Calife

خليفة

Prononciation : khalīfa · Autres graphies : khalife, khalîfa, caliph

Définition

Calife : Titre porté par le successeur du Prophète à la tête de la communauté musulmane. Les quatre premiers califes sont dits « bien guidés » (râshidûn). Le mot signifie « successeur » ou « lieutenant ». Le Coran l'emploie aussi pour l'humain sur terre.

Que signifie calife ?

Calife vient de l'arabe khalîfa (خليفة), de la racine kh-l-f, « venir après, prendre la place de ». Le khalîfa est donc celui qui succède à quelqu'un ou le remplace : un successeur, un lieutenant, un suppléant. On écrit aussi khalife ou khalifa. Le mot désigne d'abord le successeur du Prophète à la tête des musulmans ; l'institution qu'il dirige et la durée de son règne s'appellent le califat.

En français, on lui associe plusieurs synonymes : « commandeur des croyants » (amîr al-mu'minîn), titre porté depuis Omar, ou « imam », que les juristes sunnites emploient pour le chef de la communauté. L'expression « être calife à la place du calife » vient de la bande dessinée Iznogoud de Goscinny et Tabary (1962) : elle moque l'ambitieux qui veut prendre la place du chef, et Oumma l'emploie volontiers à propos de la vie politique française.

Khalifa est aussi un nom de famille courant au Maghreb et dans le Golfe, porté par exemple par la famille régnante de Bahreïn ou par le maréchal libyen Khalifa Haftar.

Le mot khalîfa dans le Coran

Le Coran emploie khalîfa au singulier pour deux figures. Dieu annonce aux anges qu'Il va établir sur la terre un khalîfa, Adam (sourate 2, verset 30), et Il dit à David : « O David, Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité parmi les gens » (sourate 38, verset 26). Le verbe de la même racine apparaît quand Moïse confie son peuple à Aaron : « Remplace-moi auprès de mon peuple » (sourate 7, verset 142).

Les commentateurs discutent du sens de ce titre donné à l'homme : successeur des créatures qui l'ont précédé sur terre, ou représentant chargé d'y faire régner l'ordre voulu par Dieu ? Hamidullah traduit « vicaire » au verset 30. Tahar Gaïd, dans Le vicariat et ses implications, y lit la responsabilité confiée à tout être humain, doté du savoir et de la liberté de choisir. Le Coran ne fait en revanche aucun lien entre ce khalîfa et un chef politique, comme le rappelle le philosophe Souleymane Bachir Diagne cité par Oumma.

Du « successeur de l'Envoyé » au « commandeur des croyants »

Choisi à la mort du Prophète en 632, Abou Bakr prit le titre de khalîfat rasûl Allâh, « successeur de l'Envoyé de Dieu ». Omar, désigné par lui, y ajouta celui de « commandeur des croyants ». Othman fut élu par un conseil de six compagnons, puis Ali reçut l'allégeance des Médinois. Le choix des quatre premiers califes, que les sunnites appellent « bien guidés », est raconté sur la page Les premiers temps de l'islam et les califes. Othman reste associé à la mise par écrit d'un texte de référence du Coran, dont Oumma a montré une copie ancienne.

Avec Mu'âwiya, premier calife omeyyade en 661, le titre devint héréditaire. Les Omeyyades se dirent aussi khalîfat Allâh, « lieutenant de Dieu ». Roger Naba, dans Pérégrinations du pouvoir califal, rapporte que la tradition prête à Abou Bakr le refus de ce titre, et qu'un historien juge cette anecdote apocryphe : le débat sur la nature religieuse du calife est ancien. Il montre aussi comment, à partir du Xe siècle, émirs et sultans réduisirent le calife abbasside à un rôle symbolique.

Quels sont les pouvoirs du calife ?

Le juriste chaféite al-Mâwardî (mort en 1058), dans Al-Ahkâm al-sultâniyya, en a donné la définition classique, que rappelle Mohamed Chtatou dans Aspects de la gouvernance islamique : le califat succède à la prophétie pour garder la religion et gouverner le monde. Le calife doit préserver la religion telle que l'ont fixée les premiers musulmans, rendre la justice, assurer la sécurité, défendre les frontières, appliquer les peines légales, lever la zakât et l'impôt, nommer les gouverneurs et les juges. Son nom est cité dans le sermon du vendredi (khutba) et frappé sur les monnaies.

Ses pouvoirs ont des limites. Il n'est pas prophète et ne reçoit aucune révélation ; il est tenu par la loi comme les autres croyants, et les questions de doctrine relèvent des savants. C'est pourquoi Moustapha Elhalougi reprochait aux manuels scolaires français de le présenter comme un « chef religieux ».

Les juristes sunnites exigeaient du candidat qu'il soit musulman, homme, adulte, libre, juste, savant et apte physiquement, et la majorité ajoutait qu'il soit de la tribu de Quraysh, en s'appuyant sur un hadith. Les kharidjites refusaient cette dernière condition : pour eux, le plus pieux des musulmans pouvait être calife.

