Que signifie main de Fatma ?
La main de Fatma est une main ouverte, doigts serrés, souvent symétrique, avec parfois un œil dessiné au creux de la paume. On la porte en pendentif, on l'accroche au-dessus de la porte, dans la voiture ou près du berceau d'un nouveau-né. Sa fonction est de détourner le mauvais œil, l'envie ou le regard jaloux que l'on croit capable de nuire.
Au Maghreb, on l'appelle khamsa (خمسة), « cinq », pour les cinq doigts ; ailleurs, on dit hamsa ou khamsa. Le nom français fait référence à Fâtima, fille du Prophète, dont le prénom se prononce Fatma au Maghreb. Dans la tradition juive, le même objet est parfois appelé « main de Myriam ». Ces noms sont des rattachements populaires : ni Fâtima ni Myriam ne sont liées à l'objet dans les textes.
D'où vient la main de Fatma ?
Le symbole de la main protectrice est antérieur à l'islam. On le retrouve dans plusieurs cultures anciennes de la Méditerranée et du Proche-Orient, et il a traversé les religions. Au Maghreb, la khamsa était portée aussi bien par les musulmans que par les juifs. L'écrivaine Nadia Khouri-Dagher le rappelait dans un extrait de son livre Hammam et Beaujolais, publié par Oumma : la main de Fatma est « une amulette partagée à la fois par les musulmans et les juifs en Afrique du Nord », « une amulette magique, porte-bonheur, et non un « signe religieux » ».
Le chiffre cinq lui-même a une valeur protectrice dans la culture populaire. Au Maghreb, on lance khamsa fi ʿaynek (« cinq dans ton œil ») pour conjurer un compliment jugé dangereux, et l'on montre parfois la main ouverte. Certains rapprochent après coup les cinq doigts des cinq piliers de l'islam ou des cinq prières, mais ce rapprochement ne repose sur aucun texte.
La main de Fatma est-elle un symbole de l'islam ?
Non. Aucun verset du Coran ni aucun hadith ne mentionne la khamsa. En France, la confusion est pourtant fréquente. En décembre 2003, pendant le débat sur les signes religieux à l'école, la main de Fatma a été citée parmi les signes « discrets » qui resteraient permis, à côté d'une petite croix ou d'une étoile de David. Des musulmans ont protesté : dans une lettre ouverte publiée par Oumma, La représentation de l'islam par la main de Fatima, ils rappellent que ce symbole « n'est mentionné dans aucun texte religieux » et que « l'existence de ce symbole est historiquement antérieure à l'islam ».
La main de Fatma est donc un objet de culture populaire maghrébine, porté par des croyants comme par des non-croyants, parfois comme simple bijou.
La main de Fatma est-elle haram ? L'avis des savants
La question porte moins sur le dessin que sur la croyance qui l'accompagne. La tradition musulmane reconnaît l'existence du mauvais œil (al-ʿayn) : un hadith rapporté par Boukhari et Muslim dit qu'il est « une réalité ». Mais elle condamne les amulettes (tamâ'im). Un hadith rapporté par l'imam Ahmad blâme celui qui suspend une amulette, et un autre, rapporté par Abou Dawoud, range les amulettes parmi les pratiques de chirk, l'association.
Sur cette base, la grande majorité des savants, de toutes les écoles, jugent interdit de porter une khamsa en croyant qu'elle protège : ce serait attribuer à un objet un pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu. Selon l'intention, ils y voient un « petit chirk » ou, si l'on croit l'objet efficace par lui-même, un chirk plus grave. Certains admettent qu'on la porte comme motif décoratif, sans lui prêter aucun pouvoir ; d'autres le déconseillent quand même, pour ne pas entretenir la croyance.
Pour se protéger du mauvais œil, la tradition recommande des formules et des récitations : dire machallah ou tabarakallah devant ce qu'on admire, réciter les deux dernières sourates, dont celle qui commence par « Je cherche protection auprès du Seigneur de l’aube naissante » (sourate 113, verset 1) et demande protection « contre le mal de l’envieux quand il envie » (sourate 113, verset 5), ou recourir à la roqya.


