Que signifie califat ?
Cette entrée explique le mot. Pour l'histoire des quatre premiers califes, de l'élection d'Abou Bakr à l'assassinat d'Ali, voir la page Les premiers temps de l'islam et les califes ; pour le titre et les pouvoirs du calife, l'entrée calife.
Califat traduit l'arabe khilâfa (خلافة), de la racine kh-l-f, qui exprime l'idée de venir après, de prendre la place de quelqu'un. Le mot signifie donc « succession ». Le Coran n'emploie pas khilâfa, mais des mots de la même racine : Dieu y fait des croyants « les successeurs sur terre » (sourate 6, verset 165), et promet de donner « la succession sur terre » à ceux qui croient et font le bien (sourate 24, verset 55).
En français, le mot a trois sens : la fonction de calife, la durée de son règne (« sous le califat d'Omar ») et, par extension, l'État qu'il gouverne (« le califat de Cordoue »). On écrit aussi khalifat, et l'adjectif est califal.
Les grands califats de l'histoire
Les sunnites appellent les quatre premiers, Abou Bakr, Omar, Othman et Ali, les califes râchidûn, « bien guidés » (632-661). Viennent ensuite les Omeyyades de Damas (661-750), puis les Abbassides de Bagdad (750-1258), dont la dynastie se maintint au Caire sous la protection des Mamelouks jusqu'en 1517. Deux califats rivaux s'y ajoutèrent : celui des Fatimides, chiites ismaéliens, au Caire (909-1171), et celui des Omeyyades de Cordoue, proclamé en 929.
Les sultans ottomans portèrent ensuite le titre, de façon plus ou moins affirmée selon les époques. Roger Naba, dans Pérégrinations du pouvoir califal, souligne que dès le Xe siècle, sous la pression des émirs et des sultans, le pouvoir du calife s'était réduit à un rôle surtout symbolique, et que les Ottomans ne le remirent en avant qu'au XIXe siècle, avec Abdülhamid II. L'âge classique de ces califats est présenté sur la page L'âge d'or de la civilisation musulmane.
Califat, imamat, sultanat : ne pas confondre
Le califat n'est pas une papauté. Le calife n'a pas de pouvoir de définir le dogme ; les questions religieuses relèvent des savants. Moustapha Elhalougi relevait dès 2002, dans La notion de califat dans les manuels scolaires français, que plusieurs manuels présentaient à tort le calife comme un « chef religieux et politique ».
L'imamat chiite est une autre conception : l'autorité revient à des imams de la famille du Prophète, guides infaillibles désignés par Dieu, et non à un chef choisi par la communauté. Le sultanat désigne un pouvoir de fait, militaire et politique, qui s'imposa à côté du calife à partir du XIe siècle. L'émirat est un commandement, provincial ou militaire.
Après l'abolition du 3 mars 1924, le débat a porté sur la nature même du califat. En 1925, le juge égyptien Ali Abderraziq soutint qu'il n'était exigé ni par le Coran ni par la Sunna, thèse rappelée par Nour-Eddine Boukrouh dans Bennabi, Kawakibi et Abderrazik ; le philosophe Souleymane Bachir Diagne estime de même que le Coran ne parle pas du califat comme système de gouvernement. Des mouvements islamistes en ont fait au contraire un objectif politique, jusqu'à la proclamation de l'État islamique en 2014, rejetée par l'immense majorité des savants musulmans.







