Que signifie ihrâm ?
Ihrâm (إحرام) vient de la racine ḥ-r-m, qui exprime à la fois l'interdit et le sacré. Elle a donné harâm, l'illicite (haram), haram, le territoire sacré de La Mecque, al-Masjid al-harâm, la Mosquée sacrée, et mahram, le proche parent qu'on ne peut épouser. Ahrama signifie littéralement « entrer dans le sacré » : en état d'ihrâm, des actes ordinairement permis deviennent interdits. Le pèlerin dans cet état est dit muhrim.
Le mot désigne aussi, par extension, la tenue du pèlerin : on dit « mettre son ihrâm », « acheter un ihrâm ». On l'écrit ihram, ihrâm ou ihrame. Le Coran emploie l'expression wa antum hurum, que Hamidullah traduit par « en état d'ihrâm » : « Ne vous permettez point la chasse alors que vous êtes en état d'ihrâm » (sourate 5, verset 1).
La même idée de consécration se retrouve dans la prière : le premier Allâhu akbar s'appelle takbîrat al-ihrâm, « le takbir de sacralisation », car il fait entrer le fidèle dans un état où parler, manger ou se détourner devient interdit jusqu'à la salutation finale. Il est expliqué dans Comment faire la prière (as salat) ? et sur la page la prière.
Comment entre-t-on en état d'ihrâm ?
L'entrée en ihrâm est l'un des piliers du hajj et de la omra. Elle se fait au plus tard au mîqât, l'un des cinq points fixés par le Prophète selon la direction d'où l'on vient : Dhû l-Hulayfa pour ceux qui arrivent de Médine, al-Juhfa (près de Rabigh) pour ceux du nord-ouest, Qarn al-Manâzil pour ceux du Najd, Yalamlam pour ceux du Yémen, Dhât 'Irq pour ceux d'Irak. En avion, on entre en ihrâm en survolant le mîqât, ce qui conduit beaucoup de pèlerins à s'habiller dès l'embarquement.
Avant, il est recommandé de se couper les ongles, et de faire le ghusl. On revêt la tenue, on prie deux rak'a si c'est possible, puis on formule l'intention (niyya) : hajj seul, omra seule, ou les deux, selon l'une des trois formules décrites sur la page le Hajj. On prononce alors la talbiya : Labbayka Llâhumma labbayk, « Me voici, ô Dieu, me voici », que le pèlerin répète tout au long du voyage.
L'homme porte deux pièces de tissu sans couture, en général de coton blanc : l'izâr autour de la taille et le ridâ' sur les épaules, avec des sandales qui laissent voir le dessus du pied. La femme n'a pas de tenue particulière : elle garde des vêtements amples, mais, selon un hadith rapporté par Boukhari, ne porte ni voile couvrant le visage (niqâb) ni gants.
Qu'est-ce qui est interdit en état d'ihrâm ?
Les interdits sont résumés par l'article de Yacob Mahi Le Hajj, pèlerinage : règles et pratique : les rapports conjugaux et les gestes d'intimité, le mariage et la demande en mariage, le parfum, la coupe des cheveux et des ongles, la chasse du gibier terrestre et l'arrachage des plantes du territoire sacré. L'homme ne doit ni se couvrir la tête ni porter de vêtements cousus à la forme du corps (chemise, pantalon, chaussettes). Le Coran ordonne : « Ne tuez pas de gibier pendant que vous êtes en état d'Ihram » (sourate 5, verset 95), tout en permettant la pêche (verset 96). Il demande aussi d'éviter querelles et paroles grossières pendant le pèlerinage (sourate 2, verset 197).
Une transgression non volontaire, ou faite par nécessité, se rachète : « Si l'un d'entre vous est malade ou souffre d'une affection de la tête (et doit se raser), qu'il se rachète alors par un Siyâm ou par une aumône ou par un sacrifice » (sourate 2, verset 196). La tradition précise trois jours de jeûne, ou nourrir six pauvres, ou sacrifier un mouton. Le rapport sexuel avant la station d'Arafat annule le hajj pour la majorité des savants.
Comment sort-on de l'ihrâm ?
La sortie de l'ihrâm s'appelle tahallul. Pour la omra, elle a lieu après le tawâf et le sa'y, en se rasant la tête ou en raccourcissant les cheveux ; la femme coupe seulement une mèche. Le Coran évoque ce geste : « vous entrerez dans la Mosquée Sacrée si Allah veut, en toute sécurité, ayant rasé vos têtes ou coupé vos cheveux » (sourate 48, verset 27).
Pour le hajj, elle se fait en deux temps. Le 10 Dhou al-Hijja, après la lapidation et le rasage, presque tout redevient permis, sauf les rapports conjugaux. La désacralisation complète suit le tawâf al-ifâda.
L'habit d'ihrâm garde une forte charge symbolique. L'islamologue Eric Geoffroy, dans Le sens du pèlerinage, rappelle que ces tissus blancs évoquent le linceul : beaucoup de musulmans demandent à être enterrés dans l'ihrâm rapporté de La Mecque. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le pèlerin mort en état d'ihrâm est lavé sans parfum, la tête découverte, et sera ressuscité en prononçant la talbiya.





