Baraka

بركة

Prononciation : baraka · Autres graphies : barakah, bénédiction

Définition

Baraka : Bénédiction divine, c'est-à-dire un surcroît de bien accordé par Dieu à un temps, un lieu, une personne ou un bien. Le mot est passé dans l'usage courant en français pour désigner la chance.

Que signifie baraka ?

Baraka (بركة) vient de la racine arabe b-r-k. Son sens premier est concret : le verbe baraka se dit du chameau qui s'agenouille et se pose solidement au sol, et une birka est un bassin où l'eau s'accumule et demeure. De là viennent les deux idées que réunit le mot : la stabilité et l'abondance. La baraka est un bien qui dure et qui croît.

En islam, la baraka est une bénédiction qui vient de Dieu. Elle ne se mesure pas : un repas modeste qui suffit à beaucoup, un temps court où l'on accomplit beaucoup, un bien qui profite au-delà de sa valeur. Les savants la définissent comme la présence d'un bien divin dans une chose, et sa permanence.

La même racine donne mubârak, « béni », que l'on retrouve dans Ramadan moubarak et Aïd moubarak, et la formule barakallahoufik, « que Dieu te bénisse ». Le verbe tabâraka, « béni soit », ne s'emploie que pour Dieu. On écrit baraka, barakah ou baraka'.

Que dit le Coran sur la baraka ?

Le Coran emploie souvent la racine b-r-k. Plusieurs sourates s'ouvrent par tabâraka, comme la sourate 67 : « Béni soit celui dans la main de qui est la royauté » (sourate 67, verset 1). La bénédiction appartient d'abord à Dieu, qui l'accorde à ce qu'Il veut.

Le Coran lui-même est « béni » : « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets » (sourate 38, verset 29). Il a été descendu « en une nuit bénie » (sourate 44, verset 3), la nuit du Destin. Sont aussi bénis des lieux, comme La Mecque, « Bakka (la Mecque) bénie » (sourate 3, verset 96), et l'alentour de la mosquée al-Aqsâ (sourate 17, verset 1) ; des éléments, comme l'eau : « Et Nous avons fait descendre du ciel une eau bénie » (sourate 50, verset 9) ; et des personnes, comme Jésus, qui dit : « Où que je sois, Il m’a rendu béni » (sourate 19, verset 31).

Le Coran lie enfin la baraka à la conduite des hommes : « Si les habitants des cités avaient cru et avaient été pieux, Nous leur aurions certainement accordé des bénédictions du ciel et de la terre » (sourate 7, verset 96).

La baraka dans la tradition prophétique

Les hadiths situent la baraka dans des gestes simples. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète recommandait de prendre le repas d'avant l'aube pendant le jeûne, le suhur, « car il y a dans le sahûr une bénédiction ». D'autres traditions associent la baraka au repas partagé, au fait de commencer par bismillah, au commerce honnête, ou à l'eau de Zamzam.

Les recueils rapportent aussi que les compagnons recherchaient la bénédiction attachée à la personne du Prophète, en recueillant par exemple l'eau de ses ablutions. Cette recherche de la baraka s'appelle tabarruk. Elle fait débat dès qu'elle porte sur d'autres personnes ou sur des tombeaux : la plupart des écoles l'admettent avec des limites, tandis que le courant salafiste la rejette au nom du tawhîd, l'unicité de Dieu, par crainte qu'elle ne glisse vers l'association, le chirk.

La baraka des saints au Maghreb

Au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, la baraka est souvent attachée à des personnes et à des lieux : le saint, le marabout, le cheikh d'une confrérie, les descendants du Prophète, ou le tombeau d'un saint visité lors d'une fête annuelle. On dit qu'elle se transmet de maître à disciple et de père en fils, et qu'elle protège ou guérit. Les confréries soufies l'associent à la chaîne de transmission spirituelle qui relie le maître au Prophète.

