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Plus de science, moins de divergence

I. L’historique de la divergence des musulmans de France concernant la détermination du mois de Ramadan

Les musulmans ont toujours connu une divergence au sujet du début et de la fin du jeûne en France, et plus largement dans le monde. Or, d’après la science moderne, l’écart entre deux pays, concernant le début et la fin du jeûne, ne peut en aucun cas dépasser un jour.

Initialement, les musulmans de France, jeûnaient selon les déclarations faites par leurs pays d’origine. Cela ne manqua pas de provoquer une division au sein de l’hexagone.

Avec le temps, les musulmans ont essayé de réaliser l’unité autour de la règle suivante : « jeûnons avec le premier pays musulman déclarant l’observation du nouveau croissant », en s’appuyant sur un avis juridique majoritaire stipulant l’universalité du jeûne (suivi par les Malikites, les Hanafites et les Hanbalites). L’école Chafiite, quant à elle, soutient que chaque pays est tenu de se baser sur sa propre vision.

Malheureusement, cette dernière n’a pas suffi à résoudre le problème de la division des musulmans en France : en effet, certains continuaient à suivre leurs pays d’origine. Lorsque cette nouvelle règle devint quasi-unanime avec le temps, il y eut une grande divergence entre les pays musulmans, atteignant jusqu’à trois jours en 1989. Les pays du Golf ont ainsi jeûné jeudi, tandis que les pays du Maghreb et l’Egypte jeûnaient le vendredi, et l’Inde, le Pakistan et l’Iran le samedi. En 1992, l’écart s’est étendu à quatre jours. Des pays ont jeûné le mercredi précédant la conjonction (la naissance du nouveau croissant) en commettant une erreur de vision. D’autres, ont jeûné jeudi alors même que l’observation du nouveau croissant était considérée comme impossible par la science. Certains, ont privilégié le vendredi en s’appuyant sur les données scientifiques. Tandis que d’autres n’ont commencé à jeûner que le samedi. Cette divergence entre les pays musulmans s’est traduite par une grande division des musulmans en France. Une mosquée commençait le jeûne au moment où sa mosquée voisine ne l’observait pas. La division s’est même introduite au sein de certaines familles où le mari jeûnait sans son épouse, et inversement. Cela eut pour conséquence deux fêtes différentes dans le même foyer.

Devant ces divergences récurrentes, la règle a été améliorée pour devenir : « Jeûnons avec le premier pays dont la vision est conforme avec les données scientifiques ». Malgré cela, la division a persisté car certains ont conservé la première règle arguant que l’ajout de la condition scientifique pour la vision était une innovation dans la religion (Bid’a). Par contrecoup, en 2004 le CFCM a déclaré la fête le dimanche, conformément à la seconde règle, tandis qu’une partie des musulmans fêtait la fin du Ramadan un jour auparavant en continuant à s’appuyer sur la première. Il est à préciser, toutefois, que le vendredi soir, le coucher de la lune a précédé celui du soleil dans les pays en question : la vision oculaire était donc impossible. La fête conforme aux données scientifiques était donc bel et bien dimanche et non pas samedi.

Dès lors, certains savants, en collaboration avec des scientifiques spécialisés en astronomie dans le monde musulman, ont appelé à abandonner définitivement la vision oculaire, facteur d’incertitude, source d’erreurs récurrentes et de divergence dans le monde musulman, pour la remplacer par le calcul scientifique, plus à même de permettre une unité des musulmans dans le monde. Toutefois, ces derniers n’ont pas adopté le principe de la conjonction universelle, traduisant l’alignement des trois astres dans le ciel : la terre, la lune et le soleil. En effet, pour la science, seul cet instant précis marque le début du mois lunaire. Au contraire, ils ont tenu à modéliser exactement ce qui se passait au temps du Prophète (PSSL) lorsque la vision avait lieu le soir après le coucher du soleil. En ce sens, ils ont posé deux conditions pour être dans le cadre d’une vision théologique : d’une part, la conjonction se doit d’avoir lieu suffisamment avant le coucher du soleil afin que le nouveau croissant de lune soit assez grand pour être visible le soir. Et d’autre part, la lune se doit de rester un temps suffisant dans le ciel, après le coucher du soleil, pour permettre son observation. Bien entendu, conformément au principe d’universalité du jeûne, ces deux conditions peuvent se réaliser dans n’importe quelle région du globe. Grâce aux calculs scientifiques très précis, les musulmans peuvent finalement avoir un calendrier universel pour tous les mois de l’année permettant l’unité autour de données sûres, tout en restant fidèle au principe de la vision théologique.

