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La véritable signification du mois sacré du Ramadan (2/2)

Le Ramadan permet aux fidèles de concentrer leur esprit sur la dévotion à leur foi par la prière, l’expression de la gratitude, la recherche du pardon et l’aide aux nécessiteux. Le jeûne est important pour les musulmans pour de nombreuses raisons. Par exemple, il favorise l’unité de la ‘oummah car ils vont ensemble à la mosquée pour faire la prière des tarâwîh après l’iftâr. Le Ramadan amène les musulmans à apprécier la nourriture, à remercier Allah pour ce qu’ils ont et les rend plus proches les uns des autres et des personnes qui les entourent. Le sawm est une lutte jihadique car les musulmans luttent contre la faim pendant le jeûne. Le jeûne du Ramadan rend également les musulmans plus forts pour lutter contre le péché et plus charitables envers les autres.

En s’abstenant de nourriture, de boisson et de plaisir du lever au coucher du soleil, le musulman jeûneur contrecarre les inclinations naturelles de son corps. En s’abstenant de discours et d’initiatives superflues, il s’exerce à discipliner son esprit. Il réaffirme sa volonté, car il voit poindre ses impulsions et est prêt à les appréhender pour les canaliser.

Certains besoins physiques étant sublimés, contenus et reportés dans le temps, le jeûneur échappe à leur emprise et devient plus disponible pour l’expérience spirituelle. Durant ce mois sacré, le musulman intensifie ses exercices spirituels. La méditation, le recueillement et la charité sont ses priorités.

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Le repas, l’iftâr, sonne alors une victoire, dont la saveur est profondément intime. Ni régime, ni nouba nocturne, le jeûne du Ramadan n’est pas une mortification du corps. C’est un mois d’entraînement intensif, où l’entité génétique est affaiblie, coupée de ses sources d’énergie, et où l’entité spirituelle est revigorée, nourrie par les actes de piété. C’est pourquoi la symbolique coranique cite ar-rayyân, une des portes du Paradis spécialement réservée aux croyants qui jeûnent.

Le Prophète de l’Islam a affirmé que :

“Quiconque prie avec foi et fait son bilan personnel durant ce mois, sortira de ses péchés aussi pur qu’il l’était lorsque sa mère lui a donné naissance”. i

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Ailleurs, nous lisons que :

“Si seulement ma communauté savait ce qu’est le Ramadan, elle aurait souhaité que toute l’année soit un Ramadan”. ii

Faire l’aumône pendant le Ramadan

Il faut en effet souligner que le Ramadan, mois de privation de nourriture et de liquides et d’abstinence sexuelle également pendant la journée, s’accompagne en même temps d’une ultime condition de validité sur le plan religieux : celle de verser une aumône (d’une valeur de 10 dollars) par individu à des coreligionnaires en difficulté, pour leur permettre de fêter dignement l’cîd al-fitr. Le versement de cette modeste somme est religieusement obligatoire pour que le jeûne soit accepté devant Dieu.

Rappelons également que la zakât al-fitr n’est qu’une forme culturelle de don à laquelle s’ajoutent, la zakât al-mâl (un impôt de 2,5% prélevé sur la fortune personnelle au-delà d’un certain seuil et versé aux nécessiteux) iii et la sadaqa, qui est le don courant ou l’aumône.

L’institution de la zakât est l’occasion de mettre en lumière certaines des clés permettant de comprendre le sens profond de la notion de don en islam. La première semble être la plus paradoxale : le don est une source d’enrichissement. Une affirmation prophétique le souligne :

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jamais l’aumône n’a diminué la richesse “,

car comme le dit un verset du Coran :

” Dis : ‘’Mon Seigneur dispense avec largesse ou restreint Ses dons à qui Il veut parmi ses serviteurs. Et toute dépense que vous faites [dans le bien], Il la remplace, et c’est Lui le Meilleur des donateurs’’. “ (sourate 34, verset 39).

