Sadaqa

صدقة

Prononciation : ṣadaqa · Autres graphies : sadaqah, sadaka, aumône volontaire

Définition

Sadaqa : Don volontaire fait par désir de plaire à Dieu, en argent, en nature ou même par un geste (un sourire, un conseil). Elle se distingue de la zakât, obligatoire, et n'est soumise ni à un seuil ni à un taux.

Que signifie sadaqa ?

Sadaqa (صدقة, ṣadaqa) se traduit le plus souvent par « aumône » ou « charité ». On l'écrit aussi sadaqah, sadaka ou çadaqa. Le mot vient de la racine ṣ-d-q, qui exprime la vérité et la sincérité : ṣidq est la véracité, ṣiddîq l'homme véridique, surnom d'Abou Bakr. Le même mot sert à la dot, ṣadâq, offerte par le mari à son épouse. Pour les savants, la sadaqa porte ce nom parce qu'elle prouve la sincérité de la foi de celui qui donne.

Dans l'usage courant, la sadaqa est le don volontaire, par opposition à la zakât, l'aumône obligatoire. Elle n'a ni montant minimal, ni période, ni liste fermée de bénéficiaires. Le Coran, lui, emploie le mot dans les deux sens. Le verset qui fixe les bénéficiaires de l'aumône obligatoire commence par « Les Sadaqâts ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents » (sourate 9, verset 60), et le verset 103 de la même sourate ordonne au Prophète de prélever « une Sadaqa » sur les biens des croyants. La zakât al-fitr est d'ailleurs souvent appelée sadaqat al-fitr. Dans La pauvreté, un point de vue musulman, Saïd Moustarhim note que les commentateurs anciens ont lu ce mot, au verset 60, comme un prélèvement obligatoire sur les riches au profit des nécessiteux.

La tradition élargit encore le sens. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, « tout acte de bien est une aumône ». Le sourire adressé à son frère en est une, selon un hadith rapporté par Tirmidhi, comme le fait d'ôter un obstacle du chemin ou de réconcilier deux personnes.

Que dit le Coran sur la sadaqa ?

Le Coran revient souvent sur l'aumône, surtout dans la sourate 2. Il en décrit la récompense par une image : « Ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier d’Allah ressemblent à un grain d’où naissent sept épis, à cent grains l’épi » (sourate 2, verset 261).

Il en fixe aussi l'esprit. Le don ne doit pas humilier : « O les croyants! N’annulez pas vos aumônes par un rappel ou un tort » (sourate 2, verset 264). La discrétion est préférée, sans que le don public soit blâmé : « Si vous donnez ouvertement vos aumônes, c’est bien; c’est mieux encore, pour vous, si vous êtes discrets avec elles et vous les donniez aux indigents » (sourate 2, verset 271). Le verset 263 ajoute qu'une parole aimable vaut mieux qu'une aumône suivie d'un tort.

Le Coran présente enfin la sadaqa comme une réparation. Le pèlerin malade qui doit se raser la tête se rachète par un jeûne, une aumône ou un sacrifice (sourate 2, verset 196). Le créancier est invité à effacer la dette d'un débiteur dans la gêne, par charité (sourate 2, verset 280).

Qu'est-ce que la sadaqa jariya ?

La sadaqa jâriya (صدقة جارية), littéralement « aumône qui coule », est un don dont l'utilité se prolonge dans le temps. L'expression vient d'un hadith rapporté par Muslim : quand l'homme meurt, ses œuvres s'arrêtent, sauf trois, une aumône continue, une science dont on tire profit et un enfant vertueux qui invoque pour lui.

Les exemples les plus cités sont un puits ou une adduction d'eau, une mosquée, une école, un arbre fruitier, un Coran ou un livre utile mis à disposition. Les associations caritatives et les collectes pour la construction de mosquées en France utilisent beaucoup l'expression : Oumma a relayé en 2026 l'appel pour la mosquée de Pierrefitte, présenté comme une sadaqa jariya. En droit musulman, la forme la plus aboutie de cette aumône durable est le waqf, le bien rendu inaliénable dont les revenus financent une œuvre.

Peut-on faire une sadaqa pour un mort ?

Oui, selon l'avis de la grande majorité des savants. Un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, d'après Aïcha, raconte qu'un homme dit au Prophète que sa mère était morte subitement et qu'elle aurait sûrement fait l'aumône si elle avait pu parler ; il demanda si elle en aurait la récompense s'il donnait pour elle, et le Prophète répondit oui. Les quatre écoles sunnites admettent donc que l'aumône faite au nom d'un défunt lui profite.

Au Maghreb, le mot sadaka désigne souvent un repas offert aux proches, aux voisins ou aux pauvres, après un décès, une naissance ou un retour de voyage. Les dates fixes du repas funéraire (troisième ou quarantième jour) relèvent de la coutume ; plusieurs savants rappellent qu'aucun texte ne les impose et préfèrent un don direct aux nécessiteux. La page mort et deuil présente les autres rites qui suivent un décès.

À qui donner la sadaqa ?