Le CFCM, convaincu du bienfondé de cette réforme, a fixé quelques mois à l’avance la date du début et de la fin du mois de Ramadan 2013, à l’unanimité de ses composantes, pour finalement faire marche arrière au premier jour du jeûne devant une minorité voulant rester fidèle à la vision oculaire et considérant comme une innovation interdite toute réforme. Là encore, la divergence a persisté, une partie des musulmans ne se résolvant pas à abandonner une décision unanime prise au sein du CFCM pour satisfaire une minorité. Refusant de se soumettre à cette dernière, elle a décidé de continuer à jeûner selon les données scientifiques modélisant la vision en jugeant qu’à notre époque la science était le seul paramètre pouvant unifier les musulmans dans le monde.

II. Les arguments du groupe s’attachant à la vision oculaire

Les personnes souhaitant jeûner selon la vision oculaire, avancent des arguments dont les plus importants sont les suivants :

a) Le Prophète (PSSL) a dit : « Ne jeûnez que si vous voyez le nouveau croissant et ne rompez (le jeûne) que si vous le voyez » (rapporté par Bukhari et Muslim). Dans une autre version, il dit : « Jeûnez pour sa vision et rompez (le jeûne) pour sa vision » (Tirmidhi). De même, il déclare : « Si le ciel est couvert, jeûnez trente jours » (Bukhari). Comme le mois lunaire est constitué de 29 ou de 30 jours, l’ordre prophétique s’impose avec clarté : il exigerait de nous à ce que l’on cherche à voir le nouveau croissant le 29 au soir. Si l’observation de ce dernier a lieu, alors le lendemain marquerait le premier jour du nouveau mois, et si la vision est rendue impossible, alors le lendemain serait considéré comme le 30ème jour du mois. Par conséquent, il apparaît, à leurs yeux, que le calcul astronomique soit une innovation à refuser.

Par ailleurs, le Prophète (PSSL) nous a précisé : « Nous sommes une communauté illettrée, nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas. Le mois est comme ça ou comme ça (faisant référence au 29ème jour et au 30ème) » (Bukhari et Muslim). Il aurait donc pris soin de nous proscrire le calcul.

b) Le Prophète (PSSL) a dit : « Celui qui apprend une science ayant un lien avec les étoiles, aura appris une filière de la sorcellerie » (rapporté par Abou Daoud, Ahmed et Ibnou Majja). Ainsi, toute science concernant les étoiles serait une sorcellerie. Or, cette dernière est explicitement interdite en islam.

c) La vision oculaire est l’avis de la majorité des savants, y compris des quatre écoles juridiques. De plus, elle est pratiquée depuis les premiers temps de l’islam. Aussi, il faudrait continuer à la suivre, conformément à la quasi-totalité de la communauté à travers l’histoire.

Ainsi, ce groupe conteste radicalement l’usage de la science au sujet de la détermination du début et de la fin du mois de ramadan. Certains parmi eux, l’acceptent toutefois lorsqu’il est question de refuser une vision erronée ou impossible. Mais ils n’admettent pas que la science puisse remplacer la vision oculaire. Par ailleurs, ils assimilent le groupe favorable à l’usage de la science, à des innovateurs égarés voulant s’éloigner de l’enseignement du Prophète (PSSSL).