قُلْ إِنَّ رَبِّي يَبْسُطُ الرِّزْقَ لِمَن يَشَاءُ مِنْ عِبَادِهِ وَيَقْدِرُ لَهُ وَمَا أَنفَقْتُم مِّن شَيْءٍ فَهُوَ يُخْلِفُهُ وَهُوَ خَيْرُ الرَّازِقِينَ

Chaque aumône donnée, aussi petite soit-elle, est rendue par Allah à celui qui l’a donnée. Littéralement, cette vision islamique du don garantit la prospérité sociale d’une communauté dans laquelle tous donneraient à tous sans que personne ne s’appauvrisse individuellement tandis que tous seraient collectivement enrichis par cette mutualité du don, directement ou même indirectement. La vision philosophique du don en Islam va même plus loin : nous ne perdons que ce que nous gardons car Allah seul est propriétaire des biens qu’il nous accorde. Par cet effet de prospérité des nations qu’Il crée, le don construit en même temps un pilier d’une sotériologie de l’échange dans laquelle le salut de l’âme passe par la réception d’une bénédiction et d’une grâce divines qui récompensent elles-mêmes la pratique du don.

Cette philosophie, qui repose sur une vision hautement spirituelle de la possession, élargit donc encore considérablement le champ de la notion d’enrichissement sur le double plan matériel. Les avantages individuels et sociaux précédemment énumérés sont renforcés par le fait que le don ne s’avère finalement qu’une restitution d’une richesse gracieusement accordée par Allah : le fidèle, par cet acte, ne fait que rendre à autrui ce cadeau qu’Allah lui-même lui a offert.

Mais c’est bien sur le plan spirituel que cette notion d’enrichissement trouve sa plénitude dans la mesure où chaque somme accordée par Allah et dépensée qualitativement par le croyant fera l’objet pour ce dernier d’une récompense divine perpétuelle et ininterrompue qui peut aller jusqu’à 700 fois la valeur du don, selon certains hadiths, selon l’intensité et la qualité spirituelle de la foi du donateur, en plus de bien d’autres vertus et avantages apportés par l’aumône.

L’avarice produit l’effet exactement inverse à tout point de vue : appauvrissement matériel et moral, perte et déchéance spirituelle de l’homme qui tente de conserver un bien qu’Allah lui-même limitera à cause de cette stagnation, et cette stagnation elle-même est synonyme de mort.

Si le don enrichit le donateur, il purifie aussi ses biens toujours dans la perspective spirituelle défendue par la religion musulmane. L’aumône, troisième pilier de l’islam, revêt donc une importance particulière et est continuellement associée à la pratique de la prière dans le Coran. En tant qu’accomplissement éthique et spirituel, l’aumône marque la particularité du musulman dans son rapport aux biens matériels et à l’argent.

Une relation dans laquelle l’aspect quantitatif doit être secondaire et dans laquelle l’aspect qualitatif éthico-spirituel reste une exigence forte. La notion de rizq (dotation divine en substance) induit, dans le même sens, cette notion d’extensivité du bien divin qui peut être modeste dans sa forme mais pérenne et éminemment fécond dans ses relations. iv

La richesse au niveau islamique n’est pas nécessairement et fondamentalement quantitative au sens de l’horizontalité de l’enrichissement temporel mais essentiellement qualitative au sens de la verticalité de son octroi divin. Un bien acquis chèrement mais honnêtement qui peut générer toutes sortes de profits vertueux et, a contrario, une richesse mal acquise qui peut être dilapidée sans demander son reste.

Le Ramadan dans les Hadiths

Le Prophète Mohammed (paix et salut sur lui) a dit :

Lorsque le mois de Ramadan arrive, chaque démon est enchaîné. Toutes les portes de l’enfer sont fermées et toutes les portes du paradis sont ouvertes“.

