La Sunna et les hadithsالسنة

La Sunna désigne l'exemple du Prophète Muhammad : ses paroles, ses actes et ses approbations. Les hadiths sont les récits qui la transmettent. Pour la grande majorité des musulmans, elle est, après le Coran, la deuxième source de la foi et du droit.

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que la Sunna en islam ?

Le mot arabe sunna signifie « voie », « manière d'agir habituelle ». Dans le vocabulaire religieux, il désigne la conduite du Prophète Muhammad, proposée aux croyants comme modèle. Le Coran lui-même présente le Prophète comme un exemple : « Il y a, en vérité, dans l'Envoyé de Dieu un excellent modèle » (sourate 33, verset 21). Il invite aussi à prendre ce qu'il apporte : « Ce que le Messager vous donne, prenez-le » (sourate 59, verset 7).

La Sunna recouvre trois choses : ses paroles, ses actes et ses approbations (ce qu'il a vu faire ou dire et qu'il a laissé passer sans le corriger). Les récits décrivant son apparence et son caractère s'y ajoutent. Dans le langage du droit, le mot a aussi un sens plus étroit : un acte recommandé sans être obligatoire, comme la sunna mu'akkada, la pratique que le Prophète accomplissait avec constance.

Il ne faut pas confondre Sunna et sunnisme. Le sunnisme tire son nom de la fidélité à cette Tradition (ahl al-sunna), mais les chiites, les ibadites et les autres courants se réfèrent eux aussi à l'exemple du Prophète, chacun avec ses propres chaînes de transmission.

Quelle différence entre Sunna et hadith ?

La Sunna est le contenu, le hadith en est le véhicule. Un hadith, littéralement « propos » ou « récit », est une tradition qui remonte au Prophète et rapporte un de ses actes, une de ses paroles, son approbation ou l'une de ses caractéristiques. L'ensemble de ces récits forme le Hadith avec une majuscule, que Tayeb Chouiref présente, dans son entretien sur l'authenticité des hadiths, comme la deuxième source de la théologie musulmane après le Coran.

Les hadiths éclairent le Coran de deux manières. Ils donnent le contexte de nombreux versets, et ils montrent comment le Prophète a appliqué les prescriptions : la manière de prier, les règles de l'aumône, les gestes du pèlerinage. C'est d'abord par eux que le croyant connaît les comportements, les attitudes et les vertus de son modèle.

Mohamed Jamil Cherifi rappelle, dans son étude sur la charia, le hadith, le qiyâs et l'ijtihâd, que le hadith concrétise la Révélation plutôt qu'il ne la complète : il précise un principe général du Coran, sans l'abroger. Il existe aussi une catégorie à part, le hadith qudsî, où le Prophète rapporte une parole que Dieu lui a adressée sans qu'elle fasse partie du Coran.

Comment sait-on si un hadith est authentique ?

Tous les hadiths n'ont pas la même valeur, et les savants musulmans le savent depuis les premiers siècles. Chouiref explique que de fausses traditions sont apparues très tôt, probablement dès le premier siècle de l'Hégire : parfois par piété excessive, parfois par intérêt, lors de querelles dogmatiques ou politiques. Ce risque a fait naître les « sciences du hadith » ('ulûm al-hadîth), chargées de contrôler les récits.

Le premier outil est l'isnâd, la chaîne des transmetteurs. Les spécialistes étudient chaque maillon : la probité du rapporteur, sa mémoire, le fait qu'il ait réellement pu rencontrer celui dont il tient le récit. Ils examinent aussi le texte lui-même, sa cohérence avec le Coran et avec d'autres récits. Selon le résultat, un hadith est dit authentique (sahîh), bon (hasan), faible (da'îf) ou forgé (mawdû').

