Tarîqa

طريقة

Prononciation : ṭarīqa · Autres graphies : tariqa, tariqah, confrérie, voie soufie

Définition

Tarîqa : La « voie » spirituelle, c'est-à-dire une confrérie soufie qui se rattache à un maître fondateur par une chaîne initiatique. Parmi les plus répandues : la Qâdiriyya, la Tijâniyya, la Châdhiliyya et la Naqchbandiyya.

Que signifie tarîqa ?

Tarîqa (طريقة), que l'on écrit aussi tariqa, tariqah ou tarika, vient de la racine t-r-q, qui a donné tarîq, le chemin, la route. La tarîqa est la manière de cheminer, la méthode. Le Coran emploie le mot dans ce sens général : Hamidullah le rend par « bonne direction » au verset 16 de la sourate 72, et par « doctrine idéale » ou « conduite exemplaire » dans la sourate 20, verset 63 et au verset 104.

Dans le soufisme, le mot a pris deux sens liés. Il désigne d'abord la voie spirituelle elle-même, que les auteurs placent entre la charî'a, la loi que suivent tous les croyants, et la haqîqa, la réalité à laquelle le chemin doit mener. À partir des XIIe et XIIIe siècles, il désigne aussi une confrérie : un groupe organisé qui transmet une méthode particulière, sous l'autorité d'un maître.

Le pluriel est turuq. On dit « une tarîqa » ou « une voie », et l'on rencontre en français « confrérie » ou « ordre soufi », traductions commodes mais imparfaites.

Comment fonctionne une tarîqa ?

Une tarîqa se reconnaît à quelques éléments communs. Le premier est la silsila, la chaîne de transmission : chaque maître a reçu l'autorisation de son propre maître, et la chaîne remonte jusqu'au Prophète, le plus souvent par Ali ou par Abou Bakr.

Le deuxième est le cheikh (cheikh), le guide vivant. Le disciple, appelé mourid, lui fait un pacte (bay'a ou 'ahd) par lequel il s'engage à suivre son enseignement. Le cheikh peut nommer des représentants, appelés muqaddam, qui initient en son nom.

Le troisième est le wird, la litanie quotidienne propre à chaque voie : formules de dhikr, demandes de pardon, prières sur le Prophète. Bakary Sambe, dans La confrérie Tijâniyya : de l'Aghouat algérien aux plaines du Sénégal, décrit ainsi les trois piliers tijânî : le lâzim, récité matin et soir, la wazîfa, souvent chantée en cercle, et la séance collective du vendredi entre la prière de l''asr et celle du maghrib. Les membres se retrouvent dans une zâwiya, appelée tekke en Turquie ou khanqah en Orient.

Quelles sont les principales tarîqas ?

La Qâdiriyya se rattache à 'Abd al-Qâdir al-Jîlânî, maître de Bagdad mort en 1166 ; c'est l'une des plus anciennes et des plus répandues. La Shâdhiliyya remonte à Abû l-Hasan ash-Shâdhilî, né au Maroc et installé à Alexandrie en 1244, mort en 1258. L'article d'Oumma La Shâdhiliyya, une voie soufie dans le monde retrace sa diffusion, de l'Égypte au Maghreb puis à l'Europe, par des branches comme la Darqâwiyya et la 'Alâwiyya, fondée vers 1915 par le cheikh algérien Ahmad al-'Alâwî.

La Naqshbandiyya, née en Asie centrale, porte le nom de Bahâ' ad-Dîn Naqshband, mort à Boukhara en 1389 ; elle privilégie le dhikr silencieux. La Tijâniyya, fondée à la fin du XVIIIe siècle par Ahmad at-Tijânî, originaire d'Aïn Madhi en Algérie et enterré à Fès, s'est surtout implantée en Afrique de l'Ouest. Selon Bakary Sambe, elle rassemble environ la moitié de la population du Sénégal, plus que la Mouridiyya, la voie sénégalaise fondée par Ahmadou Bamba. On cite encore la Rifâ'iyya, la Chishtiyya en Asie du Sud ou la Mevleviyya, celle des derviches tourneurs.

Pour l'histoire du soufisme en France et le paysage confrérique actuel, voir la page sur le soufisme.

Tarîqa, confrérie, Confrérie : les confusions fréquentes

Le mot français « confrérie » prête à confusion. Dans la presse, « la Confrérie » désigne souvent les Frères musulmans (al-Ikhwân al-muslimûn), fondés en Égypte en 1928 par Hassan al-Banna. Ce mouvement politique et religieux n'est pas une tarîqa : il n'a ni chaîne initiatique ni wird au sens soufi.

Une tarîqa n'est pas non plus une école juridique (madhhab) : ses membres suivent le droit de leur région, souvent malikite au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, hanafite en Turquie. Elle n'est pas davantage une secte séparée : les maîtres insistent sur le respect de la loi commune, et l'article sur la Shâdhiliyya rappelle que son fondateur exigeait l'adhésion à la Sunna avant tout cheminement.

Les confréries font enfin l'objet de critiques, notamment salafistes, sur le culte des saints, les visites de tombes ou le rôle du maître. Le débat est présenté sur la page soufisme.

Dans le Coran

  • Coran

    « Et s’ils se maintenaient dans la bonne direction, Nous les aurions abreuvés, certes d’une eau abondante, »

    Sourate 72, verset 16 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Le soufisme

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une tariqa soufie ?+

Une tarîqa est une voie spirituelle soufie organisée autour d'un maître, le cheikh. Elle transmet une méthode (litanies, dhikr, règles de vie) par une chaîne de maîtres qui remonte au Prophète. Le disciple s'y engage par un pacte et récite chaque jour le wird propre à la voie. En français, on parle de confrérie ou d'ordre soufi.

Quelles sont les tariqas les plus connues ?+

Les plus répandues sont la Qâdiriyya, fondée sur l'enseignement de 'Abd al-Qâdir al-Jîlânî, la Shâdhiliyya, née au Maghreb et développée en Égypte, la Naqshbandiyya, venue d'Asie centrale, et la Tijâniyya, très présente en Afrique de l'Ouest. On cite aussi la Mouridiyya au Sénégal, la Mevleviyya en Turquie et la 'Alâwiyya, branche shâdhilie.

Quelle différence entre tariqa et charia ?+

La charia désigne la loi religieuse que suivent tous les musulmans. La tarîqa est la voie spirituelle qu'un croyant choisit de suivre en plus, sous la direction d'un maître. Les soufis présentent la tarîqa comme un approfondissement de la loi, non comme un substitut : la plupart des maîtres exigent de leurs disciples le respect des obligations communes.

Les Frères musulmans sont-ils une confrérie soufie ?+

Non. Les Frères musulmans, parfois appelés « la Confrérie » dans la presse, forment un mouvement politique et religieux fondé en Égypte en 1928 par Hassan al-Banna. Ils n'ont ni chaîne initiatique, ni maître spirituel au sens soufi, ni wird. Le mot « confrérie » traduit dans les deux cas des réalités très différentes.

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