Il poursuit :

Ô vous qui souhaitez faire le bien, sortez ! Ô vous qui voulez faire le mal, cessez ! Cet appel est renouvelé chaque nuit et chaque nuit Dieu sauve de l’enfer un certain nombre de croyants“. v

Le Prophète a souligné à travers plusieurs hadiths les mérites du jeûne :

Le jeûne préserve de l’enfer comme un bouclier dans la bataille“. vi

et dit encore :

Quiconque jeûne au mois de Ramadan avec foi, comptant sur la récompense divine, ses péchés seront pardonnés“. vii

Abdullah Ibn ‘Umar rapporte que l’Envoyé d’Allah (psl) a dit :

Le jeûne et le Coran intercéderont pour le serviteur le jour de la résurrection. Le jeûne dira : ” Ô mon Seigneur ! Je l’ai empêché de se nourrir et de satisfaire son désir, alors prends-moi comme intercesseur en sa faveur.” Et le Coran dira : “Je l’ai empêché de dormir la nuit, alors prends-moi comme intercesseur en sa faveur”. Et ils intercéderont“. viii

Le Prophète (psl) a également dit :

L’invocation de celui qui jeûne sera entendue chaque fois qu’il rompt son jeûne (le soir)”. ix

Et il a ajouté :

Celui qui jeûne un jour pour l’amour d’Allah sera éloigné du feu d’une distance de 70 ans “. x

Le Prophète a également indiqué qu’Allah, à Lui la Puissance et la Gloire, a dit :

Tout acte du fils d’Adam lui appartient, sauf le jeûne qui M’appartient, et c’est Moi qui donne sa récompense, car le serviteur qui jeûne abandonne sa nourriture et son désir pour Moi. Le jeûneur a deux joies : quand il rompt son jeûne, il se réjouit, et quand il rencontre son Seigneur, il se réjouit d’avoir jeûné. L’haleine du jeûneur est plus parfumée auprès de Dieu que l’odeur du musc“. xi

Le Prophète, lorsqu’il a fait référence au Ramadan, a souligné que :

C’est un mois au cours duquel vous êtes les invités d’Allah et Ses honorés”.

Et il a ajouté :

“La meilleure charité est celle qui est accomplie pendant le mois de Ramadan“. xii

Ibn ‘Abbâs a dit :

Le Prophète d’Allah était le plus généreux des hommes, notamment durant le mois de Ramadan, lorsqu’il rencontra l’Ange Gabriel avec la révélation et lui enseigna le Coran. Sa générosité était ininterrompue comme le souffle continu du vent bénéfique“. xiii

Quant à Abu Hurayrah (r.a.) il rapporte que le Messager d’Allah a dit :

‘’Quiconque jeûne pendant le Ramadan comme un acte de foi et en s’évaluant personnellement, verra ses péchés précédents expiés. Si vous connaissiez les excellences du Ramadan, vous auriez souhaité que toute l’année soit Ramadan’’. xiv

Le jeûne, la science et la santé

Le jeûne est une pratique qui a été associée à un large éventail d’avantages potentiels pour la santé, notamment la perte de poids, ainsi que l’amélioration du contrôle de la glycémie, de la santé cardiaque, du fonctionnement du cerveau et de la prévention du cancer. Du jeûne hydrique au jeûne intermittent en passant par la restriction calorique, il existe de nombreux types de jeûne qui s’adaptent à presque tous les modes de vie. xv

Associé à une alimentation nutritive et à un mode de vie sain, l’intégration du jeûne dans votre routine peut être bénéfique pour votre santé. Lorsqu’il est question d’un mode de vie sain, une bonne alimentation et un exercice physique adéquat en sont souvent les piliers essentiels. Bien que cela soit certainement vrai, nous pouvons envisager d’autres aspects de notre relation avec la nourriture et un mode de vie sain. xvi

