de la nouvelle lune, le terminer à celle de la lune suivante, et compter trente jours si le ciel est couvert. Comme le croissant n'est pas visible partout le même soir, des pays voisins peuvent commencer à un jour d'écart. Le guide complet sur le Ramadan détaille ce mécanisme : la conjonction astronomique précède la visibilité du croissant d'une vingtaine d'heures, et la visibilité dépend du lieu et des conditions d'observation.
Deux approches coexistent. Les uns s'en tiennent à l'observation à l'œil nu ; les autres, de plus en plus nombreux, admettent le calcul astronomique, qui donne la date longtemps à l'avance. Khalid Chraibi présente ce débat dans son analyse sur l'observation visuelle et les calculs. L'Arabie saoudite utilise le calendrier Umm al-Qura pour l'administration ; en France, le Conseil français du culte musulman et les grandes mosquées annoncent chaque année la date retenue, parfois la veille seulement. Pour connaître l'heure de l'aube et du coucher du soleil, consultez nos horaires de prière.
Quelles sont les règles du jeûne ?
Le jeûne commence à l'aube (fajr) et s'achève au coucher du soleil. Pendant cette période, le musulman s'abstient de manger, de boire et d'avoir des relations conjugales. Il commence chaque jour avec l'intention (niyya) de jeûner, qui est une affaire du cœur, sans formule obligatoire. Pendant la nuit, tout cela redevient permis : le Coran l'indique en précisant que l'on peut manger et boire jusqu'à ce que « le fil blanc se distingue du fil noir de l'aube » (sourate 2, verset 187).
Manger ou boire par oubli n'invalide pas le jeûne : selon un hadith rapporté par Boukhari et Mouslim, celui qui oublie qu'il jeûne et mange peut poursuivre sa journée, car c'est Dieu qui l'a nourri. Une rupture volontaire, en revanche, exige de rattraper le jour manqué ; pour les relations conjugales en plein jour, les écoles juridiques prévoient en plus une expiation dont les modalités diffèrent. Beaucoup de questions pratiques (se brosser les dents, se parfumer, se baigner, prendre une prise de sang, des gouttes, une injection ou un inhalateur) reçoivent des réponses nuancées selon les savants : en cas de doute, mieux vaut interroger un imam ou un savant de confiance.
Les règles extérieures ne sont qu'une partie du jeûne. Le Prophète a rappelé que celui qui jeûne doit aussi s'abstenir de propos vulgaires et de querelles. Le guide complet et le dossier de Chouiref sur Ghazâlî insistent sur ce point : garder sa langue, son regard et son cœur est ce qui donne au jeûne sa valeur. Les versets relatifs au jeûne sont commentés dans un article d'Oumma qui replace la règle dans son esprit.
Qui est dispensé de jeûner ? Rattrapage et compensation
Le Coran lui-même prévoit des allègements : « Dieu veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté » (sourate 2, verset 185). Le malade et le voyageur peuvent ne pas jeûner et rattraper les jours manqués plus tard. Les enfants n'y sont pas tenus avant la puberté, même si beaucoup commencent progressivement.
Les femmes ne jeûnent pas pendant leurs règles ni pendant les suites de couches ; elles rattrapent ensuite les jours manqués. Pour la femme enceinte ou allaitante qui craint pour sa santé ou celle de son enfant, les savants admettent la rupture avec rattrapage ; certains ajoutent une compensation, d'autres non. Les personnes très âgées et celles qui souffrent d'une maladie chronique sans espoir de guérison peuvent, selon la majorité des juristes, nourrir un pauvre pour chaque jour manqué : c'est la fidya, évoquée au verset 184.
Le rattrapage peut se faire à n'importe quel moment avant le Ramadan suivant. Le Conseil théologique musulman de France rappelle, dans ses recommandations sur le rattrapage et les six jours de Chawwâl, qu'il vaut mieux rattraper d'abord les jours obligatoires avant de jeûner les six jours surérogatoires qui suivent la fête. Le même conseil a publié un avis sur les candidats aux examens lorsque le Ramadan tombe en été ; cet avis n'est pas partagé par tous les savants. Pour une situation médicale précise, la décision se prend avec un médecin et un référent religieux.
