Qu'est-ce que le Hajj ?
Le Hajj est le pèlerinage rituel à La Mecque. Cinquième des cinq piliers de l'islam, il est dû une fois dans la vie par tout musulman qui en a la capacité. Le Coran le prescrit en ces termes : « Le pèlerinage de la Maison est un devoir envers Dieu pour quiconque en a la possibilité » (sourate 3, verset 97). Il a lieu au mois de Dhou al-Hijja, douzième mois du calendrier hégirien, et culmine avec la station sur la plaine de Arafât le neuvième jour. Le lendemain, les musulmans du monde entier célèbrent l'Aïd al-Adha.
Le pèlerinage s'enracine dans l'histoire d'Abraham, d'Agar et d'Ismaël. Selon la tradition, c'est Abraham qui, avec son fils, a élevé la Kaaba, et le Coran lui fait adresser l'appel aux hommes à venir en pèlerinage (sourate 22, verset 27). Dans « Le sens du pèlerinage », Éric Geoffroy retrace ce cheminement symbolique à travers trois figures : Adam, Abraham et Muhammad, qui ont chacun contribué à donner au Hajj sa forme actuelle.
Aujourd'hui, des millions de croyants, venus de tous les continents, convergent chaque année vers La Mecque. Le Hajj est aussi un rassemblement unique au monde par sa diversité : on y voit se côtoyer toutes les langues, toutes les nationalités et toutes les conditions sociales, vêtus de la même manière. Pour une introduction très claire à ce cinquième pilier, voir le texte « Introduction au cinquième pilier de l'islam ».
Qui doit faire le Hajj ? Conditions et préparation
Selon l'article de Yacob Mahi, « Le Hajj, pèlerinage : règles et pratique », quatre conditions rendent le pèlerinage obligatoire : être musulman, sain d'esprit, avoir atteint la puberté et posséder les moyens nécessaires. Ces moyens désignent la capacité physique de supporter les rites, les frais du voyage et de quoi laisser à sa famille de quoi vivre pendant son absence. Qui n'a pas ces moyens n'en est pas tenu ; qui les a doit s'en acquitter, sans repousser indéfiniment.
Une condition particulière concerne les femmes. Une partie des jurisconsultes exigeait qu'elles voyagent avec un mahram (un proche parent avec qui le mariage est interdit), tandis que d'autres, dont Youssef al-Qaradawi cité dans cet article, l'ont jugée inutile aujourd'hui, vu la sécurité des voyages. Oumma a relayé l'annonce selon laquelle l'Arabie saoudite autorise désormais les femmes à accomplir le Hajj ou la Omra sans mahram, en s'appuyant sur l'avis des écoles malikite et chaféite.
La préparation est autant intérieure que pratique. Talha Mahamat Allim, dans « Un voyage spirituel exceptionnel », insiste sur l'importance de se mettre en règle avec les autres (régler ses dettes, demander pardon à ceux qu'on a lésés), de rectifier son intention et d'acquérir une connaissance des rites avant de partir. Sur le plan matériel, le voyage s'organise longtemps à l'avance, avec des quotas et des démarches administratives propres à chaque pays.
Les rites du Hajj, étape par étape
Les descriptions détaillées sont nombreuses ; Oumma publie notamment la « Marche détaillée des rites du Hadj » d'Ibrahim Halitim. En voici le fil.
L'ihrâm. Au miqât (le point d'entrée fixé selon la provenance), le pèlerin fait une grande ablution, prend deux pièces de tissu blanc non cousues (les femmes gardent leur tenue habituelle) et formule l'intention. Il répète la talbiya (« Labbayk Allâhumma labbayk… », « Me voici, ô Dieu, me voici »). Dès lors, certains actes lui sont interdits : se parfumer, se couper les cheveux ou les ongles, chasser, avoir des relations conjugales. Ce vêtement uniforme efface les différences sociales.
Le tawâf et le sa'y. À l'arrivée à La Mecque, il fait sept tours autour de la Kaaba, en la gardant sur sa gauche, puis deux unités de prière près de la station d'Abraham, et boit l'eau de Zamzam. Il parcourt ensuite sept trajets entre les collines de Safa et Marwa, en mémoire de la recherche d'eau d'Agar pour son fils (sourate 2, verset 158).
Mina et 'Arafât. Le huitième jour de Dhou al-Hijja, les pèlerins gagnent Mina. Le neuvième, ils se tiennent à 'Arafât de midi au coucher du soleil, en prière et en invocation : c'est le temps fort, et celui qui manque cette station manque le Hajj. Le soir, ils passent la nuit à Muzdalifa et ramassent des petits cailloux.
