Que signifie sawm ?
Sawm (صوم, ṣawm) et siyâm (صيام) sont deux noms de la même racine ṣ-w-m, qui exprime l'idée de s'abstenir, de se retenir, de rester immobile. Les Arabes disaient d'un cheval qui refusait d'avancer ou de manger qu'il était ṣâ'im. En français, on trouve aussi les graphies saoum, çawm et siyam. Le jeûneur se dit ṣâ'im.
En droit musulman, le sawm est l'abstention de manger, de boire et d'avoir des rapports intimes, de l'apparition de l'aube jusqu'au coucher du soleil, avec une intention (niyya) formée pour Allah. Le sens premier du mot est plus large. Dans le Coran, Marie reçoit cette consigne après la naissance de Jésus : « Assurément, j’ai voué un jeûne au Tout Miséricordieux: je ne parlerai donc aujourd’hui à aucun être humain » (sourate 19, verset 26). Ce « jeûne » est un jeûne de la parole.
La tradition donne au jeûne une place à part. Selon un hadith qudsi rapporté par Boukhari et Muslim, Allah dit que toute œuvre de l'homme est pour lui, sauf le jeûne, qui est pour Lui et dont Il donne Lui-même la récompense. Les savants l'expliquent par le caractère invisible du jeûne : personne d'autre que Dieu ne sait si le jeûneur jeûne vraiment.
Que dit le Coran sur le jeûne ?
Le texte fondateur est le verset 183 de la sourate 2 : « O les croyants! On vous a prescrit aS-Siyâm comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété » (sourate 2, verset 183). Le jeûne y est présenté comme une pratique commune aux religions antérieures, et sa finalité est la taqwâ, la piété vigilante.
Les versets suivants fixent le cadre. Le verset 184 prévoit le rattrapage pour le malade et le voyageur, et une compensation, nourrir un pauvre, pour ceux qui ne peuvent jeûner qu'avec une grande difficulté. Le verset 185 désigne le mois de Ramadan. Le verset 187 donne les bornes de la journée : « mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit. Puis accomplissez le jeûne jusqu’à la nuit » (sourate 2, verset 187).
Le Coran fait aussi du jeûne une expiation : trois jours pour un serment rompu (sourate 5, verset 89), deux mois consécutifs dans d'autres cas graves (sourate 58, verset 4), ou un jeûne de remplacement pour le pèlerin qui ne peut offrir de sacrifice (sourate 2, verset 196).
Quels sont les différents jeûnes en islam ?
Les juristes classent les jeûnes selon leur statut. Sont obligatoires : le jeûne du Ramadan, le rattrapage (qadâ') des jours manqués, le jeûne d'expiation (kaffâra) et le jeûne promis par un vœu (nadhr). Tout ce qui concerne le mois lui-même (début, dispenses, rythme des journées) est expliqué sur la page Ramadan, et les dates de l'année sur la page Ramadan 2027.
Sont recommandés les jeûnes suivants. Le jour d'Arafat, le 9 de Dhou al-Hijja, pour ceux qui ne sont pas au pèlerinage : selon un hadith rapporté par Muslim, il efface les fautes de l'année écoulée et de l'année à venir. Le jour d'Achoura, le 10 de Muharram, que la tradition recommande d'accompagner du 9. Les six jours de Chawwâl, après le Ramadan : selon un hadith rapporté par Muslim, ils donnent avec lui la récompense d'une année entière ; l'imam Mâlik les jugeait toutefois déconseillés, de crainte qu'on les prenne pour une obligation. S'y ajoutent le lundi et le jeudi, les trois jours du milieu du mois lunaire (13, 14 et 15), et le « jeûne de David », un jour sur deux, que des hadiths rapportés par Boukhari et Muslim présentent comme le plus aimé d'Allah.
Sont interdits le jour de l'Aïd al-Fitr et celui de l'Aïd al-Adha, et pour la majorité les trois jours qui suivent la fête du sacrifice. La majorité des savants déconseillent aussi de jeûner le seul vendredi, sans le jour d'avant ou d'après.
Qu'est-ce qui annule le jeûne ?
Toutes les écoles s'accordent sur l'essentiel : manger, boire et avoir un rapport intime volontairement, pendant la journée, annulent le jeûne. Il en va de même de la survenue des règles ou des lochies, et du vomissement provoqué ; le vomissement involontaire, lui, ne l'annule pas, selon un hadith rapporté par Tirmidhi que présente l'article d'Oumma Vomir annule-t-il le jeûne ?.
L'oubli divise un peu. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, celui qui mange ou boit par oubli poursuit son jeûne, car « c'est Allah qui l'a nourri ». Les hanafites, les chaféites et les hanbalites en concluent que le jeûne reste valable. Les malikites demandent de rattraper ce jour en Ramadan, sans y voir de faute.
La question de la prise de sang, très recherchée, reçoit une réponse assez nette : selon la majorité des savants, une prise de sang pour analyse n'annule pas le jeûne. Les hanbalites considèrent que la saignée par ventouses (hijâma) le rompt, et certains étendent cet avis aux prélèvements abondants, comme le don de sang. Les injections non nutritives sont jugées sans effet par la plupart des instances contemporaines.
La rupture volontaire d'un jour de Ramadan par un rapport intime entraîne, en plus du rattrapage, une expiation : soixante jours de jeûne consécutifs ou, à défaut, nourrir soixante pauvres, selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim. Les hanafites et les malikites appliquent aussi cette expiation à celui qui mange ou boit délibérément ; les chaféites et les hanbalites la réservent au rapport intime.
Quelle intention et quels gestes pour le jeûne ?
L'intention se forme dans le cœur, sans formule obligatoire. Pour la majorité des savants, elle doit être renouvelée chaque nuit pour un jeûne obligatoire. Les malikites admettent qu'une seule intention, au début du mois, vaut pour tout le Ramadan. Les hanafites l'acceptent jusqu'au milieu de la journée pour le Ramadan et les jeûnes surérogatoires.
La tradition recommande de prendre un repas avant l'aube, le suhûr, et de rompre le jeûne sans tarder au coucher du soleil, l'iftar, avec des dattes ou de l'eau. Une invocation rapportée par Abou Dawoud accompagne la rupture : « la soif est partie, les veines sont humectées et la récompense est acquise, si Allah le veut ». Le Prophète demandait aussi au jeûneur de s'abstenir des paroles blessantes et des disputes, ce que la tradition résume par l'idée qu'un jeûne qui ne retient pas la langue ne laisse que la faim et la soif.
Ce qu'en dit Oumma
Dans Le jeûne en islam : un acte de foi qui permet au musulman de progresser sur la voie de la « piété », Abd al-Wadoud Gouraud rappelle que çawm signifie à la fois « s'abstenir » et « s'élever ». Tayeb Chouiref présente les trois degrés du jeûne selon Ghazâlî : celui du commun, qui s'abstient de nourriture et de sexe, celui de l'élite, qui garde aussi la langue, les yeux et les mains, et celui de l'élite de l'élite, où le cœur se détourne de tout sauf de Dieu.
Côté pratique, le Conseil théologique musulman de France (CTMF) a publié des recommandations sur les six jours de Chawwâl et le rattrapage : il conseille de rattraper d'abord les jours manqués, tout en jugeant valide l'ordre inverse. L'article sur le jeûne du jour d'Arafat rappelle le hadith rapporté par Muslim sur le mérite de ce jour et invite ceux qui ne sont pas à La Mecque à s'unir ainsi aux pèlerins.










