Que signifie iman ?
Îmân (إيمان, on écrit aussi iman, imân ou imane) se traduit par « foi ». Le mot vient de la racine ʾ-m-n, qui exprime la sécurité, la tranquillité et la confiance : amn est la sécurité, amâna le dépôt confié, amîn l'homme digne de confiance, surnom donné à Muhammad avant la révélation. Le mot amîn, que l'on dit après la Fâtiha, appartient à la même famille.
Avoir l'îmân, c'est donc à la fois tenir pour vrai ce qui a été annoncé et se mettre en sécurité en s'y fiant. Le croyant est appelé mu'min. Le Coran donne aussi ce nom à Dieu : parmi les noms du verset 23 de la sourate 59, al-Mu'min est traduit par Hamidullah « Le Rassurant », Celui qui donne la sécurité.
En français, « foi » rend bien le mot, à condition de ne pas l'opposer à la raison. Hakim Fedaoui rappelle dans La foi ou le siège de la « connaissance-éthique » que les théologiens définissent d'abord la foi comme un assentiment, tasdîq, qui engage l'intelligence du cœur.
En quoi croit le musulman ?
Le contenu de la foi est fixé par le hadith de Gabriel, rapporté par Muslim d'après Omar ibn al-Khattâb. Interrogé par l'ange sur l'îmân, le Prophète répond : croire en Dieu, en Ses anges, en Ses livres, en Ses messagers, au Jour dernier et au destin, dans ce qu'il a de bon et de mauvais. Ce sont les six piliers de la foi, détaillés sur la page piliers de la foi et dans l'article d'Oumma Les 6 piliers de la foi de l'islam.
Le Coran en donne déjà la liste. Il fait dire aux croyants qu'ils ont cru « en Allah, en Ses anges, à Ses livres et en Ses messagers » (sourate 2, verset 285) et met en garde : « Quiconque ne croit pas en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers et au Jour dernier, s’égare, loin dans l’égarement » (sourate 4, verset 136). Le destin (qadar) n'y figure pas en toutes lettres ; il est ajouté par le hadith.
La foi porte d'abord sur l'invisible, le ghayb : dès ses premiers versets, la sourate de la Vache décrit les pieux comme ceux « qui croient à l’invisible » (sourate 2, verset 3).
Quelle différence entre iman et islam ?
Le Coran distingue les deux mots dans un passage célèbre : « Les Bédouins ont dit: «Nous avons la foi». Dis: «Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt: Nous nous sommes simplement soumis, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs » (sourate 49, verset 14). L'islam y désigne l'adhésion extérieure, l'îmân la conviction intérieure.
Le hadith de Gabriel reprend cette distinction et y ajoute un troisième degré, l'ihsân : l'islam correspond aux actes (les cinq piliers), l'îmân aux six articles de foi, l'ihsân à la présence à Dieu. Les savants en tirent une règle souvent citée : quand les deux mots sont employés ensemble, ils ont chacun leur sens ; quand l'un est employé seul, il englobe l'autre. Tout mu'min est donc muslim, mais tout muslim n'a pas atteint la plénitude de l'îmân.
La foi augmente-t-elle et diminue-t-elle ?
Plusieurs versets parlent d'une foi qui grandit : les versets de Dieu font « augmenter leur foi » (sourate 8, verset 2), et Dieu fait descendre la quiétude dans les cœurs des croyants « afin qu’ils ajoutent une foi à leur foi » (sourate 48, verset 4). Abraham lui-même, à qui Dieu demande s'il ne croit pas, répond qu'il croit, « mais que mon cœur soit rassuré » (sourate 2, verset 260).
La définition exacte de la foi a pourtant divisé les théologiens. Pour Mâlik, Chafi'i, Ahmad ibn Hanbal et les gens du hadith, la foi est parole, conviction et action : elle augmente par l'obéissance et diminue par la désobéissance. Pour Abou Hanîfa et les maturidites, elle est l'assentiment du cœur et l'aveu de la langue ; les actes en sont les fruits et non une partie, si bien que la foi elle-même ne varie pas, seule sa force ou sa lumière change. Les ach'arites la définissent surtout par l'assentiment du cœur.
Le débat avait un enjeu concret : le statut du musulman qui commet un grand péché. Les kharidjites le jugeaient sorti de la foi, les mu'tazilites le plaçaient dans une « position intermédiaire », et les murji'ites tenaient les actes pour indifférents. Les sunnites, toutes écoles confondues, considèrent qu'il reste croyant, d'une foi imparfaite.
La foi dans les hadiths
Plusieurs paroles du Prophète décrivent la foi par ses effets. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim d'après Abou Hourayra, la foi compte soixante et quelques ou soixante-dix et quelques branches : la plus haute est de dire « il n'y a de dieu que Dieu », la plus modeste d'écarter du chemin ce qui gêne les passants, et la pudeur en est une branche. Ahmed Elouazzani, dans La pratique de la foi, constat et méthode, y voit la définition la plus pratique de l'îmân.
Un autre hadith, rapporté par Boukhari et Muslim d'après Anas, dit qu'aucun ne croit vraiment tant qu'il n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même. Un troisième parle de la « douceur de la foi », goûtée par celui qui aime Dieu et Son messager plus que tout, aime les gens pour Dieu et a horreur de retourner à la mécréance.
L'îmân aujourd'hui
Dans le français des jeunes musulmans, on entend souvent « avoir l'iman », « mon iman est bas » ou « augmenter son iman » : l'usage reprend directement l'idée sunnite d'une foi qui fluctue et que l'on entretient par la prière, le Coran et le dhikr. Iman, ou Imane, est aussi un prénom féminin courant au Maghreb et en France.
Le Dr Mohamed Chtatou a consacré à la notion deux longues études publiées par Oumma, L'importance de l'îmân en islam et La foi musulmane : entre croyance, spiritualité et éthique. Il y reprend la définition classique : croire avec le cœur, confesser avec la langue, démontrer par les actes. L'article Qu'appelle-t-on être musulman ? situe la foi entre l'islam et l'ihsân, en rapportant en entier le hadith de Gabriel.