Le jeûne est l’abstinence volontaire ou la réduction d’une partie ou de la totalité des aliments, des boissons, ou des deux, pendant une période donnée. Bien que parfois considéré comme malsain, privatif ou réservé à des raisons religieuses, le jeûne à court terme peut offrir d’excellents avantages pour la santé. À mesure que la recherche se développe dans ce domaine de la santé, le jeûne est de plus en plus accepté comme un moyen légitime de gérer son poids et de prévenir les maladies. Dans le même temps, il est important que le jeûne soit pratiqué de manière appropriée et saine. xvii

Un grand nombre de preuves soutiennent aujourd’hui les bienfaits du jeûne, bien que les données les plus notables aient été enregistrées dans des études sur des animaux. Malgré tout, ces résultats sont prometteurs pour l’homme. Pour l’essentiel, le jeûne débarrasse notre organisme des toxines et oblige les cellules à se livrer à des processus qui ne sont généralement pas stimulés lorsqu’un flux constant de carburant provenant de la nourriture est toujours présent.

Lorsque nous jeûnons, l’organisme n’a pas son accès habituel au glucose, ce qui oblige les cellules à recourir à d’autres moyens et matériaux pour produire de l’énergie. En conséquence, le corps commence la néoglucogenèse, un processus naturel de production de son propre sucre. Le foie aide en convertissant les matières non glucidiques comme le lactate, les acides aminés et les graisses en énergie glucose. Comme notre corps conserve de l’énergie pendant le jeûne, notre métabolisme de base (la quantité d’énergie que notre corps brûle au repos) devient plus efficace, ce qui fait baisser notre fréquence cardiaque et notre tension artérielle.

La cétose, un autre processus qui se produit plus tard dans le cycle de jeûne, se produit lorsque le corps brûle les graisses stockées comme principale source d’énergie. C’est le mode idéal pour perdre du poids et équilibrer la glycémie.

Le jeûne soumet le corps à un léger stress, ce qui permet à nos cellules de s’adapter en améliorant leur capacité à faire face. En d’autres termes, elles deviennent plus fortes. Ce processus est similaire à ce qui se passe lorsque nous stressons nos muscles et notre système cardiovasculaire pendant un exercice. Comme pour l’exercice, notre corps ne peut se renforcer au cours de ces processus que s’il dispose d’un temps suffisant pour se reposer et récupérer. C’est pourquoi le jeûne de courte durée est recommandé.

Bien que le jeûne puisse être difficile et parfois inconfortable, il présente des avantages sur le plan mental et physique :

  • Stimuler les performances cognitives ;
  • Protéger de l’obésité et des maladies chroniques associées ;
  • Réduire l’inflammation ;
  • Améliorer la condition physique générale ;
  • Favoriser la perte de poids ;
  • Diminuer le risque de maladies métaboliques, et ;
  • Bénéficier aux patients atteints de cancer – Une étude récente sur des souris et le cancer a montré que le jeûne pendant la chimiothérapie fait redémarrer le système immunitaire et expose les cellules cancéreuses. Débarrasser le corps des vieilles cellules toxiques et les remplacer par de nouvelles cellules saines pourrait être la solution. Traditionnellement, on disait aux patients atteints de cancer d’augmenter les nutriments et l’apport calorique pendant les traitements de chimiothérapie, mais cette approche pourrait maintenant être revue.

Dans les études de laboratoire, ces trois types de restriction calorique, ou jeûne, ont démontré des effets positifs sur la longévité :