III. Arguments de ceux qui veulent suivre la science

Les arguments de ce groupe sont très nombreux. Voici les plus importants :

a) Le Hadith interdisant d’apprendre une science liée aux étoiles faisait référence à l’astrologie, car elle était utilisée pour la divination. Cette dernière est une forme de sorcellerie interdite car elle s’oppose à la foi musulmane. Au début de l’islam, il n’y avait que les astrologues qui connaissaient l’astronomie. De plus, les calculs astronomiques n’étaient pas précis et ne permettaient pas d’atteindre la certitude. Raison pour laquelle les savants musulmans de l’époque ont refusé les calculs pour leur incertitude, en posant l’interdiction de suivre les astrologues.
Toutefois, à notre époque, l’astronomie est devenue une science entièrement indépendante de l’astrologie et a atteint un haut niveau de précision et de certitude. A titre d’exemple, elle permet d’indiquer avec exactitude, plusieurs années à l’avance, la date, l’heure et le lieu d’une éclipse ainsi que sa durée.
L’astronomie est aujourd’hui une science, détachée de la sorcellerie, représentant un calcul du mouvement des astres ainsi que du soleil et de la lune. Par ailleurs, Dieu dit : « C’est Lui qui fit du soleil un éclairage et de la lune une lumière. Il a déterminé la lune en quartiers afin que vous sachiez le nombre des années ainsi que le calcul. Dieu n’a créé cela qu’en toute vérité et justice. Il expose les signes pour les gens doués de savoir » (C10-V5). C’est Lui-même qui a voulu pour l’humanité la connaissance de ce calcul par le biais du soleil et de la lune. Ce dernier n’a donc rien à voir avec la sorcellerie. Comment est-il concevable que ce calcul soit à la fois interdit d’utilisation, et en même temps voulu par Dieu ?

b) Lorsque le Prophète (PSSL) a dit : « Jeûnez suite à sa vision (du nouveau croissant de lune) et rompez (le jeûne) suite à sa vision » (rapporté par Tirmidhi), sa parole était destinée aux musulmans de son époque. En effet, l’immense majorité ne connaissait pas encore le calcul et l’écriture. Par miséricorde, l’islam leur a facilité la méthode permettant de déterminer le mois du jeûne par un moyen naturel consistant à voir le nouveau croissant de lune. Exiger d’eux le calcul, aurait été une chose difficile, voire impossible étant donné qu’ils n’avaient pas encore atteint ce niveau de connaissance.
C’est la raison pour laquelle le Prophète (PSSL) avait déclaré : « Nous sommes une communauté illettrée, nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas » (rapporté par Bukhari et Muslim). Cette précision montre clairement qu’il s’adressait aux gens de son époque.

Aujourd’hui, cette parole prophétique n’est plus valable étant donné que les membres de la communauté savent écrire et calculer dans leur majorité. Par ailleurs, de nombreux musulmans travaillent, de nos jours, dans la spécialité astronomique.

Tous les musulmans savent que le Prophète (PSSL) ne parlait pas sous l’effet de la passion. Sa parole était à la fois concise et précise. En disant : « Nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas », il ne parlait pas en vain, mais il mettait l’accent sur la cause pour laquelle ils avaient adopté la vision à la place du calcul. L’ignorance de l’écriture et du calcul, à l’époque, en était la cause. Par son propos, il signifiait à ceux de son époque ainsi qu’à leurs successeurs : « Tant que vous ne savez pas écrire et calculer, le moyen le plus facile pour vous reste celui de la vision ». Par conséquent, ce hadith n’a pas condamné, dans l’absolu, l’utilisation des calculs astronomiques, ou du moins, il ne les a pas interdits. Dans le cas où il aurait effectivement interdit le calcul, il aurait de la même manière interdit l’écriture. Or au contraire, il a encouragé les musulmans à apprendre l’écriture et leur a même ordonné d’écrire le Coran !

