Que signifie woudou ?
Woudou est la façon dont on prononce et écrit souvent en France le mot arabe wudû' (وضوء), qui désigne les petites ablutions : la purification par l'eau de certaines parties du corps avant la prière. On rencontre aussi les graphies wudu, woudhou, ou simplement « les ablutions ». Le mot n'a aucun lien avec le « vaudou » des religions afro-caribéennes, malgré une prononciation proche.
Le terme vient de la racine w-ḍ-ʾ, qui exprime la propreté, la clarté et la beauté : le visage dit waḍī' est un visage lumineux. Les grammairiens arabes distinguent deux voyelles : le wudû', avec un u, est l'acte de faire ses ablutions ; le waḍû', avec un a, est l'eau que l'on y emploie.
Le wudû' fait partie d'un ensemble plus large que les juristes appellent tahâra, la pureté rituelle. Il répond à l'impureté dite mineure (hadath asghar). L'impureté majeure, après un rapport sexuel, une éjaculation, les règles ou les suites de couches, demande le ghusl, le lavage du corps entier. Quand l'eau manque ou ne peut pas être utilisée, les deux sont remplacés par le tayammum.
Que dit le Coran sur les ablutions ?
Le mot wudû' ne figure pas dans le Coran, mais le geste y est décrit avec précision : « O les croyants! Lorsque vous vous levez pour la Salât, lavez vos visages et vos mains jusqu’aux coudes; passez les mains mouillées sur vos têtes; et lavez-vous les pieds jusqu’aux chevilles » (sourate 5, verset 6). Le même verset prévoit le bain complet en cas d'impureté majeure et le recours à la terre pure pour le malade, le voyageur ou celui qui ne trouve pas d'eau. Il se termine par une phrase souvent citée : « Allah ne veut pas vous imposer quelque gêne, mais Il veut vous purifier ».
Le verset 43 de la sourate 4 reprend ces cas de figure. Le Coran loue aussi ceux qui se purifient : « Allah aime ceux qui se purifient » (sourate 9, verset 108).
Dans la tradition, plusieurs paroles du Prophète portent sur les ablutions. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, la prière de celui qui a perdu son état de pureté n'est pas acceptée tant qu'il n'a pas refait ses ablutions. Un autre, rapporté par Muslim, dit que les fautes s'en vont avec l'eau du wudû'. L'article d'Oumma Le repentir, Attaouba range d'ailleurs les ablutions parmi les moyens qui aident au repentir.
Quels sont les gestes obligatoires du wudû' ?
Le déroulé complet, geste par geste, est expliqué dans le guide d'Oumma Prière : comment faire les ablutions ? et sur la page consacrée à la prière. Retenons ici ce qui distingue l'obligatoire du recommandé.
Les quatre gestes du verset font l'unanimité : laver le visage, laver les bras jusqu'aux coudes, passer la main mouillée sur la tête, laver les pieds jusqu'aux chevilles. Le reste dépend des écoles juridiques. Les hanafites s'en tiennent à ces quatre gestes ; l'intention, l'ordre et le rinçage de la bouche sont pour eux des actes recommandés. Les chaféites ajoutent l'intention (niyya) et le respect de l'ordre. Les malikites ajoutent l'intention, l'enchaînement sans longue interruption et la friction des membres avec la main (dalk). Les hanbalites retiennent l'ordre et l'enchaînement, et comptent le rinçage de la bouche et du nez dans le lavage du visage.
Répéter chaque lavage trois fois, commencer par la droite, dire « bismillah » au début et la profession de foi à la fin relèvent de la sunna selon la majorité.
Deux différences se voient d'un courant à l'autre. Les quatre écoles sunnites admettent que l'on passe la main mouillée sur des chaussons de cuir (khuff) enfilés en état de pureté, au lieu de laver les pieds ; le statut des chaussettes ordinaires est discuté. Les chiites duodécimains, eux, passent la main mouillée sur les pieds au lieu de les laver, d'après leur lecture du verset 6, et lavent les bras du coude vers la main.
Qu'est-ce qui annule les ablutions ?
Les juristes s'accordent sur un noyau commun : ce qui sort par les voies naturelles (urine, selles, vents), le sommeil profond et la perte de conscience (évanouissement, ivresse) annulent le wudû'. L'impureté majeure l'annule aussi, et demande alors le ghusl.
D'autres cas divisent les écoles. Le sang qui coule d'une blessure ou du nez annule les ablutions pour les hanafites, et pour les hanbalites quand il est abondant ; il ne les annule pas pour les malikites ni pour les chaféites. C'est l'avis hanafite que reprend l'article d'Oumma L'annulation des ablutions. Le contact de la peau entre un homme et une femme annule le wudû' pour les chaféites, seulement s'il s'accompagne de désir pour les malikites et les hanbalites, et pas du tout pour les hanafites. Cette divergence vient de l'expression « si vous avez touché aux femmes » du verset 6, que certains comprennent comme un simple contact et d'autres comme le rapport sexuel. Les hanbalites ajoutent la consommation de viande de chameau.
Une règle aide à trancher le doute : celui qui est sûr d'avoir fait ses ablutions et doute de les avoir perdues reste, pour la majorité des savants, en état de pureté.
Pour quoi faut-il être en état d'ablution ?
Le wudû' est une condition de validité de la prière, obligatoire ou surérogatoire, y compris la prière funéraire. La majorité des savants l'exigent aussi pour le tawâf, les tours autour de la Kaaba, et pour toucher un exemplaire du Coran, en s'appuyant notamment sur le verset « que seuls les purifiés touchent » (sourate 56, verset 79), dont le sens fait débat.
Il n'est pas requis pour réciter le Coran de mémoire, faire des invocations ou entrer dans une mosquée. Beaucoup de fidèles le renouvellent toutefois avant de dormir ou de lire, car la tradition le recommande.
Une même ablution sert pour plusieurs prières tant qu'elle n'est pas annulée. Celui qui fait son wudû' le matin peut donc prier à midi sans le refaire, s'il ne l'a pas perdu entre-temps. Cette règle simplifie la vie de ceux qui travaillent ou étudient loin d'un point d'eau.
Ce qu'en dit Oumma
Le guide Prière : comment faire les ablutions ? reste la référence du site pour apprendre les gestes, et Comment faire les grandes ablutions ? détaille le ghusl. Dans Al Adhan, Ibrahim Halitim présente les trois formes de purification, ghusl, woudhou et tayammum, et rappelle que l'islam ne demande pas une hygiène obsessionnelle mais une pureté rituelle.
En avril 2020, Oumma a relayé une étude britannique du professeur Richard Webber et de Trevor Phillips : ils avançaient l'hypothèse que le lavage des mains plusieurs fois par jour avant les prières avait pu limiter la propagation du Covid-19 dans certains quartiers musulmans de Londres. Il s'agissait d'une hypothèse, pas d'une démonstration médicale.