  1. Alimentation restreinte dans le temps : Il s’agit de limiter l’apport calorique à un moment précis qui s’aligne sur notre rythme circadien. Le rythme circadien est souvent appelé “horloge biologique”, le cycle naturel qui indique à notre corps quand dormir, se lever, manger, etc. Ne prendre des repas que pendant une période de 8 à 12 heures chaque jour pendant le jeûne – entre 10 heures et 18 heures, par exemple – est un exemple d’alignement sur notre rythme circadien. Les systèmes corporels fonctionnent mieux lorsqu’ils sont synchronisés les uns avec les autres ; grignoter à minuit, alors que notre corps dort habituellement, désynchronise notre système de réparation naturel. En outre, donner à notre corps plus de temps pour se réparer est bénéfique pour notre santé.
  2. Restriction calorique intermittente : Pratique consistant à réduire le nombre de calories consommées au cours d’une journée. La recherche s’est concentrée sur un régime de deux jours où les calories sont réduites de moitié et les glucides limités pendant deux jours consécutifs dans une semaine. Cette approche soumet le corps à une thérapie courte et intensive. L’approche de la restriction calorique intermittente nous rappelle également que nous n’avons pas besoin de consommer constamment. Lorsque nous consommons, nous pouvons choisir judicieusement et poursuivre nos activités normales et nos exercices avec un carburant réduit.
  3. Le jeûne périodique avec des régimes imitant le jeûne : Il s’agit de limiter l’apport calorique pendant trois à cinq jours, ce qui incite les cellules à épuiser les réserves de glycogène et à entrer en cétose. Bien que cela puisse se faire sans manger, cette option n’est pas considérée comme la plus sûre. Un régime spécifique limité en calories pendant cinq jours (environ 1 000 calories par jour) est suffisant pour imiter le jeûne sans épuiser les nutriments. On pense que cette méthode est supérieure au jeûne de deux jours, car elle permet au corps d’entrer en cétose et de commencer un véritable nettoyage.

 

Comment fonctionne le jeûne

Le processus de fabrication de cétone par le foie ressemble à ceci : Le glucose (sucre) est le principal carburant utilisé par vos cellules pour produire de l’énergie. Le jeûne utilise les réserves de glucose du foie, ce qui entraîne la libération de graisses par les cellules. Lorsque ces graisses parviennent au foie, elles sont converties en corps cétoniques que l’organisme utilise comme source d’énergie.

Avant que les humains n’apprennent à cultiver la terre, ils chassaient et cueillaient de la nourriture pour survivre. Ils pouvaient passer de longues périodes sans manger. Il fallait beaucoup d’énergie et de temps pour cueillir des noix et des baies ou chasser du gibier. Le corps humain s’est adapté à cette situation en utilisant les réserves d’énergie dont il disposait. Aujourd’hui, vous n’êtes plus obligé de chasser et de cueillir votre nourriture comme le faisaient vos ancêtres, mais le jeûne peut tout de même être bénéfique pour votre bien-être physique et mental.

Avec le jeûne intermittent, vous ne pouvez manger que pendant une période spécifique. Lorsque vous restez des heures sans manger, le corps utilise toutes ses réserves de sucre et commence à brûler des graisses. Il s’agit d’un phénomène connu sous le nom de commutation métabolique. Comme votre corps brûle les calories consommées lors de votre dernier repas, le jeûne intermittent prolonge cette période et commence alors à brûler des graisses.

Pendant les périodes où vous ne jeunez pas, vous pouvez boire de l’eau et des boissons sans calories comme le café noir et le thé et vous pouvez “manger normalement”, mais cela ne veut pas dire manger tout ce que vous voulez. Il est recommandé d’éviter la malbouffe riche en calories, les aliments frits et les friandises.

La nourriture fournit aux cellules de notre corps leur carburant : le glucose. Notre corps libère une certaine quantité de glucose dans le sang et stocke le reste sous forme de glycogène, qu’il libère en fonction des besoins. Lorsque cette réserve est épuisée – après au moins 12 heures sans nourriture – nos réserves de graisse sont sollicitées.

La combustion des graisses plutôt que du glucose produit des substances appelées cétones, dont les niveaux élevés peuvent supprimer la faim (ce qui pourrait expliquer pourquoi de nombreux jeûneurs affirment avoir moins faim après plusieurs jours de jeûne). Les chercheurs s’intéressent aux effets de cet état métabolique sur l’organisme. Par exemple, le Dr Michelle Harvie, diététicienne de l’université de Manchester, a découvert qu’en réduisant les niveaux de certaines hormones, le jeûne pourrait contribuer à réduire le risque de cancer du sein.