Ce hadith montre que le calcul est une science noble dont l’apprentissage est nécessaire, car il dit : « Nous sommes une communauté illettrée » tout en sachant que l’illettrisme est un défaut. Il invite, par-là, la communauté à ne pas rester analphabète et à apprendre l’écriture et le calcul. Cela est confirmé par le premier verset coranique révélé qui fut : « Lis ! » (C96-V1).

Étant donné qu’aujourd’hui, le facteur (l’illettrisme) à l’origine des paroles du Prophète (PSSL) a disparu et que l’astronomie est devenue une science certaine, il devient possible aux musulmans d’adopter la science pour modéliser la vision et abandonner la vision source d’incertitude. En effet, Dieu dit : « l’opinion incertaine ne sert pas à grand-chose devant la vérité » (C53-V28). Il ne faut pas oublier que la vision n’est qu’un moyen pour déterminer le mois et non pas une fin en soi. Rien n’empêche d’utiliser un autre moyen plus facile et plus fiable.

c) Pourquoi, à l’unanimité des savants et de la communauté, les calculs astronomiques sont adoptés pour déterminer les horaires de la prière ? L’islam n’a jamais ordonné la prière selon l’astronomie ! Dieu dit : « Accomplis la prière au déclin du soleil (après le Zénith) jusqu’à l’obscurité de la nuit » (C17-V78). Qui, aujourd’hui, avant la prière du Maghrib (coucher du soleil) sort pour s’assurer de la disparition complète du soleil derrière l’horizon conformément à ce qui se faisait au temps du Prophète (PSSL) ? Qui, aujourd’hui, sort pour vérifier le coucher du soleil avant de rompre son jeûne ? Dieu dit à propos du jeûne : « Mangez et buvez (la nuit) jusqu’à ce que l’aube vous permette de distinguer le fil blanc (du jour) du fil noir (de la nuit) » (C2-V187). Qui, de nos jours, sort au cours du mois de Ramadan, pour distinguer la lumière de l’aube dans le ciel afin d’arrêter de manger ? Tout le monde suit les horaires du calcul astronomique. Pourquoi certains suivent-ils à la lettre la vision lorsqu’il s’agit de chercher le nouveau croissant de lune conformément à ce que le Prophète (PSSL) recommande, et ne font pas de même lorsque Dieu nous exhorte à observer le coucher du soleil et la clarté de l’aube ? Pourquoi cette contradiction ? La parole du Prophète (PSSL) a-t-elle plus de poids que celle de Dieu ?

Pourquoi acceptons-nous le calcul astronomique pour la prière au lieu de lui préférer la vision oculaire ? Le hadith n’a-t-il pas dit : « Nous sommes une communauté illettrée. Nous n’écrivons pas et nous ne calculons pas » ? La prière n’est-elle pas le pilier central de la religion et l’objet de la première question divine le jour de la résurrection ? Pourquoi refusons-nous le calcul astronomique de la lune pour le jeûne et acceptons-nous celui du soleil pour la prière ? Dieu n’a-t-Il pas dit : « Le soleil et la lune (évoluent) selon un calcul minutieux » (C55-V5) ? Il a cité ce calcul minutieux au sein du chapitre coranique 55 « Le Très Miséricordieux », au moment où Il recensait Ses bienfaits. Ce calcul représente donc une grâce divine traduisant une miséricorde et une facilité pour les gens de notre époque. Pourquoi accepter la miséricorde divine (le calcul) dans la prière et la refuser ensuite pour le jeûne ? Qui nous a autorisés le calcul relatif au soleil et nous en a privés pour la lune ?

