Que veut dire bakchich ?
Bakchich désigne une somme d'argent donnée de la main à la main. Le mot a deux sens. Le premier, neutre, est celui de pourboire : la petite somme laissée au porteur ou au guide. Le second, le plus courant aujourd'hui en français, est celui de pot-de-vin : l'argent versé à un fonctionnaire ou à un intermédiaire pour obtenir un passe-droit (« le douanier lui a demandé un bakchich »).
Le mot est familier et souvent ironique. Il est entré dans la langue du journalisme : à la fin des années 2000, le titre d'information satirique Bakchich, dirigé par Nicolas Beau, en a fait son nom ; Oumma a cité plusieurs de ses enquêtes.
D'où vient le mot bakchich ?
Bakchich vient du persan bakhshish (بخشش), « don, présent, largesse », formé sur le verbe bakhshîdan, « donner », qui veut aussi dire « pardonner ». Ce n'est donc pas un mot arabe d'origine, contrairement à toubib ou à flouze.
Le mot a voyagé avec l'Empire ottoman. Le turc l'a adopté (aujourd'hui bahşiş, « pourboire »), puis l'arabe d'Égypte, sous la forme baqshîsh (بقشيش). Au XIXe siècle, les voyageurs européens en Égypte et au Levant l'entendaient à chaque étape, réclamé par les guides, les porteurs ou les enfants, et l'ont rapporté dans leurs récits. Le français l'a adopté sous la forme bakchich ; l'anglais écrit baksheesh.
Dans l'Égypte d'aujourd'hui, le baqshîsh reste avant tout le pourboire, attendu dans bien des services. En français, c'est au contraire le sens de pot-de-vin qui domine.
Bakchich et corruption : que dit l'islam ?
En arabe, le pot-de-vin se dit rashwa (رشوة). Le Coran interdit de s'en servir pour acheter une décision de justice : « ne vous en servez pas pour corrompre des juges » (sourate 2, verset 188). Un hadith rapporté par Abû Dâwûd et Tirmidhî dit que le Prophète a maudit celui qui corrompt et celui qui se laisse corrompre. Les juristes distinguent cependant le pot-de-vin, illicite, du cadeau ou du pourboire donné librement pour un service rendu, qui relève de la générosité, proche de la sadaqa quand il va à un démuni. Sur la frontière entre le licite et l'illicite, voir halal et haram.