La zakât va aux huit catégories du verset 60 de la sourate 9, et la majorité des savants la réservent aux musulmans. La sadaqa volontaire est plus libre. Les proches dans le besoin passent en premier : selon un hadith rapporté par Tirmidhi et Nasâ'î, l'aumône à un parent compte double, comme aumône et comme lien de parenté. Les savants admettent aussi qu'on la donne à des non-musulmans, en s'appuyant sur l'éloge de ceux qui offrent la nourriture « au pauvre, à l’orphelin et au prisonnier » (sourate 76, verset 8), le prisonnier étant alors un non-musulman. Dans Ramadan : mois de sobriété et de solidarité, Mohamed Chtatou rappelle que les textes n'excluent pas les non-musulmans de l'aide.

La sadaqa n'a pas de montant fixé. La tradition invite à donner ce qu'on peut sans se mettre soi-même dans le besoin, et l'intention (niyya) compte plus que la somme. Elle est particulièrement recherchée pendant le Ramadan, lors de laylat al-qadr et des dix premiers jours de Dhou al-Hijja.

Les initiatives collectives existent aussi en Europe. Oumma a raconté le Sadaqa Day, journée de bienfaisance créée en 2015 au Royaume-Uni par Julie Siddiqi, à laquelle des bénévoles juifs se sont joints après l'attentat de Christchurch en 2019.

Dans le Coran

  • Coran

    « Ceux qui dépensent leurs biens dans le sentier d’Allah ressemblent à un grain d’où naissent sept épis, à cent grains l’épi. Car Allah multiplie la récompense à qui Il veut et la grâce d’Allah est immense, et Il est Omniscient. »

    Sourate 2, verset 261 →
  • Coran

    « O les croyants! N’annulez pas vos aumônes par un rappel ou un tort, comme celui qui dépense son bien par ostentation devant les gens sans croire en Allah et au Jour dernier. Il ressemble à un rocher recouvert de terre: qu’une averse l’atteigne, elle le laisse dénué. De pareils hommes ne tirent aucun profit de leurs actes. Et Allah ne guide pas les gens mécréants. »

    Sourate 2, verset 264 →
  • Coran

    « Si vous donnez ouvertement vos aumônes, c’est bien; c’est mieux encore, pour vous, si vous êtes discrets avec elles et vous les donniez aux indigents. Allah effacera une partie de vos méfaits. Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. »

    Sourate 2, verset 271 →
  • Coran

    « Les Sadaqâts ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, ceux dont les cœurs sont à gagner (à l’Islam), l’affranchissement des jougs, ceux qui sont lourdement endettés, dans le sentier d’Allah, et pour le voyageur (en détresse). C’est un décret d’Allah! Et Allah est Omniscient et Sage. »

    Sourate 9, verset 60 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : La zakât, L'Aïd al-Fitr, L'Aïd al-Adha

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre sadaqa et zakât ?+

La zakât est une obligation, troisième pilier de l'islam : elle porte sur les biens qui dépassent un seuil (le nisâb), à un taux fixé, une fois par an, au profit de huit catégories de bénéficiaires. La sadaqa, au sens courant, est le don volontaire : ni seuil, ni taux, ni date, et un don peut aller à toute personne dans le besoin. Le Coran emploie toutefois le mot sadaqât pour l'aumône obligatoire au verset 60 de la sourate 9.

Qu'est-ce qu'une sadaqa jariya ?+

C'est une « aumône qui coule », un don dont le bienfait continue après la mort du donateur : un puits, une mosquée, une école, un arbre, un livre. L'expression vient d'un hadith rapporté par Muslim, selon lequel les œuvres d'un défunt s'arrêtent sauf trois : une aumône continue, une science utile et un enfant vertueux qui prie pour lui. Le waqf en est la forme juridique la plus aboutie.

Peut-on faire une sadaqa pour une personne décédée ?+

Oui, pour la grande majorité des savants. Un hadith rapporté par Boukhari et Muslim rapporte qu'un homme demanda au Prophète si sa mère, morte subitement, aurait la récompense de l'aumône qu'il ferait pour elle, et le Prophète répondit oui. Le don peut être de l'argent, de la nourriture ou une sadaqa jariya. Les repas à date fixe (troisième ou quarantième jour) relèvent de la coutume et non d'une obligation.

Combien faut-il donner pour une sadaqa ?+

Il n'existe aucun montant minimal ni maximal. Le Coran demande de donner sans humilier ni rappeler son bienfait, et la tradition recommande de ne pas se priver soi-même ni sa famille du nécessaire. Un geste sans argent compte aussi : selon un hadith rapporté par Tirmidhi, un sourire est une aumône. Seules la zakât et la zakât al-fitr ont un montant fixé.

Peut-on donner la sadaqa à un non-musulman ?+

Oui pour la sadaqa volontaire, selon l'avis majoritaire des savants. Le Coran loue ceux qui offrent la nourriture « au pauvre, à l’orphelin et au prisonnier » (sourate 76, verset 8), et les commentateurs rappellent que les prisonniers de l'époque n'étaient pas musulmans. La zakât obligatoire est, en revanche, réservée aux musulmans pour la plupart des écoles, en dehors de la catégorie des « cœurs à gagner ».

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