La zakâtالزكاة

La zakât est le troisième pilier de l'islam : une part obligatoire de ses biens, reversée à ceux qui en ont besoin, qui purifie la richesse et soutient la solidarité. On distingue la zakât al-mâl, annuelle et proportionnelle à l'épargne, et la zakât al-fitr, petite aumône due à la fin du Ramadan. Cette page répond aux questions les plus posées, appuyée sur les articles d'Oumma.

Qu'est-ce que la zakât en islam ?

Le mot zakât vient d'une racine arabe qui signifie à la fois « purifier » et « croître » : donner une part de ses biens purifie la richesse de celui qui la détient et la fait, symboliquement, prospérer. C'est le troisième des cinq piliers de l'islam. Le Coran l'associe presque toujours à la prière : « Accomplissez la salât et acquittez la zakât » (sourate 2, verset 43).

On la traduit souvent par « aumône », mais le terme est trompeur, comme le souligne Azzedine Gaci dans son analyse : l'aumône est un don libre, alors que la zakât est une obligation religieuse et sociale, qu'il propose de rendre par « impôt social purificateur ». Dans « La Zakat ou régime de protection sociale en islam », Mohamed Hicham El Arafa en rappelle l'histoire : appel à la générosité dès la période mecquoise, puis institution comme obligation à Médine, quand la communauté a eu besoin de prendre en charge ceux qui avaient tout laissé pour émigrer. Elle devient alors le socle d'un système de solidarité visant à garantir à chacun une vie décente.

La zakât a donc deux dimensions inséparables : un acte d'adoration envers Dieu, et un acte de justice sociale envers la communauté. On distingue deux grandes formes : la zakât al-mâl (sur les biens), à laquelle est consacrée l'essentiel de cette page, et la zakât al-fitr, qui accompagne la fin du Ramadan.

Qui doit payer la zakât et à partir de quel montant ?

La zakât est due par tout musulman adulte, sain d'esprit, qui possède un patrimoine d'un montant supérieur au seuil appelé nissâb, après avoir couvert ses besoins de base. Deux conditions s'ajoutent : ces biens doivent être détenus en pleine propriété, et depuis une année lunaire complète (le hawl).

Le nissâb se mesure en or ou en argent, ces deux métaux servant de référence pour estimer la valeur des monnaies actuelles : 85 grammes d'or ou 595 grammes d'argent. Comme l'explique l'article d'Oumma consacré au sujet, l'argent coûte aujourd'hui bien moins cher que l'or, si bien que le seuil en argent est beaucoup plus bas. Le Conseil théologique des musulmans de France (CTMF) y recommande de retenir le plus bas des deux, c'est-à-dire l'argent, notamment parce que cette base appuyée sur des traditions bien établies profite davantage aux pauvres. Des savants ont défendu l'avis inverse en faveur de l'or, au motif que le seuil en argent peut être trop faible pour désigner un vrai riche : la question reste débattue, et chacun suit l'avis du savant ou de l'instance dont il s'estime proche.

Si, après ses dépenses annuelles de base (loyer, alimentation, vêtements), une personne dispose d'une épargne qui dépasse le seuil depuis un an, elle doit la zakât. Le seuil ne vise donc pas les personnes qui n'ont rien mis de côté : un salaire entièrement dépensé n'ouvre pas de zakât. Les montants en euros évoluent avec les cours des métaux ; il convient de les actualiser au moment du calcul.

Comment calculer sa zakât ?

Le taux est de 2,5 % (un quarantième) de la somme dépassant le nissâb au jour où l'on s'acquitte de sa zakât, après une année lunaire. Elle porte sur l'épargne (comptes, liquidités), l'or et l'argent détenus, les marchandises destinées au commerce et les créances que l'on peut récupérer. Elle ne porte pas, selon l'avis général, sur la résidence principale, les vêtements, les meubles ou le véhicule d'usage personnel. Le bétail et les récoltes obéissent à des règles et à des taux particuliers que l'on trouve dans les ouvrages de jurisprudence.