On pourra rétorquer que tel imam dans l’histoire a pu légitimer le calcul au sujet de la prière sans l’autoriser pour le jeûne, mais il est évident que la parole d’un théologien, quel que fut son rang, ne saurait s’élever à celle d’un texte coranique ou prophétique. Nous ne pouvons pas nous soumettre à l’avis d’un homme qui a vécu quelques siècles avant nous, et qui serait probablement revenu dessus, s’il avait pu constater la haute précision actuelle des calculs astronomiques. Il faut savoir que le moment de la conjonction (naissance du nouveau croissant de lune) est donné, aujourd’hui, avec une très grande précision : la marge d’erreur est réduite au centième de seconde. Comment pouvons-nous aujourd’hui la refuser en acceptant, en retour, les horaires de la prière où l’écart entre les deux modes de calcul (12° et 18°) atteint trente minutes voire davantage en ce qui concerne la prière du Fajr et du Ichaa ? Pourtant, personne n’a exprimé la volonté, devant cette marge de trente minutes, d’abandonner le calcul en faveur de la vision, comme au temps du Prophète (PSSL).

La miséricorde divine s’est manifestée pour les premiers musulmans, qui étaient au contact de la nature, à travers la vision du soleil et de la lune en raison de leur illettrisme. Aujourd’hui, dans un monde régi par la science, la miséricorde divine se manifeste à travers l’utilisation des calculs scientifiques pour la prière et le jeûne. En effet, il est plus facile pour nous de lire les horaires plutôt que de sortir dehors pour observer le ciel.

d) Le Prophète (PSSL) a recommandé la vision de la lune pour le jeûne. Mais il faut savoir qu’il y a deux sortes de visions : une vision oculaire qui demeure incertaine en raison des éventuelles erreurs d’appréciation, et une vision scientifique exprimant la certitude. Lorsque la science nous évoque la présence d’objets invisibles à l’oeil nu, nous croyons avec fermeté en leur existence : il ne s’agit alors ni plus ni moins que de cette vision scientifique.

Quand Dieu dit à Son Prophète (PSSL) : « N’as-tu pas vu ce que ce que ton Seigneur a fait aux gens de l’éléphant ? » (C105-V1), Il signifiait par-là : « N’as-tu pas su … ? ». En effet, cet événement avait eu lieu avant sa naissance et il n’en avait pas été le témoin : il l’avait seulement su sans le voir. Par conséquent, pour Dieu et Son Messager (PSSL), la science est une forme de vision. Ainsi, lorsque le hadith nous ordonne la vision, ces deux formes sont concernées : celle de l’oeil (incertaine) et celle de la science (certaine). En utilisant la science, nous appliquons donc la vision la plus rigoureuse.

Imaginons que le nouveau croissant de lune se trouve bien dans le ciel, mais que nous ne soyons pas en mesure de l’observer en raison des nuages, au moment où la science astronomique nous indique formellement sa présence. Que ferions-nous ? Oserions-nous ne pas jeûner le lendemain et nous retrouver à manger pendant le Ramadan ? Cela, alors même que nous sommes dans un état de certitude vis-à-vis de sa présence !

Le Prophète (PSSL) a dit dans un hadith : « En cas de nuage, jeûnez trente jours » (rapporté par Bukhari). Ce hadith ne signifie pas que la présence des nuages, traduit automatiquement l’absence du nouveau croissant dans le ciel et par suite, un mois de trente jours. Au contraire, il signifie qu’en cas de nuage, il y a deux possibilités : la présence du nouveau croissant ou bien son absence. Comme à l’époque, les musulmans ne connaissaient pas le calcul, il fallait par prudence qu’ils jeûnent.

Omar (QDLA) a dit : « Le Messager de Dieu (PSSL) vous a interdit de jeûner pendant ces deux fêtes (la fin du Ramadan et le sacrifice)» (rapporté par Bukhari). Nous savons qu’à l’unanimité des savants, le jeûne du jour de la fête est interdit. Prenons maintenant la situation suivante : il y a des nuages empêchant la vision du nouveau croissant le soir du 29 au mois de Ramadan. Que faire ? Nous sommes devant deux textes, l’un ordonne de jeûner 30 jours en cas de nuages, et l’autre interdit de jeûner le jour de la fête. Les premiers musulmans avaient le droit de jeûner le 30ème jour, lorsque le temps était couvert, par prudence, avec la possibilité de commettre l’interdit qui était celui de jeûner le jour de la fête. Ils ont ainsi certainement été amenés à commettre l’interdit plusieurs fois pendant une dizaine de siècles. Mais ils étaient excusés du fait qu’ils ne connaissaient pas le calcul astronomique leur permettant de savoir ce qui se cachait derrière les nuages.

