Qu'est-ce que Mina ?
Mina (منى) est une vallée étroite, bordée de montagnes, entre La Mecque et Muzdalifa, sur la route d'Arafat. Elle se trouve à l'intérieur du territoire sacré de La Mecque. Presque vide le reste de l'année, elle devient pendant quelques jours une ville de tentes qui accueille les pèlerins du Hajj : depuis la fin des années 1990, des tentes fixes et ignifugées couvrent la vallée.
Le nom s'écrit Mina ou Minâ. Son origine est discutée : les lexicographes l'ont rattaché à un verbe qui signifie « verser », en lien avec le sang des sacrifices, ou à l'idée de ce qui est décrété. On ne peut pas trancher.
Le lieu a aussi une place dans l'histoire du Prophète : c'est à al-'Aqaba, à l'entrée de Mina, que des habitants de Yathrib lui prêtèrent serment en 621 et 622, ouvrant la voie à l'émigration vers Médine. La mosquée d'al-Khayf, à Mina, marque l'endroit où il pria pendant son pèlerinage.
Que font les pèlerins à Mina ?
Le 8 dhou al-hijja, appelé yawm al-tarwiya, les pèlerins en ihrâm se rendent à Mina et y prient les prières de la journée et de la nuit. Le 9, ils partent pour Arafat, puis passent la nuit à Muzdalifa, où ils ramassent leurs cailloux. Le 10, jour de l'Aïd al-Adha, ils reviennent à Mina et lancent sept cailloux sur la plus grande stèle, Jamrat al-'Aqaba. Ils sacrifient ensuite une bête, se rasent ou se coupent les cheveux, et se rendent à La Mecque pour le tawâf dit de l'ifâda.
Les 11, 12 et parfois 13 du mois, appelés jours de tashrîq, ils retournent à Mina, y passent la nuit et lancent chaque jour sept cailloux sur chacune des trois stèles, de la plus petite à la plus grande. Le Coran permet d'écourter ce séjour : « Et invoquez Allah pendant un nombre de jours déterminés. Ensuite, il n'y a pas de péché, pour qui se comporte en piété, à partir au bout de deux jours, à s'attarder non plus » (sourate 2, verset 203). La plupart des écoles tiennent les nuits à Mina pour obligatoires ; les hanafites les jugent seulement recommandées.
Le déroulé complet du pèlerinage est présenté sur la page le Hajj, pèlerinage à La Mecque.
La lapidation des jamarât : quel sens ?
Les jamarât (de jamra, « petit caillou ») sont trois stèles appelées la petite, la moyenne et Jamrat al-'Aqaba, la grande. Pour des raisons de sécurité, les piliers d'origine ont été remplacés par de longs murs, accessibles par un pont à plusieurs étages. Les cailloux, de la taille d'un pois chiche, doivent tomber dans le bassin qui entoure chaque stèle.
La tradition rattache ce rite à Abraham. Alors qu'il allait obéir à l'ordre de sacrifier son fils, le diable lui serait apparu trois fois pour l'en détourner, et il l'aurait chassé à coups de pierres aux trois endroits des stèles. Ce récit ne figure pas dans le Coran, qui raconte seulement l'épreuve du sacrifice (sourate 37, verset 102). On parle couramment de « lapidation du diable », comme dans ce reportage d'Oumma sur le Hajj 2024, mais les savants rappellent que le geste vise d'abord à suivre la pratique du Prophète et à invoquer Dieu : chaque jet s'accompagne d'un « Allahou akbar ».
Mina et ses drames, et le faux ami « mina »
La foule rend Mina dangereuse. Le 24 septembre 2015, jour de l'Aïd, une bousculade y fit 769 morts selon le bilan officiel saoudien, et bien davantage selon les décomptes établis ensuite par d'autres pays. Oumma avait relayé des témoignages attribuant le drame à la fermeture d'un passage menant aux tentes. Les autorités ont depuis renforcé la gestion des flux, avec des horaires de lapidation attribués par groupes.
Enfin, beaucoup de recherches associent « mina » à la formule a'ûdhu billâhi mina al-shaytâni al-rajîm, « je cherche refuge auprès d'Allah contre Satan le lapidé ». Ici, mina est la préposition arabe min, « de, contre », et non le nom du lieu. Voir la page euzoubillah.