Le jeûne oblige le corps à commencer à brûler les graisses. À la base, restreindre sa consommation de nourriture peut donc être une technique efficace pour perdre du poids, mais les scientifiques sont divisés sur l’approche qui apporte le plus d’avantages pour la santé aux personnes qui suivent un régime. Le jeûne intermittent, tel que le “régime 5:2”, recommande deux jours consécutifs pauvres en glucides et en calories (500 à 800) pour perdre du poids en toute sécurité.

Cependant, il faut des périodes plus longues (trois à quatre jours sans glucides) pour mettre l’organisme en cétose, état dans lequel l’appétit commence à diminuer. Les experts ne recommandent pas d’essayer sans soutien médical, car les conséquences à long terme du jeûne de haute intensité ne sont pas entièrement comprises.

Le jeûne semble être bénéfique pour l’esprit. Le Dr Mark Mattson, neuroscientifique, a montré que les souris soumises à un régime hypocalorique étaient plus vives que leurs congénères mieux nourries lors des tests de mémoire. En 2016, ses travaux sur l’homme ont suggéré que le jeûne pouvait contribuer à protéger le cerveau des protéines amyloïdes qui s’accumulent au cours de la maladie d’Alzheimer. Pendant ce temps, le professeur Tim Spector du King’s College de Londres a remarqué que le jeûne affecte également nos bactéries intestinales : plusieurs espèces de bactéries présentes chez les personnes en bonne santé apparaissent à des niveaux plus élevés après un jeûne. Ainsi, sauter le petit-déjeuner de temps en temps pourrait être un jeûne suffisant pour bénéficier à votre microbiome.

Le Ramadan est synonyme de solidarité et de partage

Le jeûne du Ramadan, du lever au coucher du soleil pendant tout le mois, est un acte de discipline personnelle visant à aider les fidèles à se rapprocher de Dieu en se concentrant sur la vie intérieure. De nombreux musulmans, à l’instar des chrétiens qui jeûnent pendant le Carême, estiment également que cette pratique les aide à grandir en solidarité avec les autres. xviii

Dans un récit de 2015 publié sur le blog Unbound, Fatuma, la mère de l’ancien jeune parrainé Fosia au Kenya, a raconté comment le ramadan l’a aidée à grandir en compassion pour ses voisins, dont beaucoup ne partagent pas sa foi musulmane : xix

“Pendant le jeûne du Ramadan, nous nous sentons particulièrement liés aux nombreux habitants de notre quartier qui n’ont pas de quoi manger à cause de la pauvreté”, a-t-elle déclaré. Lorsque nous rompons notre jeûne le soir, nous veillons à partager notre nourriture avec nos voisins. Lorsque nous recevons de la nourriture de Unbound et que l’un de nos voisins n’a rien, nous partageons volontiers avec lui.”

Soulignant qu’il s’agit d’une période de compassion et d’empathie, le Secrétaire général António Guterres a déclaré le vendredi 1er avril 2022 que le mois sacré du Ramadan est un : xx

moment de réflexion et d’apprentissage, une occasion de se rassembler et de s’élever mutuellement“.

Dans son message vidéo marquant le mois sacré, le chef de l’ONU a déclaré qu’il avait personnellement renoué avec le jeûne de solidarité, une pratique qu’il avait entamée en tant que Haut-Commissaire aux réfugiés, titre qu’il a occupé de 2005 à 2015.

“Chaque Ramadan, j’avais l’honneur de visiter des pays musulmans, de jeûner en solidarité et de rompre le pain avec les gens. Malheureusement, la pandémie de COVID-19 a rendu cela impossible, mais je suis heureux de reprendre cette tradition cette année”, a déclaré M. Guterres.

Citant le Saint Coran, le chef de l’ONU a déclaré que Dieu a créé les nations et les tribus “afin que nous puissions nous connaître” et a appelé les gens à

“travailler main dans la main pour la sécurité, la dignité et la prospérité de toutes les femmes et de tous les hommes”.

