Que signifie mourid ?
Mourid est la transcription française de l'arabe murîd (مريد, on trouve aussi murid ou mûrîd). C'est le participe actif du verbe arâda, « vouloir », de la racine r-w-d. Le mourid est donc littéralement « celui qui veut », « l'aspirant ». Le nom verbal correspondant, irâda, la volonté ou l'aspiration, désigne chez les soufis le premier pas sur la voie : se tourner vers Dieu avec un désir qui ne se contente plus du reste.
Les maîtres opposent parfois le murîd, celui qui veut Dieu, au murâd, « celui qui est voulu », que Dieu attire à Lui sans effort préalable. Al-Qushayrî consacre un chapitre de sa Risâla, manuel de soufisme du XIe siècle, à l'irâda et au murîd.
Mourid dans le Coran : le mot et son faux ami
Le vocabulaire soufi s'appuie sur des versets qui emploient le même verbe. Le Coran demande au Prophète de rester avec « ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face » (sourate 18, verset 28), et de ne pas repousser ceux qui L'implorent « cherchant sa Face » (sourate 6, verset 52). En arabe, « désirant » traduit yurîdûna, de la racine de murîd.
Un faux ami guette le lecteur du Coran : le mot marîd (مريد également sans voyelles), de la racine m-r-d, veut dire « rebelle ». Hamidullah le traduit par « diable rebelle » aux versets 117 de la sourate 4 et 3 de la sourate 22. Il n'a aucun rapport avec le disciple.
Le mourid et son cheikh
Dans le soufisme, le mourid est le disciple d'une tariqa, une voie initiatique. Il entre dans la voie par un pacte d'allégeance (bay'a) avec un maître, le cheikh ou murshid, « celui qui guide ». Il reçoit de lui un wird, une litanie à réciter chaque jour, et des pratiques adaptées : dhikr, prières surérogatoires, parfois retraite.
L'étude publiée par Oumma sur la direction spirituelle en islam explique cette nécessité d'un guide : le novice n'a pas le discernement pour déjouer les illusions de son ego, d'où l'adage soufi « qui n'a pas de maître a Satan pour maître ». Le maître est présenté comme un père spirituel qui prend en charge l'éducation (tarbiya) du disciple. Dans son commentaire des aphorismes d'Abû Madyan, le cheikh al-'Alawî décrit le véritable maître comme celui qui forme le disciple « par sa façon d'être » et l'éduque « par son simple silence ».
La conduite du mourid est réglée par l'adab, la bienséance envers le maître, les condisciples et toutes les créatures. On appelle aussi le disciple faqîr (« pauvre », d'où le mot fakir) ou sâlik (« cheminant ») ; le mot persan derviche a le même sens. La page soufisme présente les grandes confréries et les débats qu'elles suscitent, notamment sur l'obéissance due au maître.
Les Mourides du Sénégal
Au Sénégal, « mouride » désigne d'abord les membres de la Mouridiyya, confrérie soufie fondée à la fin du XIXe siècle par Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927). Le nom reprend le sens soufi : les fidèles se veulent les disciples, les aspirants, de leur cheikh. Exilé par l'administration coloniale française au Gabon puis en Mauritanie, Ahmadou Bamba est devenu une figure de la résistance non violente. Son départ en exil, en 1895, est commémoré chaque année par le Grand Magal de Touba, l'un des plus grands rassemblements religieux d'Afrique de l'Ouest.
La confrérie est dirigée par un khalife général, descendant du fondateur, depuis la ville sainte de Touba. Elle met l'accent sur le travail comme forme d'adoration et sur la soumission au cheikh ; sa branche des Baye Fall, issue de Cheikh Ibrahima Fall, en est la forme la plus visible. Les chiffres officiels cités par Oumma dans un article sur le Sénégal attribuent aux Mourides 31 % de la population, derrière les Tidianes (49 %). La diaspora mouride est très présente en France, en Italie et aux États-Unis.