Suhur, iftar et tarawih : le rythme des jours et des nuits
Le jour commence par le suhur, le repas pris avant l'aube. Le Prophète en a recommandé la pratique, car il y a une bénédiction dans ce repas. L'heure de l'imsâk, que l'on trouve sur beaucoup de calendriers, est une marge de précaution de quelques minutes avant l'aube véritable : c'est l'aube (fajr) qui marque le début du jeûne. Les horaires de prière donnent l'imsâk, le fajr et l'heure de la rupture du jeûne pour votre ville. Stéphane Tétart propose dans une vidéo des idées de repas du matin pour tenir la journée.
Le soir, le jeûne se rompt à l'appel du coucher du soleil, c'est l'iftar. Selon la tradition, on commence par quelques dattes et de l'eau avant de prier. Le Dr Mohamed Chtatou rappelle, dans son article sur la sobriété et le partage, que le mois est fait pour l'ascèse et la solidarité, non pour l'abondance ; Thierno Mouhammed Said Diop dénonce de son côté la surconsommation et le gaspillage qui accompagnent trop souvent les repas de rupture.
Après la prière de la nuit (ichâ), de nombreux musulmans se rendent à la mosquée pour les tarawih, prières surérogatoires où l'on récite de longs passages du Coran, souvent de façon à le parcourir en entier sur le mois. Le nombre d'unités varie : la pratique de beaucoup d'écoles est de vingt, alors que d'autres suivent le récit d'Aïcha selon lequel le Prophète ne dépassait pas onze unités de prière de nuit. Le mois du Coran est aussi l'occasion de lire et méditer le Livre au quotidien.
Les dix derniers jours et la nuit du Destin
La dernière décade du Ramadan est le sommet spirituel du mois. Aïcha rapporte que le Prophète redoublait d'effort durant ces jours et qu'il s'adonnait à la retraite spirituelle (i'tikâf), pratique que ses épouses ont continuée après lui. Jamel Khermimoun explique dans son article sur les dix derniers jours qu'à défaut de pouvoir s'isoler en mosquée, chacun peut se ménager une retraite intérieure : réduire les distractions, prier, lire, invoquer.
C'est dans ces dix nuits que se cherche Laylat al-qadr, la nuit du Destin. La sourate 97 la dit « meilleure que mille mois », nuit où descendent les anges et l'Esprit, et pleine de paix jusqu'à l'aube. Elle est liée à la Révélation : le Coran évoque aussi, dans la sourate 44, une « nuit bénie ». Le Prophète a invité à la chercher dans les nuits impaires de la dernière décade ; beaucoup de musulmans la veillent plus particulièrement la nuit du 27e jour, sans qu'aucune date ne soit certaine.
Azzedine Gaci détaille dans son article les actes recommandés : prière de nuit, lecture du Coran, dhikr, invocations, aumône. Il rapporte l'invocation que le Prophète a enseignée à Aïcha : « Seigneur, Tu es Celui qui pardonne et Tu aimes le pardon, alors pardonne-moi. » Ahmadou M. Kanté propose, dans ses méditations sur Laylat al-qadr, une réflexion sur le sens de la descente du Coran en cette nuit.
Zakât al-fitr, fin du mois et Aïd al-Fitr
À la fin du mois, chaque musulman qui en a les moyens verse la zakât al-fitr, une aumône distincte de la zakât annuelle sur le patrimoine. Elle purifie le jeûneur de ses éventuels écarts et permet aux plus pauvres de fêter l'Aïd sans avoir à demander. Le Prophète l'a décrite en ces termes : « Épargnez-leur la mendicité en ce jour. » Elle est due pour soi-même et pour les personnes dont on a la charge, et doit être remise avant la prière de l'Aïd. À l'origine, elle consistait en une mesure de nourriture (un sâ', environ 2,7 kg) ; beaucoup de savants admettent aujourd'hui qu'on la verse en argent, selon un montant annoncé chaque année par les instances religieuses. Azzedine Gaci répond aux questions pratiques dans son article, et Talha Mahamat Allim dans le sien.
Le mois s'achève à la vue de la nouvelle lune de Chawwâl. Le lendemain est jour de fête : l'Aïd al-Fitr, qui se célèbre par une prière collective le matin, des repas partagés et des visites. Il est interdit de jeûner ce jour-là. Beaucoup de musulmans jeûnent ensuite six jours de Chawwâl, ce qui, selon un hadith rapporté par Mouslim, équivaut à un jeûne d'une année entière.
Ramadan s'achève, mais son esprit n'est pas censé s'arrêter. Comme l'écrit Farid El Asri dans une tribune, le défi est de retrouver le sens du mois face au tumulte de la consommation, puis de le prolonger toute l'année.






