Le retour. Le jour de l'Aïd, ils lapident la stèle de Jamarat al-'Aqaba, sacrifient un animal, se rasent ou se coupent les cheveux (ce qui lève la plupart des interdits), puis accomplissent le tawâf al-ifâda à La Mecque. Les deux ou trois jours suivants à Mina sont consacrés à la lapidation des trois stèles. Le tawâf d'adieu clôt le pèlerinage.
Ifrâd, qirân, tamattu' : les trois façons d'accomplir le Hajj
Selon la manière dont on associe le Hajj et la Omra, on distingue trois formes, que Yacob Mahi présente dans son article. Le ifrâd consiste à accomplir le Hajj seul, sans Omra. Le qirân réunit les deux dans un même état de sacralisation, sans le quitter. Le tamattu' (littéralement « jouissance », ou allègement) consiste à faire la Omra d'abord, à se désacraliser, puis à entrer de nouveau en ihrâm pour le Hajj. C'est la forme la plus courante aujourd'hui, car elle allège les contraintes de l'ihrâm entre les deux.
Les écoles ont des préférences différentes entre ces trois modes, et le choix dépend aussi de la situation du pèlerin. Les deux dernières formes impliquent un sacrifice animal, ou à défaut un jeûne. La présentation de Halitim indique que le pèlerin peut aussi poser une condition lors de l'intention : « Seigneur, permets-moi de quitter mon ihrâm là où je serai empêché », ce qui lui permet, en cas de maladie ou d'empêchement, de se désacraliser sans compensation.
La Omra : le petit pèlerinage
La Omra (ou 'umra) est la « visite » de la Maison sacrée. Elle est parfois appelée « petit pèlerinage », par opposition au grand Hajj. Le Coran dit : « Accomplissez le pèlerinage et la Omra pour Dieu » (sourate 2, verset 196). Les avis varient sur son statut : obligatoire une fois dans la vie pour les chaféites et les hanbalites, fortement recommandée (sunna) pour les hanafites et les malikites.
Contrairement au Hajj, elle peut être accomplie à tout moment de l'année, y compris pendant le Ramadan, et elle dure quelques heures seulement. Elle comprend quatre temps : l'entrée en ihrâm au miqât avec l'intention et la talbiya, le tawâf de sept tours autour de la Kaaba, le sa'y de sept trajets entre Safa et Marwa, puis le rasage ou la coupe des cheveux, qui met fin à l'état de sacralisation. Elle ne comprend ni la station à 'Arafât ni les rites de Mina, et elle n'acquitte donc pas de l'obligation du Hajj.
La Omra attire chaque année un très grand nombre de fidèles, notamment pendant les vacances et le mois de Ramadan, et l'Arabie saoudite en encadre l'organisation (agences agréées, applications officielles). Les femmes peuvent désormais l'accomplir sans mahram, comme l'a rapporté Oumma. Comme pour le Hajj, il est conseillé de se renseigner auprès d'une agence sérieuse et de préparer le voyage sur le plan spirituel autant que matériel.
Le sens spirituel du pèlerinage
Le Hajj est un acte de culte et un parcours intérieur. Le Dr Mohamed Chtatou y voit un « phénomène total », à la fois rituel, éthique, mystique et social, dans « Le Hajj : une marche vers Dieu ». Il s'appuie notamment sur la pensée d'al-Ghazâlî, pour qui l'accomplissement extérieur des rites doit s'accompagner d'une lecture intérieure. Le texte « Le Pèlerinage : ses secrets et ses symboles » en donne la clé : le départ évoque le grand voyage vers l'au-delà, l'ihrâm rappelle le linceul, l'état de sacralisation le Jour du rassemblement.
Ce même article déroule la lecture étape par étape : le repentir avant le départ, la piété comme seule vraie provision, le tawâf qui fait tourner le cœur autour de Dieu. Il précise que le pèlerin va à la rencontre du Seigneur de la Maison et non de la Maison elle-même. L'introduction au cinquième pilier parle de son côté d'un retour à l'Origine, au Centre, au cœur.
Plusieurs textes évoquent aussi le choc de cette expérience. Le récit de Malcolm X en 1964 raconte comment la vue de pèlerins de toutes les origines, priant côte à côte, a transformé sa vision des rapports entre les peuples. La jeunesse française, quant à elle, y trouve un lien renouvelé avec sa foi, comme le montre l'étude « Cosmosens du Hajj ». Ceux qui ne partent pas peuvent s'associer à l'événement : le jeûne du jour d'Arafât est recommandé, et le lendemain tout le monde fête l'Aïd al-Adha.





















