Que signifie i'tikâf ?
I'tikâf (اعتكاف, on écrit aussi itikaf, i'tikaf ou i'tikâf) se traduit par « retraite spirituelle ». Le mot vient de la racine ʿ-k-f, qui signifie « s'attacher à une chose et y demeurer avec assiduité ». Celui qui fait retraite est appelé mu'takif ou 'âkif.
Le Coran emploie cette racine dans les deux sens, bon et mauvais. Elle désigne les fidèles qui font retraite dans la Maison sacrée de La Mecque (sourate 2, verset 125), mais aussi un peuple « attaché à ses idoles » (sourate 7, verset 138) et les statues auxquelles s'attachait le peuple d'Abraham (sourate 21, verset 52). L'i'tikâf religieux consiste donc à s'attacher à Dieu, dans Sa maison, en se détachant pour un temps du reste.
En droit musulman, l'i'tikâf est défini comme le fait de demeurer dans une mosquée avec l'intention d'adorer Dieu. Le retraitant prie, lit le Coran, pratique le dhikr et les invocations, et limite les conversations et les occupations ordinaires.
L'i'tikâf dans le Coran et la tradition
Le Coran mentionne la retraite à la fin du long verset sur les nuits du jeûne : « Mais ne cohabitez pas avec elles pendant que vous êtes en retraite rituelle dans les mosquées. Voilà les lois d’Allah » (sourate 2, verset 187). Le verset suppose une pratique connue et fixe déjà deux règles : la retraite se fait à la mosquée, et les rapports conjugaux y sont exclus, même la nuit.
La pratique du Prophète est rapportée par plusieurs hadiths. Selon Aïcha, dans un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, il faisait retraite durant les dix derniers jours du Ramadan, jusqu'à sa mort, et ses épouses continuèrent après lui. Selon Abou Hourayra, il fit vingt jours de retraite l'année de sa mort (Boukhari). Une année où il y avait renoncé, il la rattrapa au mois de Chawwâl. Il s'isolait dans une petite tente dressée dans la mosquée de Médine.
Le but principal, selon les savants, est de se rendre disponible pour la Nuit du destin, que le Prophète invitait à chercher dans les nuits impaires de la dernière décade. Oumma a publié un commentaire de ce hadith, Se mettre en retrait durant les 10 derniers jours du mois de Ramadan, extrait des Quarante hadiths authentiques de Ramadân du Dr Al-Ajamî.
Comment faire l'i'tikâf ? Les règles des écoles
L'i'tikâf est recommandé (sunna) pour la majorité, et sunna fortement appuyée pour les dix derniers jours du Ramadan. Il devient obligatoire pour qui en a fait le vœu : Boukhari rapporte que le Prophète demanda à Omar d'accomplir une nuit de retraite qu'il avait promise avant l'islam.
La durée minimale divise les écoles. Pour les chaféites et les hanbalites, un court moment passé à la mosquée avec l'intention suffit ; les hanafites l'admettent aussi pour la retraite surérogatoire. Les malikites demandent au moins un jour et une nuit. Le jeûne est une condition pour les malikites, et pour les hanafites dans la retraite obligatoire ; il ne l'est pas pour les chaféites et les hanbalites. Pour la retraite des dix derniers jours, la plupart entrent à la mosquée avant le coucher du soleil du vingtième jour et en sortent à la fin du mois.
Le lieu est la mosquée. Les hanbalites exigent une mosquée où se tient la prière en commun ; les malikites et les chaféites préfèrent une mosquée où se fait la prière du vendredi si la retraite couvre un vendredi. Les hanafites autorisent la femme à faire retraite dans l'espace de prière de sa maison ; les autres écoles la font à la mosquée, comme les épouses du Prophète.
Qu'est-ce qui annule l'i'tikâf ?
Toutes les écoles retiennent deux causes : les rapports conjugaux, interdits par le verset 187, et la sortie de la mosquée sans nécessité. Les sorties permises sont celles qu'imposent les besoins naturels, le lavage rituel (ghusl), la nourriture quand personne ne peut l'apporter et, selon les écoles, la prière du vendredi. Le Prophète raccompagna un soir son épouse Safiyya, venue lui rendre visite, jusqu'à la porte de la mosquée (Boukhari).
Les savants ajoutent la perte de conscience prolongée et, pour la femme, l'arrivée des règles, qui interrompt la retraite. Celui qui a fait retraite par vœu et l'interrompt doit la reprendre ; la retraite surérogatoire interrompue n'a pas à être rattrapée pour la majorité.
L'i'tikâf aujourd'hui
En France, la pratique reste limitée : peu de mosquées restent ouvertes jour et nuit, et rares sont ceux qui peuvent poser dix jours de congé. Anne-Sophie Monsinay le constate dans Le sens et les modalités du jeûne du mois de Ramadan ; Abd el-Hafid Benchouk parle d'une sunna « souvent oubliée » dans La proximité divine durant le Ramadan. Certaines mosquées organisent toutefois des retraites de quelques nuits, et la plupart des écoles admettent une retraite plus courte que dix jours.
Jamel Khermimoun propose, dans Ramadan : les dix derniers jours, école de l'excellence spirituelle, de vivre au moins l'esprit de la retraite quand on ne peut pas la faire : se détacher des occupations futiles pendant cette période. Juridiquement, cette retraite intérieure n'est pas un i'tikâf.
L'i'tikâf se distingue aussi de la khalwa des soufis, retraite solitaire sous la direction d'un maître, et du tahannuth, la méditation du Prophète dans la grotte de Hirâ' avant la révélation.