Mais aujourd’hui, dans une situation similaire, comment réagir ? Devons-nous faire comme les premiers musulmans : à savoir, choisir de jeûner alors même que, contrairement à eux, nous sommes assurés qu’il s’agit du jour de la fête ? Pouvons-nous commettre l‘interdit en jeûnant délibérément ce jour comme si nous étions dans l’ignorance ? L’excuse qu’ils détenaient est-elle toujours valable pour nous, au moment où nous sommes certains que la vision scientifique a bien eu lieu ?

D’ailleurs, le Prophète (PSSL) a dit : « En cas de nuages, faites une estimation pour lui (le nouveau croissant de lune) » (rapporté par Bukhari et Muslim). La majorité des savants ont interprété ce dernier hadith par celui qui demande de jeûner 30 jours en cas de nuages. Pour eux l’estimation était de jeûner un mois complet. Or leur choix est très loin de la signification linguistique de « l’estimation ». Sans aucun doute, c’est leur contexte, de l’époque, qui les a poussés à faire cette interprétation relativement éloignée du texte, vu que le calcul était assimilé à l’astrologie, de même qu’il était inexact et inconnu par les musulmans.

Mais toute personne sait que l’estimation signifie le calcul. Donc nous comprenons que le Prophète (PSSL) a adressé sa parole à deux groupes différents : ceux qui ignorent le calcul pour leur demander de finir 30 jours et ceux qui connaissent le calcul pour leur demander de suivre son estimation.

Par ailleurs, une minorité de savants, des premiers siècles, ont compris ce message prophétique. Les deux imams Annawawi et Ibnou Hajar, ont souligné, tour à tour, la divergence des savants autour de « l’estimation » énoncée dans ce hadith, puis ils ont rapporté que les imams, Abou Abdullah fils de Chikhîr (qui a vécu au premier siècle et a rencontré les Compagnons (QDLA)), Ibnou Qotayba (3ème siècle) et Ibnou Sourayj (chafiite du troisième siècle) affirmaient que l’estimation signifiait le calcul astronomique. Ibnou Hajar, a cité par la suite dans son livre « Fath Albari », qu’Ibnou Al Arabi a rapporté le propos suivant de l’imam Ibnou Sourayj : « Celui auquel Dieu a accordé cette science (astronomique) est concerné par la parole prophétique recommandant l’estimation, et les gens ordinaires, eux, sont concernés par celle ordonnant de jeûner 30 jours ». Plus loin, Ibnou Hajar rapporte l’existence d’un avis autorisant l’astronome à jeûner selon son estimation, lui et ceux qui veulent le suivre. De même, des imams contemporains ont considéré que l’estimation signifie bien le suivi du calcul astronomique. Parmi eux, nous trouvons le savantissime Ahmed Chakir et Mustapha Azzarqa, ainsi que d’autres.

IV. l’avis du Conseil Théologique Musulman de France

Le Conseil Théologique Musulman de France, après étude des deux avis et de leurs arguments, a choisi le suivi de la vision scientifique pour les raisons suivantes :

a) La vision scientifique est bien compatible avec l’esprit de notre époque où la science a permis d’atteindre un haut degré de certitude. Il n’est pas raisonnable de délaisser la certitude de la vision scientifique au profit de l’incertitude de la vision oculaire.

b) Le suivi de la vision scientifique représente une facilité et une miséricorde pour la communauté. Comme c’était le cas, le jour où celle-ci avait opté à l’unanimité pour suivre la vision scientifique dans les horaires de la prière. Le choix de la facilité est une sunna prophétique. Un hadith nous rappelle qu’à chaque moment où le Prophète (PSSL) avait à choisir entre deux choses, il choisissait la plus facile tant qu’elle n’était pas illicite (rapporté par Bukhari et Muslim).