Prenons un exemple simple : une personne qui a 12 000 euros de liquidités et d'or conservés depuis un an, dépassant le seuil, doit 2,5 % de 12 000, soit 300 euros. Comme le rappelle El Arafa, la plupart des fidèles croient que seule la somme restante sur le compte en fin d'année compte, alors qu'il faut tenir compte de l'ensemble du patrimoine disponible : épargne, revenus placés, capital commercial.

Plusieurs points font l'objet de divergences entre écoles ou entre savants contemporains : la prise en compte des dettes en cours, le traitement des placements en bourse ou en assurance-vie, celui des bijoux portés par les femmes (les hanafites les incluent, d'autres non), ou le calcul sur les biens immobiliers destinés à la revente. Pour ces cas, mieux vaut consulter une instance compétente. De nombreuses organisations proposent désormais des calculateurs en ligne et des services pour verser la zakât à des bénéficiaires.

Un dernier conseil : choisir une date fixe chaque année, par exemple celle où l'on a pour la première fois dépassé le seuil. Beaucoup préfèrent payer pendant le Ramadan pour le surcroît de récompense, sans que ce soit une obligation, comme le souligne El Arafa : l'essentiel est de s'en acquitter une fois par an, la date étant secondaire.

Qui peut recevoir la zakât ?

Le Coran énumère huit catégories de bénéficiaires dans la sourate 9, verset 60 : les pauvres, les nécessiteux, ceux qui sont chargés de la collecter et de la répartir, ceux dont les cœurs sont à rallier, l'affranchissement des esclaves, les endettés, ceux qui sont « dans le sentier de Dieu » et le voyageur démuni. Pour la zakât al-fitr, les articles d'Oumma insistent sur la priorité donnée aux pauvres et aux nécessiteux.

Plusieurs règles pratiques font consensus. On ne verse pas la zakât à ceux dont on a la charge légale (enfants, parents dépendants, conjoint), puisqu'on doit déjà subvenir à leurs besoins. Elle peut en revanche aller à d'autres membres de la famille dans le besoin. Elle peut être confiée à un tiers ou à une association de confiance qui se charge de la répartir, à condition que l'intention soit formulée au moment de la remise.

La zakât al-mâl est en principe destinée aux musulmans, comme le rappelle El Arafa, qui distingue la zakât, réservée aux seuls musulmans, de l'aumône libre, que l'on peut donner à toute personne sans distinction. Une partie des savants accepte toutefois certaines formes d'aide à des non-musulmans, notamment au titre des cœurs à rallier. Quant à la construction de mosquées, d'hôpitaux ou de routes, l'article de Talha Mahamat Allim sur la zakât al-fitr rappelle l'avis qui l'exclut, puisque ces ouvrages profitent à tous, pauvres et riches ; d'autres savants contemporains ont donné des avis plus larges au titre de la catégorie « dans le sentier de Dieu ».

Enfin, la zakât se verse en principe dans le pays où l'on vit, auprès de ceux qui sont les plus proches. Elle ne se transfère à l'étranger qu'en cas de besoin particulièrement pressant (catastrophe naturelle, famine).

La zakât al-fitr : montant, bénéficiaires et date

La zakât al-fitr (ou « fitra ») est l'aumône de fin de Ramadan. Elle n'est pas liée à la richesse mais à la personne : Gaci explique qu'elle est due par tout musulman qui dispose de quoi se nourrir lui et sa famille pendant au moins un jour et une nuit, et que le chef de famille s'en acquitte pour lui-même et pour toutes les personnes à sa charge, enfants compris. Sa raison d'être est double : purifier le jeûneur de ses propos futiles et nourrir les pauvres afin que tous puissent fêter l'Aïd al-Fitr dans de bonnes conditions. C'est pourquoi le titre de son article reprend l'idée de leur « épargner la mendicité en ce jour de fête ».

Le montant. Historiquement, elle se versait en denrées de base : un sâ', c'est-à-dire quelques kilos de dattes, d'orge, de blé ou de riz. Les hanafites (suivis aujourd'hui par un grand nombre de savants) admettent le versement en argent, plus utile au bénéficiaire ; d'autres écoles préfèrent la nourriture. En France, les instances représentatives ont retenu ces dernières années une somme d'environ 7 à 9 euros par personne, comme le détaille l'article « Montant Zakat-al-Fitr ». Une famille de cinq personnes paie donc cinq fois ce montant.

