D'où vient le mot nouba ?
Nouba vient de l'arabe nawba (نوبة), de la racine n-w-b, qui exprime l'idée de remplacer, de se succéder. Nawba veut d'abord dire « le tour », celui que l'on prend à son tour de rôle. Le mot a désigné, dans les cours du monde musulman médiéval, la musique jouée à heures fixes, par roulement, devant la demeure d'un souverain ou d'un gouverneur.
Au Maghreb, la nouba est devenue le nom de la grande forme de la musique arabo-andalouse : une suite de chants et de pièces instrumentales enchaînés dans un même mode, du mouvement lent au mouvement vif. La tradition en attribue l'organisation au musicien Ziryab, installé à Cordoue au IXe siècle. Cette musique se joue encore aujourd'hui à Fès, Tlemcen, Alger, Constantine ou Tunis, où on l'appelle aussi ma'louf.
En arabe moderne, nawba a pris un autre sens courant : « accès, crise ». Une nawba qalbiyya est une crise cardiaque. Le mot n'a pas de lien avec la religion.
Comment nouba est-il entré en français ?
Le mot est arrivé par l'armée, après la conquête de l'Algérie. On a appelé nouba la musique des régiments de tirailleurs algériens, avec ses instruments traditionnels (tambours, flûtes, cymbales) et sa mascotte, un bélier. La nouba existe toujours : elle accompagne le 1er régiment de tirailleurs, héritier de ces unités. Un article d'Oumma consacré à l'Armée d'Afrique rappelle qu'au défilé du 14 juillet 1999 sur les Champs-Élysées, les tirailleurs ouvraient la marche, accompagnés de leur nouba.
De la musique militaire, on est passé à la fête. Vers 1900, « faire la nouba » voulait dire faire la fête, souvent bruyante et arrosée, dans l'argot des soldats puis dans la langue populaire. C'est le même chemin que ramdam, passé du mois de Ramadan au vacarme, ou que toubib et barda, autres emprunts de l'armée d'Afrique.
Que veut dire faire la nouba aujourd'hui ?
Aujourd'hui, faire la nouba signifie faire la fête, sortir, s'amuser sans retenue : « ils ont fait la nouba toute la nuit ». L'expression a un parfum un peu ancien, et les plus jeunes lui préfèrent d'autres mots ; on la rapproche de « faire la bringue » ou « faire la java ». Dans un texte publié par Oumma en 2026, la véritable signification du mois de Ramadan, l'auteur l'emploie pour dire ce que le jeûne n'est pas : « Ni régime, ni nouba nocturne ».
Le mot a un homonyme : les Nouba, peuple du Soudan qui a donné son nom aux monts Nouba, au Kordofan. Il n'a rien à voir avec la nouba arabe. On écrit nouba, rarement noubah ; les musicologues transcrivent nawba ou nûba.