Cette croyance a été critiquée par les réformistes musulmans, qui y voyaient une exploitation de la crédulité. L'article d'Oumma Réminiscence de Souk reproduit un texte de Malek Bennabi, « Le souk de la baraka », qui raconte un faux guérisseur de la région de Miliana, en Algérie, payé à la main et visité chaque jour par des dizaines de cars. Le récit s'appuie sur le regard d'un « vieux militant islahiste », fidèle à l'esprit de Ben Badis, figure du réformisme algérien.

Avoir la baraka : le mot en français

Le mot est passé en français au contact de l'Afrique du Nord, à l'époque coloniale. Il y a pris un sens profane : avoir la baraka, c'est avoir de la chance, être protégé du mauvais sort. On dit d'un joueur qui marque à la dernière minute qu'il « a la baraka », et Oumma a titré sur un homme politique passé « de la bronca à la baraka ». Ce sens efface la dimension religieuse : la chance tient du hasard, la baraka, pour le croyant, vient de Dieu.

Un autre malentendu vient des recherches en ligne. Beaucoup tapent « sourate al baraka » en pensant à une sourate de la bénédiction. Il s'agit en réalité de la sourate al-Baqara, « la Vache », la plus longue du Coran, dont le nom s'écrit avec un q (بقرة). La confusion s'explique par la ressemblance des deux mots et par la réputation de cette sourate, que l'on récite volontiers pour la protection de la maison. Les deux mots n'ont rien en commun.

Exemple d'emploi

Il a de la baraka, tout lui réussit.

Dans le Coran

  • Coran

    « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent! »

    Sourate 38, verset 29 →
  • Coran

    « Si les habitants des cités avaient cru et avaient été pieux, Nous leur aurions certainement accordé des bénédictions du ciel et de la terre. Mais ils ont démenti et Nous les avons donc saisis, pour ce qu’ils avaient acquis. »

    Sourate 7, verset 96 →
  • Coran

    « Et Nous avons fait descendre du ciel une eau bénie, avec laquelle Nous avons fait pousser des jardins et le grain qu’on moissonne, »

    Sourate 50, verset 9 →
  • Coran

    « La première Maison qui ait été édifiée pour les gens, c’est bien celle de Bakka (la Mecque) bénie et une bonne direction pour l’univers. »

    Sourate 3, verset 96 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Le soufisme

Questions fréquentes

Que veut dire baraka en islam ?+

En islam, la baraka est la bénédiction divine : un bien que Dieu dépose dans une personne, un lieu, un moment ou une chose, et qui les fait croître et durer au-delà de ce qu'on attendrait. Le mot vient de la racine b-r-k, qui évoque la stabilité et l'abondance. Pour le croyant, la baraka ne s'obtient que de Dieu.

Que veut dire « avoir la baraka » ?+

En français familier, avoir la baraka signifie avoir de la chance, réussir là où l'on aurait pu échouer, ou échapper à un danger. L'expression vient de l'arabe baraka, la bénédiction, entrée en français au contact du Maghreb à l'époque coloniale. Le sens religieux, une grâce venue de Dieu, s'est effacé dans cet usage.

Existe-t-il une sourate al-Baraka ?+

Non. La sourate souvent appelée « al baraka » est la sourate al-Baqara, « la Vache », deuxième et plus longue sourate du Coran. Son nom s'écrit avec un q (بقرة) et n'a aucun rapport avec la bénédiction. Elle doit son titre à l'épisode de la vache que Moïse demanda aux fils d'Israël de sacrifier.

Que répondre à barakallahou fik ?+

Barakallahou fik signifie « que Dieu te bénisse ». On répond wa fik, « et toi aussi », ou wa fik baraka, « et sur toi la bénédiction » ; à une femme, wa fiki. Le détail de la formule et de ses variantes se trouve à l'entrée barakallahoufik.

Comment avoir la baraka selon l'islam ?+

La tradition relie la baraka à la piété et à des gestes simples : commencer par bismillah, prendre le repas d'avant l'aube pendant le jeûne, partager ses repas, commercer honnêtement, entretenir les liens familiaux. Le Coran promet les bénédictions du ciel et de la terre à ceux qui croient et craignent Dieu (sourate 7, verset 96).

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