Que signifie le mot Kaaba ?
Kaaba transcrit l'arabe al-Ka'ba (الكعبة). Le mot vient de la racine k-'-b, qui désigne ce qui est saillant ou de forme cubique : la même racine donne ka'b, la cheville, l'os qui dépasse, et muka''ab, le cube. Le nom décrit donc la forme du bâtiment, un édifice de pierre presque cubique dont les côtés ne sont pas tout à fait égaux.
Le Coran l'appelle aussi al-Bayt, « la Maison », al-Bayt al-harâm, « la Maison sacrée », et al-Bayt al-'atîq, « l'Antique Maison ». Les musulmans disent couramment Bayt Allâh, « la Maison de Dieu », une expression qui marque un lieu consacré à Dieu et non une demeure où il résiderait.
Il ne faut pas confondre la Kaaba avec la mosquée qui l'entoure, al-Masjid al-harâm, ni avec la ville elle-même, La Mecque. On écrit Kaaba, Ka'ba ou Kaâba ; les trois graphies désignent le même lieu.
Que dit le Coran sur la Kaaba ?
Le mot Ka'ba apparaît deux fois dans le Coran, dans la sourate 5 : « Allah a institué la Ka’aba, la Maison sacrée, comme un lieu de rassemblement pour les gens » (sourate 5, verset 97), et au verset 95 à propos des offrandes. Le lieu est bien plus souvent désigné comme « la Maison ».
Le Coran rattache sa fondation à Abraham : « Et quand Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Maison: «O notre Seigneur, accepte ceci de notre part! » » (sourate 2, verset 127). Il la présente comme le premier sanctuaire : « La première Maison qui ait été édifiée pour les gens, c’est bien celle de Bakka (la Mecque) bénie et une bonne direction pour l’univers » (sourate 3, verset 96). Le verset suivant mentionne la station d'Abraham et fait du pèlerinage à la Maison un devoir pour qui en a les moyens.
C'est aussi le Coran qui en fait la direction de la prière : « Tourne donc ton visage vers la Mosquée sacrée. Où que vous soyez, tournez-y vos visages » (sourate 2, verset 144). Selon la tradition, ce changement de qibla eut lieu à Médine, environ seize mois après l'Hégire ; les musulmans priaient auparavant vers Jérusalem.
Qui a construit la Kaaba ?
Le Coran attribue l'élévation de la Maison à Abraham et à son fils Ismaël. Des traditions plus tardives, que l'on ne trouve pas dans le Coran, en font remonter la première construction à Adam ou aux anges ; elles sont rapportées comme des récits et non comme des faits établis.
L'histoire retient plusieurs reconstructions. Vers 605, quelques années avant le début de la Révélation, la tribu de Quraysh rebâtit l'édifice endommagé. Les biographes racontent que les clans se disputèrent l'honneur de replacer la pierre noire et que Muhammad, alors âgé d'environ trente-cinq ans, régla le différend en la posant sur un manteau que chaque chef souleva par un coin. Faute de ressources suffisantes, Quraysh réduisit le bâtiment : la partie laissée à l'extérieur est marquée par le muret semi-circulaire du Hijr Ismâ'îl.
Après un incendie survenu pendant le siège de La Mecque, Abdallah ibn al-Zubayr reconstruisit la Kaaba dans les années 680, puis al-Hajjâj lui rendit sa forme quraychite. En 930, les Qarmates pillèrent La Mecque et emportèrent la pierre noire, restituée une vingtaine d'années plus tard. Le sultan ottoman Murad IV fit rebâtir l'édifice en 1630, après une inondation. La sourate 105 évoque une autre menace, plus ancienne : l'expédition des « gens de l'Éléphant » contre La Mecque.
La pierre noire, la kiswa et l'intérieur de la Kaaba
La pierre noire (al-hajar al-aswad) est enchâssée dans l'angle est de la Kaaba, à hauteur d'homme. Brisée au cours de l'histoire, elle est aujourd'hui formée de fragments tenus dans un cadre d'argent. C'est là que commence et se termine chaque tour du tawâf. Une tradition rapportée par Tirmidhi dit qu'elle est descendue du paradis plus blanche que le lait et que les péchés des hommes l'ont noircie. Le calife Omar, selon un récit rapporté par Boukhari et Muslim, lui adressa ces mots : il savait qu'elle n'était qu'une pierre, sans pouvoir de nuire ni d'être utile, et il ne l'embrassait que parce qu'il avait vu le Prophète le faire.
La kiswa est l'étoffe de soie noire, brodée de versets en fil d'or et d'argent, qui recouvre la Kaaba. Selon les chiffres publiés par Oumma dans Les secrets de la Kiswah, elle couvre 658 mètres carrés et demande 670 kilogrammes de soie, 120 kilogrammes d'or et 50 kilogrammes d'argent. Longtemps tissée en Égypte, elle est fabriquée à La Mecque depuis 1930, et changée une fois par an. Ses fragments sont très recherchés : en 2026, des documents judiciaires américains ont révélé que Jeffrey Epstein en aurait reçu.
L'intérieur, que l'on peut voir dans une vidéo publiée par Oumma, est une salle vide, sans statue ni image, soutenue par des piliers et ornée de plaques commémoratives. La porte, couverte d'or, est surélevée et n'est ouverte qu'en de rares occasions, notamment pour le lavage rituel de l'édifice. Selon la tradition, le Prophète y pria lors de la conquête de La Mecque, après avoir fait retirer les idoles qui entouraient le sanctuaire.
Quel rôle joue la Kaaba dans la pratique ?
Chaque jour, les musulmans du monde entier se tournent vers la Kaaba pour les cinq prières. Le service qibla d'Oumma calcule cette direction depuis n'importe quel lieu. Les mosquées l'indiquent par une niche, le mihrab.
La Kaaba est aussi le cœur du Hajj et de la Omra : les pèlerins en font sept fois le tour dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, en commençant à l'angle de la pierre noire. Ce rite, le tawâf, reprend l'ordre donné à Abraham de purifier la Maison « pour ceux qui tournent autour » (sourate 22, verset 26).
Les savants rappellent que l'adoration s'adresse à Dieu seul. La parole d'Omar devant la pierre noire est souvent citée pour le montrer, comme le geste du Prophète qui, à la conquête de La Mecque, fit détruire les idoles placées autour du sanctuaire. Les soufis ont prolongé cette idée : la poétesse Râbi'a al-'Adawiyya disait chercher « le maître de la Kaaba et non la Kaaba ».
La Kaaba est-elle le centre de la Terre ?
L'idée revient souvent sur internet, parfois appuyée sur des calculs de « nombre d'or ». Elle n'a pas de fondement scientifique : sur une sphère, aucun point n'est le centre de la surface. Le Coran ne dit pas que La Mecque est au milieu du monde ; il l'appelle « la Mère des Cités » (sourate 6, verset 92), un titre qui désigne sa primauté religieuse.
La cosmographie musulmane ancienne a pourtant développé une image symbolique de la Kaaba comme axe du monde. L'article d'Oumma Le sens du pèlerinage rappelle que La Mecque y était identifiée au « nombril de la terre », comme Delphes chez les Grecs, et que les tours des pèlerins y étaient vus comme le reflet de ceux des anges autour du Trône divin. Il s'agit d'une lecture spirituelle, non d'une mesure géographique.










