Que signifie nisâb ?
Cette entrée explique le mot. Pour savoir qui doit la zakât, comment la calculer et à qui la verser, voir la page complète sur la zakât.
Nisâb (نصاب) vient de la racine n-s-b, qui exprime l'idée de dresser, de fixer, d'établir. Le nisâb est donc « ce qui est fixé » : la quantité de référence, la base. De la même racine vient nasîb, la part, que le Coran emploie pour l'héritage : « une part fixée » (sourate 4, verset 7). En fiqh, le mot désigne un seuil minimal à partir duquel une règle s'applique.
Attention au faux ami : le mot ansâb, de la même racine, désigne dans le Coran les « pierres dressées » des cultes idolâtres, rangées avec le vin et les jeux de hasard (sourate 5, verset 90). Il n'a aucun rapport avec la zakât. Le mot nisâb lui-même ne figure pas dans le Coran : ses montants viennent de la sunna.
Les montants du nisâb
Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, aucune aumône n'est due sur moins de cinq ûqiyya d'argent, moins de cinq chameaux ou moins de cinq wasq de dattes ou de grain. Les cinq ûqiyya font 200 dirhams ; pour l'or, la tradition retient 20 dinars. Les juristes contemporains convertissent ces poids en 85 grammes d'or et 595 grammes d'argent, certains retenant des chiffres un peu différents pour l'argent.
Le bétail a ses propres seuils : cinq chameaux, trente bovins, quarante moutons ou chèvres. Pour les récoltes, le nisâb est de cinq wasq, une mesure de volume dont l'équivalent en kilos varie selon les conversions. Au-delà du seuil, le taux est de 2,5 % pour l'épargne, l'or, l'argent et les marchandises.
Deux conditions accompagnent le nisâb : le bien doit dépasser les besoins de base (logement, nourriture, vêtements, dettes immédiates) et rester au-dessus du seuil pendant une année lunaire, le hawl. Cette condition d'année ne vaut pas pour les récoltes, taxées à chaque moisson.
Nisâb en or ou en argent ?
À l'époque du Prophète, 20 dinars d'or et 200 dirhams d'argent avaient à peu près la même valeur. Ce n'est plus le cas : l'or s'est apprécié, l'argent beaucoup moins. L'avis du Conseil théologique musulman de France, publié par Oumma en juillet 2023 sous le titre Le Nissâb, concept islamique représentant le seuil de richesse, donnait alors 4 759 euros pour le nisâb en or et 422 euros pour le nisâb en argent.
Le CTMF recommande l'argent : son seuil est établi par des hadiths authentiques, et il fait entrer davantage de fidèles dans l'obligation, donc davantage de ressources pour les pauvres. Il cite le Conseil du fiqh islamique de La Mecque, en 1982, et le Conseil du fiqh islamique de l'Inde, en 1989, qui avaient fait le même choix. D'autres savants préfèrent l'or, au motif qu'une épargne de quelques centaines d'euros ne fait pas un riche. La question reste ouverte et les montants en euros changent avec le cours des métaux.
Les autres emplois du mot nisâb
Le mot ne sert pas qu'à la zakât des biens. Pour la zakât al-fitr, les hanafites ne la demandent qu'à celui qui possède le nisâb ; la majorité des juristes la réclament à quiconque a de quoi se nourrir le jour de l'Aïd au-delà de ses besoins. En droit pénal classique, on parle du nisâb al-sariqa, la valeur minimale du bien volé pour que la peine prévue s'applique, un quart de dinar d'or selon la majorité.
En arabe moderne, nisâb désigne aussi le quorum d'une assemblée, le nombre de présents qui rend un vote valable. Les conseils de fiqh et les fédérations musulmanes publient chaque année ou à chaque Ramadan des montants actualisés du nisâb : avant de calculer sa zakât, mieux vaut vérifier la date et la source du chiffre utilisé. À ne pas confondre avec la sadaqa, le don volontaire, qui n'a ni seuil ni taux.





