Imâmat

إمامة

Prononciation : imāma · Autres graphies : imamat, imamah

Définition

Imâmat : Doctrine de la direction de la communauté. Pour les chiites, l'imâmat est un principe de foi : les imams, descendants d'Ali et de Fatima, sont désignés et protégés de l'erreur. Pour les sunnites, il s'agit d'une charge politique, le califat, non d'un article de foi.

Que signifie imâmat ?

Imâmat traduit l'arabe imâma (إمامة), formé sur la racine '-m-m, qui donne aussi amâma, « devant », et umma, la communauté. L'imam est celui qui se tient devant les autres et que l'on suit ; l'imâmat est sa fonction. On écrit aussi imamat ou imama.

Dans le Coran, imâm désigne un modèle ou un guide. Dieu annonce à Abraham qu'il fera de lui un exemple à suivre pour les gens, dans un verset qui précise que cet engagement ne concerne pas les injustes (sourate 2, verset 124). Les croyants demandent : « fais de nous un guide pour les pieux » (sourate 25, verset 74). Hakim Fedaoui le rappelle dans un message aux imams de France : selon l'usage coranique, l'imam est d'abord un « archétype », un modèle.

Le mot a donc deux grands emplois : l'imâmat de la prière et l'imâmat de la communauté, dont sunnites, chiites et ibadites ont des conceptions très différentes.

L'imâmat de la prière

Dans la vie courante, l'imâmat est la direction de la prière collective : l'imam se place devant les fidèles, qui suivent ses gestes. Les juristes l'appellent « petit imâmat ». Ils recommandent de choisir celui qui connaît le mieux le Coran et les règles de la prière. En France, le mot désigne aussi la fonction d'imam d'une mosquée, avec la prédication du vendredi : on parle de la formation ou du statut de l'imâmat.

L'imâmat des femmes fait débat. Les quatre écoles sunnites réservent aux hommes la direction d'une prière mixte, et plusieurs admettent qu'une femme dirige une prière de femmes. En 2005, l'universitaire américaine Amina Wadud a dirigé une prière du vendredi mixte à New York. Yamin Tabarky présente, dans une femme peut-elle mener la prière ?, les arguments de ses partisans, dont le hadith d'Umm Waraqa, une Médinoise que le Prophète aurait chargée de diriger la prière des siens.

L'imâmat chez les sunnites

Pour les sunnites, l'imâmat suprême (al-imâma al-kubrâ) est le califat : la direction politique de la communauté après le Prophète. Les juristes la tiennent pour une obligation collective. Le dirigeant est désigné par la communauté ou ses notables, par l'allégeance (bay'a), et non par Dieu. Le traité le plus connu sur le sujet est Les statuts gouvernementaux d'al-Mâwardî, juriste de Bagdad mort en 1058.

Cette question relève du droit, pas des articles de foi, même si les credo sunnites rappellent la légitimité des quatre premiers califes. Rachid Id Yassine souligne, dans son article sur la légitimité du chiisme, que les premiers califes ne prétendaient à aucune autorité religieuse propre, alors que le chiisme a fait de l'imam un guide spirituel. Voir la page sunnisme.

L'imâmat chez les chiites et les ibadites

Pour les chiites duodécimains, l'imâmat est l'un des cinq principes de la religion, avec l'unicité divine, la justice, la prophétie et la résurrection. L'imam est désigné par Dieu, par la parole du Prophète puis de l'imam précédent (nass), et il est préservé de l'erreur et du péché ('isma). Ils reconnaissent douze imams, de Ali à Muhammad al-Mahdî, qui disparaît en 874 ; après une « petite occultation » durant laquelle il communique par des représentants, la « grande occultation » commence en 941. Ils lisent dans des versets comme sourate 21, verset 73, qui parle de « dirigeants qui guidaient par Notre ordre », une confirmation de cette doctrine. Tout le détail est sur la page chiisme.

Les autres branches chiites ont d'autres lignées : les zaydites reconnaissent comme imam tout descendant de Hasan ou de Husayn qui se lève pour la justice, sans le dire infaillible ; les ismaéliens suivent une lignée vivante, comme celle de l'Aga Khan pour les nizârites.

Les ibadites, enfin, défendent un imam élu pour sa piété et sa compétence, sans condition de lignée, et révocable s'il trahit sa charge.

Dans le Coran

  • Coran

    « [Et rappelle-toi] quand ton Seigneur eut éprouvé Abraham par certains commandements, et qu’il les eut accomplis, le Seigneur lui dit: «Je vais faire de toi un exemple à suivre pour les gens». – «Et parmi ma descendance?» demanda-t-il. – «Mon engagement, dit Allah, ne s’applique pas aux injustes» »

    Sourate 2, verset 124 →
  • Coran

    « Nous les fîmes des dirigeants qui guidaient par Notre ordre. Et Nous leur révélâmes de faire le bien, d’accomplir la prière et d’acquitter la Zakât. Et ils étaient Nos adorateurs. »

    Sourate 21, verset 73 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Le chiisme, Ibadisme et courants contemporains

Questions fréquentes

Quelle est la définition de l'imamat ?+

L'imâmat (imâma) est la fonction de l'imam, celui qui se tient devant les autres et qu'on suit. Le mot désigne la direction de la prière collective et, à un autre niveau, la direction de la communauté musulmane. Pour les sunnites, cette direction est le califat, une charge politique ; pour les chiites, l'imâmat est un principe de foi lié aux descendants de 'Alî.

Quelle est la différence entre imâmat et califat ?+

Pour les sunnites, les deux mots désignent la même charge : la direction de la communauté, confiée par allégeance à un homme qui n'a pas d'autorité religieuse propre. Pour les chiites, l'imâmat est d'une autre nature : l'imam est un guide désigné par Dieu et infaillible, que le pouvoir politique soit entre ses mains ou non. Un calife peut donc ne pas être un imam légitime à leurs yeux.

Qui sont les douze imams des chiites ?+

Ce sont 'Alî, ses fils Hasan et Husayn, puis neuf descendants de Husayn, de père en fils : 'Alî Zayn al-'Âbidîn, Muhammad al-Bâqir, Ja'far al-Sâdiq, Mûsâ al-Kâzim, 'Alî al-Ridâ, Muhammad al-Jawâd, 'Alî al-Hâdî, Hasan al-'Askarî et Muhammad al-Mahdî. Ce dernier est, selon les chiites, en occultation et reviendra à la fin des temps.

Une femme peut-elle exercer l'imamat ?+

Pour la direction de la prière, les quatre écoles sunnites réservent aux hommes la prière mixte, et plusieurs admettent qu'une femme dirige une prière de femmes. Une minorité de penseurs contemporains plaide pour l'imamat féminin, en s'appuyant notamment sur le hadith d'Umm Waraqa. Pour l'imâmat suprême, les juristes classiques exigeaient que le dirigeant soit un homme.

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