Ajoutant qu’en ces temps de tragédie et de souffrance, ses pensées et son cœur “sont avec tous ceux qui sont confrontés à des conflits, à des déplacements et à la peur“, il a conclu que nous devons apprendre les uns des autres et “construire ensemble un monde pacifique“.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed Chtatou sur Twitter : @Ayurinu

 

Notes de fin de texte :

i Sunan Al-Nasa’i, Kitab Us-Siyam, Hadith 2179.

ii Al-Targhib wat-Tarhib, Kitab-Us-Sawm, At-Targhib Fi Siyyam Ramadan.

v Rapporté par at-Tirmidhî.

vi Rapporté par l’Imam Ahmad.

vii Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.

viii Rapporté par l’Imam Ahmad.

ix Rapporté par Ibn Mâja.

x Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.

xi Hadith Qudsî rapporté par Muslim.

xii Rapporté par at-Tirmidhi.

xiii Rapporté par al-Bukhârî (1/5 ; 3/33 ; 4/137).

xiv Musnad Al-Imam Al-Rabi’ibn Habib, Kitab-Us-Sawm, Bab Fi Fadl Ramadan.

xvi Hwalla, Nahla et al. “Dietary Management of Type 2 Diabetes in the MENA Region: A Review of the Evidence.” Nutrients vol. 13,4 1060. 24 Mar. 2021, doi : 10.3390/nu13041060

Résumé : La tendance alarmante à la hausse du diabète de type 2 constitue un défi majeur pour la santé publique mondiale, en particulier dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) où la prévalence est parmi les plus élevées au monde et devrait augmenter de 96% d’ici 2045. L’essor économique de la région MENA au cours des dernières décennies a entraîné des changements exceptionnellement rapides dans les habitudes alimentaires, caractérisés par une divergence du régime méditerranéen traditionnel vers un modèle alimentaire malsain plus occidental, qui serait à l’origine de l’augmentation spectaculaire de l’obésité et des maladies non transmissibles. Les efforts de recherche ont permis de mieux comprendre les différentes voies par lesquelles l’alimentation et l’obésité peuvent affecter les résultats cliniques du diabète, soulignant le rôle crucial des interventions diététiques et de la perte de poids dans la prévention et la gestion du diabète. L’objectif de cette revue est d’explorer les voies mécanistiques reliant l’obésité au diabète et de résumer les données les plus récentes sur l’association entre l’apport de différents macronutriments et groupes d’aliments et le risque de diabète de type 2. Nous résumons également les données les plus récentes sur l’efficacité de différentes manipulations des macronutriments dans la prévention et la gestion du diabète, tout en soulignant les mécanismes d’action sous-jacents possibles et les dernières recommandations fondées sur des preuves. Nous discutons enfin de la nécessité d’intégrer de manière adéquate les services diététiques dans les soins du diabète spécifiques à la région MENA et concluons par des recommandations pour améliorer les soins diététiques du diabète dans la région.

xvii Lerayer, Pierre-Yves.’’Jeûne : entre promesses et efficacité, quels effets sur la santé ?’’, Science &Vie, 22 mars 2022. https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/entre-promesses-et-efficacite-quels-sont-les-effet-du-jeune-sur-la-sante-62669

xviii Chtatou, Mohamed. ‘’Ramadan is Synonymous of Devotion, Solidarity and Sharing”, Eurasia Review,

25 avril, 2020. https://www.eurasiareview.com/25042020-ramadan-is-synonymous-of-devotion-solidarity-and-sharing-analysis/#:~:text=The%20principle%20of%20fasting%20is,of%20destitution%20and%20misery%20%5Bcf.

‘’The principle of fasting is linked to that of self-control. It is the affirmation of man’s will and freedom in relation to himself and his immediate desire to satisfy his basic needs. It is also the bond of solidarity with the hungry, who must be helped to escape from their situation of destitution and misery [cf. almsgiving, one of the pillars of Islam].’’

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