c) La vie contemporaine exige de nous une certaine organisation. Le musulman a besoin d’un calendrier des mois connu à l’avance pour la bonne gestion de sa vie. Ne pas connaître avec certitude le jour de la fête représente une gêne à la fois pour le demandeur d’un jour de repos et pour son employeur. Quant aux associations musulmanes qui louent des salles à l’occasion de la fête, celles-ci leur reviennent plus chères car ils sont contraints alors de réserver, par prudence, un jour de plus.

d) Nous devons oeuvrer pour participer à la réalisation de l’unité des musulmans en France, ainsi que dans le monde, lors du jeûne. Or le seul facteur capable d’atteindre cette unité est la vision scientifique car l’observation oculaire n’a pas pu réaliser cet objectif comme cela a été expliqué précédemment.

Il y a eu dans le passé une époque où aucun pays musulman ne suivait le calcul astronomique. Mais petit à petit, avec le temps, le nombre des pays optant pour le calcul n’a cessé d’augmenter. Aujourd’hui, nous comptons déjà la Turquie, la Malaisie, l’Indonésie, l’Albanie, la Bosnie, le Kosovo, ainsi que les musulmans en Allemagne, en Italie, en Irlande, au Luxembourg, aux Etats Unis d’Amérique etc…

Il faut savoir que ces pays jeûnent et fêtent le Ramadan le même jour et disposent d’un même calendrier. Le nombre de musulmans au sein de cette union dépasse les 360 millions.

Le Conseil Théologique Musulman de France souhaiterait voir les musulmans de France rejoindre cette union afin de renforcer l’unité musulmane par cet acte.

Du 28 au 30 mai dernier, il y a eu un congrès en Turquie, à Istanbul, avec 187 participants, entre savants théologiens et astronomes, venant du monde entier. Tous les pays musulmans étaient représentés. La préparation de ce dernier a nécessité un travail de 3 ans, pendant lesquels tous les résultats des congrès, ayant eu lieu dans le monde musulman sur les 50 dernières années, ont été revus et étudiés.

Ils ont approuvé le suivi des calculs astronomiques pour élaborer un calendrier unifié et universel pour tous les musulmans du monde. Ce dernier a été réalisé pour les 10 prochaines années, et sera renouvelé par la suite. A noter que le calendrier bizonal n’a pas été retenu car la majorité a souhaité l’unité des musulmans dans le monde. Notons aussi que le Conseil Européen de la Fatwa soutenait un tel calendrier basé sur la vision scientifique depuis plusieurs années.

Enfin, le Conseil Théologique Musulman de France souhaite voir le CFCM revenir à sa décision unanime prise en 2013 pour unifier le jeûne des français autour de la vision scientifique.

VI. La date de la fête du Ramadan 2016

Selon le calendrier unifié des musulmans approuvé au Congrès d’Istanbul 2016, la fête du fin de Ramadan 1437 aura lieu le mardi 5 juillet 2016.

D’après les données scientifiques, la conjonction aura lieu le lundi 4 juillet 2016 à 11h01 (GMT), soit à 13h01 en France. Au cours de la soirée du même jour, la visibilité du nouveau croissant sera difficile, voire impossible, dans les pays musulmans privilégiant la vision oculaire, et qui fêteraient donc la fin du Ramadan à partir du mercredi 6 juillet. Par contre les conditions de la vision scientifique seront bien réunies au sud-ouest de l’Amérique du sud. En se basant sur le principe, majoritaire au sein de la jurisprudence musulmane, de l’universalité de la vision, le lendemain, mardi 5 juillet, sera la fête du Ramadan pour cette année 2016 dans les pays suivants la vision scientifique.

Pour information, le lundi 4 juillet, le coucher du soleil à l’ouest du Chili aura lieu 13h35 après la conjonction et la lune restera 37 minutes après le coucher du soleil.

Dr. Mohamed NAJAH (Vice-président du Conseil Théologique Musulman de France).

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