La date. Elle doit être versée au plus tard avant la prière de l'Aïd. Les avis divergent sur la date à partir de laquelle on peut payer : dès le début du Ramadan pour une partie des savants, à partir du 26 ou du 27 Ramadan pour les malikites. Un enfant né avant le coucher du soleil de la veille de l'Aïd est inclus dans le calcul. Si l'on a dépassé la date, la zakât al-fitr reste due, mais comme une dette à régler sans attendre. La vidéo « Les principales règles de la zakât al-fitr » en donne un résumé en deux minutes, et Talha Mahamat Allim la replace dans la dynamique spirituelle du mois. Voir aussi la page sur l'Aïd el-Fitr.

Zakât, sadaqa et solidarité : quelle différence ?

La sadaqa est l'aumône volontaire. Elle n'a ni seuil, ni taux, ni date : un euro, un repas, un sourire, un conseil, un coup de main. Elle peut être donnée à toute personne dans le besoin, musulmane ou non, et elle est vivement recommandée en toute circonstance, au-delà de ce que la zakât impose. La zakât, elle, est une obligation encadrée : montant calculé, bénéficiaires définis, périodicité annuelle. L'une ne remplace pas l'autre.

Cette double logique, devoir et générosité, se retrouve dans les analyses de fond publiées par Oumma. Homo œconomicus vs Homo islamicus interroge le rapport de l'islam à la richesse et au partage ; l'article sur le capitalisme mecquois montre comment la révélation a remis en cause une société où l'accumulation prenait le pas sur la solidarité envers les plus faibles. Dans l'esprit coranique, la richesse est un dépôt confié, dont une part revient de droit à ceux qui n'en ont pas.

Pour la pratique, trois repères. D'abord, agir avec intention : l'acte ne vaut que par l'intention de s'acquitter d'un devoir envers Dieu. Ensuite, donner avec discrétion et dignité, en évitant d'humilier le bénéficiaire. Enfin, privilégier une structure fiable si l'on ne connaît pas directement de personnes dans le besoin. Noter la date de son dernier calcul aide à s'y retrouver d'une année sur l'autre.

Questions fréquentes

Quel est le taux de la zakât ?+

Il est de 2,5 % (un quarantième) de la somme qui dépasse le nissâb, détenue depuis une année lunaire. Il s'applique à l'épargne, à l'or, à l'argent et aux marchandises destinées au commerce.

Qu'est-ce que le nissâb ?+

C'est le seuil de richesse à partir duquel la zakât devient obligatoire. Il équivaut à 85 grammes d'or ou 595 grammes d'argent. Les savants divergent sur la référence à retenir : l'argent (seuil plus bas) est recommandé par plusieurs instances.

Qui peut recevoir la zakât ?+

Le Coran cite huit catégories (sourate 9, verset 60) : pauvres, nécessiteux, collecteurs, cœurs à rallier, esclaves à affranchir, endettés, voie de Dieu, voyageur démuni. On ne la verse pas à ceux dont on a la charge légale.

Quand payer la zakât al-fitr ?+

Au plus tard avant la prière de l'Aïd al-Fitr. Beaucoup la versent pendant les derniers jours du Ramadan, certains dès le début du mois selon les avis. Elle reste due après la prière, mais alors comme une dette.

La zakât al-fitr peut-elle se payer en argent ?+

Oui, selon les hanafites et de nombreux savants contemporains, qui jugent l'argent plus utile aux bénéficiaires. D'autres écoles préfèrent la nourriture. En France, les instances fixent un montant par personne chaque année.

Quelle différence entre zakât et sadaqa ?+

La zakât est une obligation : montant calculé, bénéficiaires définis, une fois par an. La sadaqa est une aumône libre, sans seuil ni date, que l'on peut donner à toute personne.

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En vidéo

Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de Mohamed Hicham El Arafa, Talha Mahamat Allim, Azzedine Gaci, Ahmed Danyal Arif.