Cherifi distingue en outre deux modes de transmission. Le récit transmis par de nombreuses voies indépendantes (tawâtur) offre le plus haut degré de certitude ; le récit rapporté par peu de voies (âhâd) reste, en théorie, de portée probable, même s'il est tenu pour sûr dans la pratique quand sa chaîne est solide. Il rappelle enfin que certains hadiths ont été transmis selon le sens et non mot pour mot, ce qui laisse place à des variantes.

Quels sont les grands recueils de hadiths ?

Les hadiths ont d'abord circulé oralement et par des feuillets personnels, puis ont été rassemblés dans de grands recueils, surtout aux IIe et IIIe siècles de l'Hégire (VIIIe et IXe siècles). Chouiref cite à ce propos le travail de Muhammad Hamidullah sur le feuillet de Hammâm ibn Munabbih, l'un des plus anciens textes écrits de hadiths conservés, qui montre qu'une mise par écrit très précoce a existé.

Chez les sunnites, six recueils font autorité : le Sahîh de Boukhari (mort en 870), le Sahîh de Mouslim (mort en 875), puis les Sunan d'Abû Dâwûd, de Tirmidhî, de Nasâ'î et d'Ibn Mâja. Boukhari et Mouslim sont placés au premier rang parce qu'ils n'y ont retenu que des hadiths qu'ils jugeaient authentiques selon des critères stricts. D'autres collections importantes, comme le Musnad d'Ahmad ibn Hanbal, complètent cet ensemble.

Les chiites duodécimains possèdent leurs propres collections, qui rapportent aussi les paroles des imams de la descendance du Prophète : on cite en particulier al-Kâfî de Kulaynî. Ils se réfèrent à un autre corpus de transmetteurs. On retrouve ce principe de chaînes propres à chaque courant dans l'article de Rachid Id Yassine sur la légitimité du chiisme, qui rapproche l'isnâd des sunnites, l'imâmat des chiites et la silsila des soufis.

Quelle place pour la Sunna dans le droit musulman ?

Dans la théorie du droit (usûl al-fiqh), la Sunna occupe la deuxième place, derrière le Coran et avant le consensus des savants (ijmâ'), le raisonnement par analogie (qiyâs) et l'effort d'interprétation (ijtihâd). Cherifi souligne que le Coran et la Sunna sont les deux composantes fixes du système, tandis que l'ijtihâd en est la composante mobile.

Un récit souvent cité, le dialogue entre le Prophète et Mu'âdh ibn Jabal, envoyé comme juge au Yémen, résume cet ordre : juger d'après le Livre, à défaut d'après la Tradition du Messager, à défaut d'après son propre jugement. La solidité de la chaîne de ce récit est discutée par les spécialistes, mais il illustre l'enchaînement des sources que les juristes ont retenu.

Les juristes n'accordent pas tous le même poids à tous les hadiths. Les écoles ont des critères différents pour retenir un récit isolé et pour le concilier avec d'autres sources, comme la pratique de Médine chez les malikites ou l'importance donnée aux chaînes de transmission chez les chaféites. La Sunna agit donc dans le droit à travers des méthodes, pas comme une liste de règles toutes faites. Le détail se trouve dans la page sur la charia et le fiqh.

La Sunna, c'est aussi la vie du Prophète : la sîra

La Sunna se lit dans les hadiths mais aussi dans la biographie du Prophète, la sîra. Les anciennes biographies, comme celle d'Ibn Hichâm, racontent surtout l'avènement de l'islam : les débuts à La Mecque, l'émigration à Médine, les expéditions, les traités. Chouiref remarque qu'elles disent peu de la vie intérieure du Prophète, que les hadiths permettent mieux d'approcher.

Le cheikh Abdal Hakim Murad invite, dans un enseignement de la Sîra, à regarder aussi le cadre concret de cette histoire : une cité marchande, deux villes, La Mecque et Médine, et la dimension économique qui a compté pour les contemporains du Prophète. La sîra, selon lui, offre des réponses qui restent proches des questions d'aujourd'hui.

