L'islam en France : histoire et institutionsالإسلام في فرنسا

L'islam est la deuxième religion pratiquée en France. Sa présence, ancienne dans l'histoire des relations entre la France et le monde musulman, s'est installée durablement au XXe siècle avec l'immigration, puis avec les générations nées sur place et les conversions. Comment s'organise le culte musulman, quel cadre juridique s'applique et quelles institutions le représentent ? Cette page présente les repères historiques et pratiques.

Depuis quand y a-t-il des musulmans en France ?

Les premiers contacts remontent au haut Moyen Âge : au VIIIe siècle, des troupes venues d'Al-Andalus s'installent dans la région de Narbonne (719-759) et mènent des expéditions plus au nord, jusqu'à la bataille de 732. Ces épisodes n'ont pas laissé de communauté durable, mais les échanges commerciaux, diplomatiques et intellectuels entre la France et le monde musulman ont, eux, traversé les siècles (voir l'âge d'or de la civilisation islamique).

La présence musulmane actuelle est liée à l'histoire récente. La conquête de l'Algérie à partir de 1830, puis l'extension de l'empire colonial en Afrique du Nord, en Afrique de l'Ouest et ailleurs, ont mis la France en contact avec des millions de musulmans. Pendant la Première Guerre mondiale, des dizaines de milliers de soldats des colonies, musulmans pour beaucoup, combattent pour la France. C'est en hommage à leur sacrifice que sera construite la Grande Mosquée de Paris.

De l'entre-deux-guerres aux années 1970, des travailleurs, venus surtout d'Algérie, du Maroc, de Tunisie puis de Turquie et d'Afrique subsaharienne, s'installent pour travailler dans l'industrie et la reconstruction. Le regroupement familial, à partir de 1976, fait passer d'une présence de travailleurs isolés à celle de familles installées durablement. Les générations nées en France, puis les conversions, ont ensuite donné à l'islam de France son visage actuel. Un séminaire d'histoire, Histoire et présence de l'islam en France, animé notamment par Daniel Lefeuvre, rappelait que cette présence est le fruit de l'histoire de la France, notamment coloniale.

Quel cadre juridique s'applique au culte musulman ?

Le culte musulman, comme les autres, s'exerce dans le cadre de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État. Elle garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, l'État ne reconnaissant ni ne salariant aucun culte. Les communautés s'organisent le plus souvent en associations, relevant soit de la loi de 1901, soit de la loi de 1905 (associations cultuelles) lorsqu'elles veulent bénéficier de certains avantages réservés aux cultes.

La loi de 1905 ne s'applique pas telle quelle partout : en Alsace-Moselle, un régime hérité du Concordat de 1801 subsiste, mais il ne concerne que les cultes alors reconnus, dont l'islam ne fait pas partie.

Ce cadre a des conséquences pratiques : les lieux de culte sont financés surtout par les dons des fidèles ; des aides indirectes sont possibles, comme les baux emphytéotiques accordés par des communes. D'autres points concrets concernent les aumôneries dans les armées, les prisons et les hôpitaux, les carrés musulmans dans les cimetières, ou la possibilité d'obtenir une autorisation d'absence pour les grandes fêtes religieuses, selon les règles propres à chaque administration ou entreprise.

La liste des sujets est longue et évolue avec les lois ; le plus sûr est de se renseigner auprès des instances locales du culte ou de l'administration.

Comment le culte est-il organisé ?

Les lieux de culte vont de simples salles de prière, souvent installées dans des locaux associatifs, aux grandes mosquées-cathédrales de quelques villes. La mosquée assure la prière quotidienne et celle du vendredi, mais aussi l'enseignement religieux, les cours d'arabe, l'accompagnement des familles et les cérémonies liées aux grandes étapes de la vie (mariage, deuil).

La Grande Mosquée de Paris, inaugurée en 1926 dans le Ve arrondissement, est le plus ancien grand lieu de culte musulman de France métropolitaine. Elle abrite un institut musulman, une salle de prière, un hammam et des services liés au culte.

Les imams, qui dirigent la prière et conseillent les fidèles, sont longtemps venus de l'étranger ; la formation d'imams en France, par des instituts religieux et des diplômes universitaires, est un chantier d'actualité auquel plusieurs acteurs participent. Les grandes fédérations d'associations (liées à des courants nationaux ou à de grands réseaux) et les mosquées indépendantes coexistent, ce qui reflète la diversité d'origines, d'écoles juridiques (malikites et hanafites surtout) et de sensibilités.

Le pèlerinage à La Mecque est aussi organisé depuis la France par des agences de voyage agréées ; le hajj suppose une préparation sanitaire que détaille, sur Oumma, le rapport sur les conditions sanitaires du Hajj pour les musulmans de France.

Qu'est-ce que le CFCM ?

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a été créé en 2003 à l'initiative des pouvoirs publics, après plusieurs années de consultations entre les grandes composantes du culte musulman. Il a été conçu comme un interlocuteur pour traiter des questions pratiques du culte : lieux de culte, aumôneries, abattage rituel, calendrier religieux, pèlerinage. Il ne délivre pas de fatwas et n'a pas vocation à trancher les questions de doctrine.