Le calife chez les chiites, les soufis et au Sénégal

Les chiites ne reconnaissent pas la légitimité des trois premiers califes : pour eux, la direction de la communauté revenait à Ali, puis aux imams de sa descendance (imamat). Ils réservent donc le titre d'imam à ces guides. Une dynastie chiite ismaélienne, celle des Fatimides du Caire (909-1171), prit pourtant le titre de calife, pour s'opposer aux Abbassides de Bagdad.

Dans le soufisme, le khalîfa est le représentant qu'un maître désigne pour transmettre son enseignement. Au Sénégal, le mot désigne le chef d'une confrérie : le khalife général des mourides, à Touba, ou le calife de la Tijâniyya, à Tivaouane. Un article d'Oumma sur Tivaouane retrace ainsi la succession des califes de la famille Sy après la mort d'El Hadj Malick Sy en 1922.

Califes célèbres et derniers califes

Parmi les califes les plus connus figurent l'Abbasside Hârûn al-Rachîd (786-809), le calife des Mille et Une Nuits, son fils al-Ma'mûn (813-833), protecteur des savants de Bagdad, et 'Abd al-Rahmân III, qui proclama le califat de Cordoue en 929. Le premier Omeyyade, Mu'âwiya, reste une figure controversée : en 2025, Al-Azhar a interdit la diffusion d'une série qui lui était consacrée.

Le dernier calife reconnu, Abdülmecid II, perdit son titre quand la Grande Assemblée nationale turque abolit le califat le 3 mars 1924 ; il mourut en exil à Paris en 1944. Depuis, aucune autorité n'est reconnue comme calife par l'ensemble des musulmans. En juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi se proclama calife de l'organisation État islamique, ce que René Naba analysait dans La proclamation du califat et ses conséquences stratégiques ; cette proclamation a été rejetée par l'immense majorité des savants et des musulmans.

Dans le Coran

  • Coran

    « «O David, Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité parmi les gens et ne suis pas la passion: sinon elle t’égarera du sentier d’Allah». Car ceux qui s’égarent du sentier d’Allah auront un dur châtiment pour avoir oublié le Jour des Comptes. »

    Sourate 38, verset 26 →
  • Coran

    « Et Nous donnâmes à Moïse rendez-vous pendant trente nuits, et Nous les complétâmes par dix, de sorte que le temps fixé par son Seigneur se termina au bout de quarante nuits. Et Moïse dit à Aaron son frère: «Remplace-moi auprès de mon peuple, et agis en bien, et ne suis pas le sentier des corrupteurs». »

    Sourate 7, verset 142 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Le sunnisme, Le chiisme, Le Prophète et les premiers califes

Questions fréquentes

Que veut dire khalifa en arabe ?+

Khalîfa (خليفة) vient de la racine kh-l-f, « venir après, remplacer ». Le mot signifie « successeur », « remplaçant » ou « lieutenant ». Le Coran l'emploie pour Adam et pour David ; l'histoire l'a réservé au successeur du Prophète à la tête de la communauté. Il a donné « calife » en français et reste un nom de famille courant.

Quels sont les pouvoirs du calife ?+

Selon la théorie classique d'al-Mâwardî, le calife garde la religion, rend la justice, défend le territoire, applique les peines légales, lève la zakât et l'impôt et nomme gouverneurs et juges. Son nom est prononcé au sermon du vendredi et frappé sur les monnaies. Il n'a ni révélation ni pouvoir de définir le dogme, qui relève des savants.

Qui fut le premier calife de l'islam ?+

Le premier calife est Abou Bakr as-Siddiq, compagnon et beau-père du Prophète, choisi à Médine en juin 632, le jour même de la mort de Muhammad. Il régna jusqu'à sa mort en 634 et désigna Omar pour lui succéder. Les chiites estiment que la succession revenait à Ali. Voir l'entrée Abou Bakr.

Qui fut le dernier calife ?+

Le dernier calife reconnu est l'Ottoman Abdülmecid II, désigné en 1922 avec un rôle seulement religieux après l'abolition du sultanat. La Grande Assemblée nationale turque supprima le califat le 3 mars 1924 et l'exila. Il mourut à Paris en 1944. Aucun calife n'a été reconnu depuis par l'ensemble des musulmans.

Quels sont les synonymes de calife ?+

On rencontre khalife, khalifa, « commandeur des croyants » (amîr al-mu'minîn), « successeur du Prophète » et, chez les juristes sunnites, « imam » au sens de chef de la communauté. Chez les chiites, imam a un autre sens : le guide infaillible de la descendance d'Ali. Dans le soufisme et au Sénégal, khalife désigne le représentant d'un maître ou le chef d'une confrérie.

D'où vient l'expression « calife à la place du calife » ?+

Elle vient d'Iznogoud, la bande dessinée de René Goscinny et Jean Tabary lancée en 1962 : le grand vizir Iznogoud répète qu'il veut devenir « calife à la place du calife ». L'expression est passée dans la langue pour désigner l'ambitieux qui veut évincer son chef, souvent en politique.

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