Que signifie ibadisme ?
Ibadisme vient de l'arabe ibâdiyya (الإباضية), du nom d''Abd Allâh ibn Ibâd, un homme de Bassora actif dans les années 680. On dit ibadite ou ibâdî. Les ibadites préfèrent se désigner comme « les gens de la vérité et de la droiture » (ahl al-haqq wa-l-istiqâma) : le nom d'Ibn Ibâd leur a surtout été donné par les autres.
Leur véritable fondateur doctrinal est Jâbir ibn Zayd, savant né à Oman et installé à Bassora, élève du compagnon Ibn 'Abbâs, mort au début du VIIIe siècle. Son successeur, Abû 'Ubayda Muslim ibn Abî Karîma, forme des « porteurs de la science » envoyés vers Oman, le Yémen et le Maghreb.
Attention à un faux ami fréquent dans les recherches : 'ibâdî, avec un 'ayn, signifie « mes serviteurs » dans le Coran, comme dans « O Mes serviteurs qui avaient cru! Ma terre est bien vaste » (sourate 29, verset 56). Ce mot n'a aucun lien avec l'ibadisme.
Les ibadites sont-ils des kharidjites ?
L'ibadisme est né du mouvement kharidjite, apparu en 657 après la bataille de Siffîn. Mais, à Bassora, les futurs ibadites refusèrent de suivre les groupes violents, comme les Azraqites, qui déclaraient mécréants tous les autres musulmans. Amine Ajar rappelle, dans une étude sur l'islam et la politique, qu'ils refusèrent de partir en guerre et restèrent à Bassora.
Pour les ibadites, les autres musulmans sont des gens de la qibla, monothéistes, avec qui l'on peut se marier et commercer. Le musulman qui commet un grand péché sans se repentir n'est pas un polythéiste : il commet un « manquement par ingratitude » (kufr ni'ma), et non un kufr de reniement. C'est pourquoi ils rejettent le nom de kharidjites.
Que croient les ibadites ?
Les ibadites partagent avec les autres musulmans le Coran, les cinq piliers et l'essentiel de la croyance. Ils ont leur propre école de droit et leur propre recueil de hadiths, le Musnad d'al-Rabî' ibn Habîb.
Leur doctrine de l'imamat est la plus connue. L'imam doit être élu par les savants et la communauté pour sa piété et sa compétence, sans condition d'appartenance à la tribu de Quraych ou à la famille du Prophète, et il peut être destitué s'il trahit sa charge. Un participant à une conférence organisée à Oman le résumait ainsi, dans le reportage de Guillaume Weill-Raynal : « Les Ibadites, c'est la méritocratie ». Les ibadites ont aussi élaboré une doctrine des situations où la communauté vit sous un imam déclaré ou, au contraire, dans la discrétion.
En théologie, la plupart de leurs savants tiennent, comme les mu'tazilites, que le Coran est créé et que Dieu ne sera pas vu dans l'au-delà. Dans la prière, ils gardent les bras le long du corps, comme les malikites et les chiites.
Où vivent les ibadites ?
Le sultanat d'Oman est le seul pays où l'ibadisme est la tradition de la famille régnante et d'une grande partie de la population. Il y a fondé, dès le VIIIe siècle, des imamats élus. Au XIXe siècle, la domination omanaise l'a aussi porté jusqu'à Zanzibar, en Afrique de l'Est.
Au Maghreb, l'ibadisme a été diffusé parmi des tribus berbères. L'imamat des Rustamides, à Tahert, en Algérie, a duré de la fin du VIIIe siècle jusqu'en 909. Les communautés actuelles vivent dans la vallée du Mzab, autour de Ghardaïa, en Algérie, à Djerba, en Tunisie, et dans le Djebel Nefoussa, en Libye. Oumma a suivi les tensions qui ont touché les Mozabites, « des Berbères musulmans de rite ibadite », lors des violences de Ghardaïa. Mohamed Talbi rappelle aussi, dans un texte sur la commanderie du bien, que des juristes et des princes sunnites ont autrefois persécuté les ibadites du Djebel Nefoussa. Pour les autres courants, voir la page ibadisme, réformisme et salafisme.