Ses présidents se sont succédé, parmi lesquels Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, puis Mohammed Moussaoui, dont plusieurs articles figurent dans les archives d'Oumma, notamment sur la détermination du calendrier. Le fonctionnement du CFCM, fondé sur la représentation des mosquées et des fédérations, a connu des évolutions et des critiques, que la presse a largement relayées ; on retiendra surtout qu'il s'agit de l'instance de dialogue la plus connue avec l'État sur les sujets du culte.

À côté du CFCM existent d'autres organismes : conseils régionaux, aumôneries nationales, associations d'imams, instituts de formation, organisations de jeunes et de femmes. La vie religieuse des musulmans de France ne se résume donc pas à une seule institution, mais à un tissu de structures qui se complètent, parfois se concurrencent.

Pour une approche savante, les écrits d'islamologues comme Ali Mérad, dont Sadek Sellam retrace le parcours dans Le grand islamologue Ali Mérad est mort, ont éclairé la réflexion sur l'islam et les musulmans de France.

Comment est fixé le calendrier religieux en France ?

Chaque année, la même question revient : quand commence le Ramadan, quand tombe l'Aïd ? Pour les musulmans de France, elle se complique du fait de la méthode (voir la lune ou calculer) et de l'existence de plusieurs avis. Le principe classique est l'observation du croissant lunaire ; le calcul astronomique est, de son côté, admis par plusieurs institutions et savants. Les détails sont présentés dans la page sur le calendrier hégirien.

Le CFCM a décidé, le 9 mai 2013, d'adopter le calcul astronomique pour déterminer les dates des fêtes religieuses. Mohammed Moussaoui en expose les arguments dans Le calendrier du mois de Ramadhan basé sur le calcul astronomique et Le calendrier lunaire basé sur le calcul astronomique. L'application de cette décision a toutefois varié selon les années, ce qui a entretenu les discussions, comme le montre l'entretien M. Moussaoui : « Il est incontestable que le calcul est plus fiable que l'observation oculaire ». Mohamed Najah plaide dans Plus de science, moins de divergence pour davantage d'accord sur la base de la science.

Dans la pratique, les familles se fient à l'annonce de leur mosquée, de la Grande Mosquée de Paris, du CFCM ou d'un pays de référence (Maroc, Algérie, Turquie, Arabie saoudite). Les horaires de prière sont, eux, calculés pour chaque ville. Pour le Ramadan 2027, début attendu autour du 8 février 2027 selon le calendrier Umm al-Qura, à confirmer par l'observation.

Quelles figures et quels savoirs ont marqué l'islam en France ?

Plusieurs savants ont travaillé et vécu en France. Le professeur Muhammad Hamidullah (1908-2002), juriste et érudit d'origine indienne, y a passé une grande partie de sa vie. Il est l'auteur d'une traduction du Coran en français, d'une biographie du Prophète et d'ouvrages sur le droit international musulman. Karim Abdoun lui rend hommage dans Hommage au Professeur Muhammad Hamidullah. L'islamologue Ali Mérad (1930-2017), cité plus haut, a consacré ses travaux à la pensée musulmane contemporaine et à la situation des musulmans de France.

Des témoins de l'histoire franco-algérienne comme Abdelkader Barakrok (1915-2006), évoqué par Sadek Sellam dans Abdelkader Barakrok : un musulman démocrate, rappellent le rôle de la mémoire dans les relations entre la France et l'islam.

Aujourd'hui, l'enseignement de l'arabe et de la culture musulmane, les librairies, les maisons d'édition, les associations caritatives, le monde étudiant et les initiatives de jeunes participent à la vie de l'islam en France. Pour approfondir la foi, on peut se reporter aux pages sur les piliers de l'islam ou sur la vie quotidienne. Voir aussi la page Histoire.

Questions fréquentes

Combien de musulmans y a-t-il en France ?+

Il n'existe pas de chiffre officiel, car la loi française interdit en principe de recenser les appartenances religieuses. Les estimations issues d'enquêtes et de sondages varient et se situent le plus souvent entre 4 et 6 millions de personnes.

Quelle est la plus ancienne grande mosquée de France ?+

La Grande Mosquée de Paris, inaugurée en 1926 dans le Ve arrondissement, en hommage aux soldats musulmans morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale, est le plus ancien grand lieu de culte musulman de France métropolitaine.

Qu'est-ce que le CFCM ?+

Le Conseil français du culte musulman, créé en 2003, est une instance de dialogue entre les pouvoirs publics et les composantes du culte musulman pour les questions pratiques : lieux de culte, aumôneries, abattage rituel, calendrier. Il ne rend pas de fatwas.

Les mosquées sont-elles financées par l'État ?+

Non, en principe. La loi de 1905 interdit le financement public des cultes. Les mosquées vivent surtout des dons des fidèles ; des collectivités peuvent toutefois consentir des aides indirectes, par exemple un bail emphytéotique.

Comment connaître la date du Ramadan et de l'Aïd en France ?+

Les musulmans se fient à l'annonce de leur mosquée, de la Grande Mosquée de Paris, du CFCM ou d'un pays de référence. Les institutions utilisent soit l'observation de la nouvelle lune, soit le calcul astronomique, ce qui peut produire un écart d'un jour.

Quelle est la place de l'islam parmi les religions en France ?+

L'islam est généralement considéré comme la deuxième religion pratiquée en France, après le christianisme.

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Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de Daniel Lefeuvre, Sadek Sellam, Karim Abdoun, Mohammed Moussaoui.