Qui était Othman ?
Othman ibn Affan, aussi écrit 'Uthmân, Osman ou Othmân, était un riche marchand de La Mecque, membre du clan des Banû Umayya, l'une des familles puissantes de Quraysh. Converti dans les premières années de la prédication, par l'intermédiaire d'Abou Bakr, il épousa Ruqayya, fille du Prophète et de Khadija, et partit avec elle se réfugier en Abyssinie. Après la mort de Ruqayya, en 624, il épousa sa sœur Umm Kulthûm. La tradition l'a surnommé pour cette raison Dhû al-Nûrayn, « celui aux deux lumières ».
À Médine, il mit sa fortune au service de la communauté : la tradition rapporte qu'il acheta un puits pour en offrir l'eau aux musulmans et qu'il équipa une grande partie de l'armée de Tabûk. En 628, à Hudaybiya, le Prophète l'envoya négocier avec les Mecquois ; la rumeur de sa mort provoqua le serment d'allégeance que mentionne le Coran : « Allah a très certainement agréé les croyants quand ils t'ont prêté le serment d'allégeance sous l'arbre » (sourate 48, verset 18). Les sources le décrivent comme un homme doux et d'une grande pudeur.
Le nom des Ottomans vient de celui d'Osman Ier, fondateur de la dynastie turque à la fin du XIIIe siècle, qui portait le même prénom ; il n'a pas de lien de parenté avec le calife.
Comment Othman a-t-il fait compiler le Coran ?
C'est l'œuvre qui a fait passer son nom à la postérité. Sous Abou Bakr, les feuillets du Coran avaient été réunis une première fois et confiés à Omar, puis à sa fille Hafsa. Vers 650, selon un récit rapporté par Boukhari, le compagnon Hudhayfa ibn al-Yamân, revenu d'une campagne en Arménie, alerta le calife : les soldats de Syrie et d'Irak se disputaient sur la manière de réciter le texte.
Othman confia alors à une commission dirigée par Zayd ibn Thâbit, ancien scribe du Prophète, la copie des feuillets de Hafsa en un mushaf, un exemplaire relié de référence. En cas de désaccord sur la graphie, la consigne était de suivre le parler de Quraysh, dans lequel le Coran avait été révélé. Des copies furent envoyées dans les grandes villes, dont Koufa, Bassora et Damas, et Othman ordonna de brûler les autres copies personnelles, pour que les musulmans n'aient qu'un seul texte. La tradition rapporte que Ali approuva cette décision.
Ce texte, appelé rasm othmanien, ne notait que le squelette des consonnes, sans points ni voyelles ; les différentes lectures reconnues (qirâ'ât) sont celles qui s'y conforment. Sunnites et chiites lisent ce même Coran. Pour son histoire et sa structure, voir la page le Coran.
Le « Coran d'Othman » existe-t-il encore ?
Plusieurs manuscrits anciens sont présentés comme l'un des exemplaires envoyés par Othman, notamment au palais de Topkapi à Istanbul et à Tachkent, en Ouzbékistan. Oumma en a montré des images dans des vidéos, comme un exemplaire du Coran mis par écrit à l'époque du calife Othmân.
Les spécialistes restent prudents. Dans Voyages aux sources du Saint Coran, le Dr Abdallah Thomas Milcent, qui a examiné le manuscrit de Topkapi avant d'interroger pour Oumma le paléographe François Déroche, rappelle que son écriture coufique évoluée le fait dater par les historiens de la fin du VIIIe siècle : il a donc peu de chances d'être l'original. Les manuscrits les plus anciens connus confirment en revanche que le texte était fixé très tôt dans sa forme actuelle. Les musulmans y voient l'accomplissement du verset « c'est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c'est Nous qui en sommes gardien » (sourate 15, verset 9).
Le califat d'Othman et sa mort
À la mort d'Omar, en 644, un conseil de six compagnons désigna Othman comme troisième calife. Son règne de douze ans vit l'expansion se poursuivre vers l'Afrique du Nord et l'Iran, et la création d'une première flotte musulmane en Méditerranée.
La seconde moitié de son règne fut troublée. On lui reprochait d'avoir confié les grands gouvernorats à des membres de son clan omeyyade et d'avoir favorisé ses proches. Des groupes venus d'Égypte, de Koufa et de Bassora assiégèrent sa maison à Médine. Il refusa que ses partisans versent le sang pour le défendre et fut tué en juin 656, selon la tradition alors qu'il lisait le Coran. Il fut enterré au cimetière d'al-Baqî'. Sa mort ouvrit la première fitna, la guerre civile qui opposa Ali à ceux qui réclamaient vengeance, dont Mu'awiya.
Pour les sunnites, Othman est le troisième des califes « bien guidés » ; les chiites jugent sévèrement sa politique, tout en lisant le Coran qu'il a fait établir. Pour le récit de cette période, voir les premiers temps de l'islam et les califes.




