Makrûh

مكروه

Prononciation : makrūh · Autres graphies : makruh, makrouh, répréhensible

Définition

Makrûh : Catégorie juridique des actes déconseillés ou répréhensibles, sans être formellement interdits : s'abstenir est préférable, sans que l'acte soit un péché. Les écoles hanafites distinguent deux degrés de makrûh.

Que signifie makrûh ?

Makrûh (مكروه) est le participe passif du verbe kariha, « détester, avoir de l'aversion », de la racine k-r-h. On le transcrit makruh, makrouh ou makroh ; le français le rend par « déconseillé », « réprouvé », « blâmable » ou « répréhensible ».

En droit musulman, le makrûh est un acte que la Loi demande d'éviter sans l'interdire formellement. Celui qui s'en abstient par piété est récompensé ; celui qui le commet n'est pas puni. Il forme le quatrième degré de l'échelle des cinq qualifications : obligatoire (fard ou wâjib), recommandé (mustahabb), permis (mubâh), déconseillé et interdit (haram). Il est le symétrique du recommandé : l'un est encouragé sans être imposé, l'autre découragé sans être défendu.

Fethallah Otmani résume sa place dans son article sur le halal : le blâmable n'est pas interdit, mais celui qui chemine vers Dieu s'en écarte. La page Charia, fiqh et halal présente l'ensemble de l'échelle.

Makrûh tahrîmî et makrûh tanzîhî

L'école hanafite divise le makrûh en deux degrés. Le makrûh tahrîmî, « réprouvé proche de l'interdit », concerne ce qu'une preuve probable défend, sans atteindre la certitude qui fonde le haram. Le commettre mérite un reproche, et l'école le traite presque comme un interdit : prier au moment précis du lever ou du coucher du soleil en est un exemple classique.

Le makrûh tanzîhî, « réprouvé par souci de pureté », est plus proche du permis : mieux vaut l'éviter, mais le faire n'entraîne aucun reproche. Cette distinction répond, en miroir, à celle que les hanafites font entre fard et wâjib.

Les autres écoles n'emploient pas ces deux mots. Les chaféites distinguent toutefois le makrûh, découragé par un texte précis, du khilâf al-awlâ, le simple fait de ne pas choisir la meilleure option.

Le mot makrûh dans le Coran

Le Coran emploie le mot dans un sens bien plus fort que celui des juristes. Après une série de commandements de la sourate 17 (ne pas tuer ses enfants, ne pas approcher de la fornication, ne pas tuer, ne pas manger le bien de l'orphelin, ne pas marcher avec orgueil), il conclut : « Ce qui est mauvais en tout cela est détesté de ton Seigneur » (sourate 17, verset 38), où « détesté » traduit makrûhan. Il s'agit là de péchés graves.

La racine sert aussi au sens d'aversion naturelle : « Le combat vous a été prescrit alors qu'il vous est désagréable » (sourate 2, verset 216), et Dieu a fait « détester » aux croyants la mécréance (sourate 49, verset 7).

Les juristes ont noté que les premiers imams, comme Mâlik ou Ahmad ibn Hanbal, disaient parfois « je réprouve » (akrahu) par prudence pour des actes qu'ils jugeaient en fait interdits. Le sens technique de « simplement déconseillé » s'est fixé plus tard ; lire un avis ancien demande donc de l'attention.

Exemples d'actes makrûh

Les exemples varient selon les écoles. Pour la majorité : manger de l'ail ou de l'oignon cru avant de se rendre à la mosquée, d'après un hadith rapporté par Boukhari et Muslim ; prier en se retenant d'un besoin naturel ou devant un repas servi qui distrait ; gaspiller l'eau des ablutions ; jeûner le seul vendredi sans y joindre un autre jour ; dormir avant la prière de la nuit et veiller après elle sans raison.

Certains cas montrent les écarts entre écoles. Les hanbalites, comme le rappelle une sélection de questions sur le Ramadan, et les chaféites jugent traditionnellement makrûh l'usage du siwâk par le jeûneur après midi ; les hanafites et les malikites le permettent toute la journée. Le Conseil théologique musulman de France signale, dans ses recommandations sur le jeûne de Chawwâl, que malikites et chaféites jugent makrûh de jeûner les six jours avant d'avoir rattrapé le Ramadan, sans l'interdire.

Erreur fréquente : prendre le makrûh pour le douteux (mushtabih). Le douteux est ce dont on ignore s'il est licite ; le makrûh est un statut connu, celui d'un acte permis mais déconseillé.

Dans le Coran

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Charia, fiqh et halal, Alimentation et halal, Le siwak

Questions fréquentes

Que veut dire makrouh en islam ?+

Makrouh (makrûh) signifie « déconseillé » ou « réprouvé ». C'est un acte que l'islam demande d'éviter sans l'interdire : s'en abstenir est récompensé, le commettre n'est pas un péché. Il se situe entre le permis (mubâh) et l'interdit (haram). Le mot vient de la racine arabe k-r-h, « détester ».

Que signifie makruh tahrimi ?+

Makrûh tahrîmî est une catégorie propre à l'école hanafite : un acte « réprouvé proche de l'interdit », défendu par une preuve seulement probable. Il mérite un reproche et doit être évité presque comme un haram, par exemple prier au moment exact du lever du soleil. Il s'oppose au makrûh tanzîhî, simplement préférable à éviter.

Est-ce un péché de faire un acte makrouh ?+

Non, selon la définition des juristes : l'acte déconseillé n'entraîne pas de punition. Celui qui l'évite par piété est toutefois récompensé. Les hanafites font une exception pour le makrûh tahrîmî, dont la pratique mérite un reproche. Beaucoup de savants ajoutent que la répétition délibérée d'un acte déconseillé fragilise la piété et rapproche de l'interdit.

Quelle est la différence entre haram et makrouh ?+

Le haram est interdit : le commettre est un péché, l'éviter est récompensé. Le makrûh est seulement déconseillé : l'éviter est récompensé, mais le commettre n'est pas un péché. Le premier repose en principe sur une preuve claire ; le second sur des textes qui découragent sans défendre, ou sur une preuve jugée moins forte.

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