Pour la dimension spirituelle de la Sunna, les maîtres du soufisme ont beaucoup commenté les hadiths. L'article Le soufisme à la lumière du Coran et de la Sunna rappelle que cette voie intérieure se réclame de l'exemple du Prophète et de ses Compagnons. Tayeb Chouiref propose une approche proche dans ses lectures de l'Ihyâ' de Ghazâlî, comme celle consacrée au jeûne du Ramadan.

Les débats autour des hadiths

La critique des hadiths n'est pas une invention récente. Elle a commencé dans le monde musulman lui-même, dès l'époque de la collecte. À partir du XIXe siècle, des orientalistes comme Ignaz Goldziher ont jugé que beaucoup de hadiths étaient postérieurs au Prophète, ce qui a nourri un débat toujours vivant entre historiens. Chouiref estime que cette critique a parfois abouti à des conclusions excessives, et s'appuie sur les travaux de Hamidullah pour défendre l'ancienneté de la mise par écrit. D'autres auteurs publiés sur Oumma, plus critiques, soulignent au contraire la longue période de transmission orale.

À l'intérieur du monde musulman, la discussion porte sur la manière de comprendre certains hadiths plus que sur leur existence. Ahmadou Kanté montre, dans son étude sur le hadith du calcul astronomique, comment un seul récit (« Nous sommes une communauté illettrée, nous n'écrivons pas et ne calculons pas », rapporté par Boukhari et Mouslim) est lu de deux façons opposées par ceux qui veulent fixer le début du mois par l'observation de la lune et ceux qui acceptent le calcul.

Une minorité de musulmans, parfois appelés coranistes, refuse d'attribuer une autorité religieuse aux hadiths. La très grande majorité des savants, sunnites comme chiites, les tient pour indispensables, tout en reconnaissant la nécessité de les examiner avec méthode.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la Sunna et le hadith ?+

La Sunna est la conduite du Prophète Muhammad prise comme modèle : ses paroles, ses actes et ses approbations. Le hadith est le récit écrit ou oral qui rapporte cette conduite. On connaît la Sunna par les hadiths.

Quels sont les recueils de hadiths les plus connus ?+

Chez les sunnites, les Sahîh de Boukhari et de Mouslim sont les plus réputés, suivis des Sunan d'Abû Dâwûd, de Tirmidhî, de Nasâ'î et d'Ibn Mâja. Les chiites duodécimains se réfèrent surtout à quatre recueils, dont al-Kâfî de Kulaynî, qui contiennent aussi des paroles des imams.

Les hadiths sont-ils tous authentiques ?+

Non. Les savants musulmans eux-mêmes distinguent les hadiths authentiques (sahîh), bons (hasan), faibles (da'îf) et forgés (mawdû'). Une science entière, celle du hadith, examine la chaîne des transmetteurs et le contenu de chaque récit.

Qu'est-ce qu'un hadith qudsî ?+

C'est un hadith dans lequel le Prophète rapporte une parole que Dieu lui a adressée, mais qui ne fait pas partie du Coran. Sa formulation est transmise comme un récit du Prophète, non comme un texte révélé à réciter dans la prière.

Peut-on appliquer un hadith faible ?+

Les savants divergent. Presque tous refusent de fonder une règle de droit sur un hadith faible. Certains acceptent de s'y référer, sous conditions, pour encourager à une bonne action, d'autres le refusent aussi dans ce cas.

La Sunna peut-elle contredire le Coran ?+

Pour les savants, non : la Sunna explique et précise le Coran, elle ne l'abroge pas. Quand un hadith paraît s'opposer à un verset, les juristes cherchent à les concilier ou à écarter le récit si sa chaîne ou son texte est contestable.

Publicité

Pour approfondir : nos articles de fond

L'actualité du sujet sur Oumma

Mis à jour à chaque publication sur le sujet.

Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de Tayeb Chouiref, Mohamed Jamil CHERIFI, Le Sheykh Abd-al Hakim Murad, Tahar Gaïd.