Waqf

وقف

Prononciation : waqf · Autres graphies : habous, hubus, bien de mainmorte

Définition

Waqf : Fondation pieuse : un bien est immobilisé et consacré à une oeuvre durable, comme une mosquée, une école ou un hôpital, et ses revenus servent la finalité fixée. Il est inaliénable. Au Maghreb, on l'appelle habous.

Que signifie waqf ?

Waqf (وقف, pluriel awqâf) est le nom verbal de waqafa, « s'arrêter, arrêter, immobiliser », de la racine w-q-f. Le Coran emploie le verbe au sens propre : « Et arrêtez-les: car ils doivent être interrogés » (sourate 37, verset 24). En droit, le waqf est un bien « arrêté » : son propriétaire le retire du commerce pour toujours et en affecte les revenus à une destination qu'il choisit. On le traduit par « fondation pieuse », « bien de mainmorte » ou « dotation ».

Au Maghreb, on emploie un synonyme, habous (de l'arabe hubus, de habasa, « retenir »). D'où le « ministère des Habous et des Affaires islamiques » au Maroc, et le ministère algérien « des Affaires religieuses et des Wakfs ».

Le vocabulaire du waqf est précis : le wâqif est le fondateur, les bénéficiaires sont ceux à qui le waqf est destiné, et le nâzir ou mutawallî est l'administrateur chargé de gérer le bien.

La racine a d'autres emplois religieux. Dans la récitation du Coran (tajwîd), le waqf est la pause en fin de phrase, que des signes indiquent dans les exemplaires imprimés. Au pèlerinage, le wuqûf est la station debout à Arafat.

D'où vient le waqf ?

Le mot waqf ne figure pas dans le Coran en ce sens, mais l'institution s'appuie sur ses appels à donner de ce que l'on aime : « Vous n'atteindrez la (vraie) piété, que si vous faites largesses de ce que vous chérissez » (sourate 3, verset 92). La tradition rapporte que le Compagnon Abû Talha, après ce verset, consacra son jardin le plus cher.

Le modèle juridique vient d'un hadith rapporté par Boukhari et Muslim. Omar ibn al-Khattâb, ayant reçu une terre à Khaybar, demanda conseil au Prophète, qui lui suggéra d'en immobiliser le fonds et de donner ses fruits en aumône. Omar stipula que la terre ne serait ni vendue, ni donnée, ni héritée, et que ses revenus iraient aux pauvres, aux proches, aux voyageurs et aux hôtes. Un autre hadith, rapporté par Muslim, compte parmi les trois œuvres qui continuent de profiter au défunt l'« aumône continue » (sadaqa jâriya), que les juristes ont identifiée au waqf.

Les écoles ont ensuite fixé les règles. Pour la majorité, le waqf est irrévocable et perpétuel. Abû Hanîfa le tenait d'abord pour révocable, sauf pour une mosquée, mais ses disciples ont fait prévaloir l'irrévocabilité. Les malikites admettent un waqf temporaire. On distingue le waqf charitable, au profit d'une œuvre, et le waqf familial, dont les revenus vont aux descendants avant de revenir aux pauvres.

Le waqf dans l'histoire

Le waqf a été l'un des grands outils de la solidarité dans le monde musulman. Un article d'Oumma, Le waqf : l'institution sociale qui finançait écoles et hôpitaux, rappelle qu'une terre, une maison ou un commerce pouvaient financer pendant des siècles une école, un hôpital gratuit, une bibliothèque, un bain public ou une fontaine. Mohamed Chtatou explique dans son étude sur la madrasa que les revenus de waqfs payaient les professeurs et les bourses des étudiants. Le même auteur note, dans Al-'Ihsân, que le waqf est volontaire au départ mais que le fondateur perd ensuite tout contrôle sur le bien.

L'institution a aussi connu des détournements et des confiscations. Après la prise d'Alger en 1830, l'administration française s'empara des habous algériens, comme le rappelle Samir Méhalla, rendant compte d'un livre de l'historien Sadek Sellam, dans Les musulmans en France : un objet d'étude historique. Les États modernes ont souvent nationalisé ou placé sous tutelle les biens waqfs, par des ministères dédiés. En Inde, une loi de 2025 réformant leur gestion a provoqué de fortes protestations.

Waqf, zakât, sadaqa : quelle différence ?

La zakât est une aumône obligatoire, annuelle, au taux et aux bénéficiaires fixés. La sadaqa est un don volontaire, souvent ponctuel. Le waqf est volontaire comme la sadaqa, mais durable : on ne donne pas un bien qui se consomme, on crée une source de revenus qui survit à son fondateur.

En France, le mot habous survit dans le nom de la Société des Habous et des Lieux saints de l'islam, créée en 1917, qui gère la Grande Mosquée de Paris : c'est elle qui a élu Chems-eddine Hafiz recteur en janvier 2020, selon son communiqué. Le droit français ne connaît pas le waqf, mais des associations musulmanes s'en inspirent à travers les fonds de dotation, une structure créée par la loi en 2008.

Dans le Coran

  • Coran

    « Vous n’atteindrez la (vraie) piété, que si vous faites largesses de ce que vous chérissez. Tout ce dont vous faites largesses, Allah le sait certainement bien. »

    Sourate 3, verset 92 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un waqf en islam ?+

Un waqf est une fondation pieuse : une personne immobilise définitivement un bien (terre, immeuble, commerce, argent placé) et en affecte les revenus à une œuvre, comme une mosquée, une école, un hôpital ou l'aide aux pauvres. Le bien ne peut plus être vendu, donné ni hérité. Au Maghreb, on l'appelle habous.

Quelle est la différence entre waqf et habous ?+

Il n'y en a pas sur le fond : les deux mots désignent la même institution. Waqf, « immobilisation », est le terme le plus courant en Orient ; habous, de l'arabe hubus, « bien retenu », est celui du Maghreb, où l'école malikite domine. On le retrouve dans le nom du ministère marocain des Habous et de la Société des Habous qui gère la Grande Mosquée de Paris.

Que veut dire waqf dans le Coran ?+

Dans la récitation du Coran, le waqf désigne la pause : l'endroit où le lecteur s'arrête et reprend son souffle. Des signes placés au-dessus du texte indiquent si la pause est obligatoire, recommandée, permise ou à éviter. Les règles en sont exposées dans le tajwîd. Le mot vient du verbe waqafa, « s'arrêter ».

Peut-on faire un waqf en France ?+

Le droit français ne reconnaît pas le waqf en tant que tel. Les musulmans qui veulent créer une œuvre durable passent par les formes du droit français : association, fondation reconnue d'utilité publique ou fonds de dotation, qui permet d'affecter un capital à une cause d'intérêt général et d'en utiliser les revenus. Ces structures reprennent l'esprit du waqf sans en avoir le statut religieux.

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