Abou Bakr

أبو بكر الصديق

Prononciation : Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq · Autres graphies : Abû Bakr, Abu Bakr, Abou Bakr as-Siddiq

Définition

Abou Bakr : Compagnon et beau-père du Prophète Muhammad, premier calife de l'islam de 632 à sa mort en 634. Surnommé aṣ-Ṣiddîq (le véridique), il est révéré par les sunnites. Les chiites estiment que la succession revenait à Ali.

Qui était Abou Bakr ?

Abou Bakr (en arabe أبو بكر, Abû Bakr) est né à La Mecque vers 573, environ deux ans et demi après le Prophète, dans le clan des Banû Taym, une branche de Quraysh. Son nom était 'Abd Allâh ibn 'Uthmân, son père étant connu sous le nom d'Abû Quhâfa. « Abou Bakr » est une kunya, un surnom construit sur « père de » : bakr désigne le jeune chameau, et l'origine du surnom est discutée. Marchand d'étoffes aisé, il était réputé avant l'islam pour sa connaissance des généalogies arabes.

Il porte le titre d'as-Siddiq. Selon la tradition, il le reçut quand les Mecquois vinrent se moquer du récit du voyage nocturne du Prophète (isra et mi'raj) : il répondit que s'il l'avait dit, c'était vrai. Il était aussi le père d'Aïcha, qui épousa le Prophète, et d'Asmâ'.

Son nom reste un prénom très porté : Aboubakr ou Boubakeur au Maghreb, Aboubacar en Afrique de l'Ouest, Ebubekir en Turquie. Il ne faut pas le confondre avec Abou Bakr al-Djazaïri, professeur algérien de l'université islamique de Médine mort en 2018.

Le compagnon de la première heure et de l'Hégire

La majorité des historiens le comptent parmi les premiers à avoir cru au message, le premier homme adulte et libre après Khadija, la première croyante, et Ali, alors enfant. Il mit sa fortune au service des premiers musulmans et racheta plusieurs esclaves persécutés pour leur foi, dont Bilal.

En 622, il fut le seul compagnon du Prophète pendant l'Hégire, l'émigration vers Médine. Tous deux se cachèrent trois jours dans la grotte de Thawr. Le Coran évoque la scène sans le nommer : « lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient banni, deuxième de deux » (sourate 9, verset 40). Le compagnon de la grotte est, pour les commentateurs, Abou Bakr ; l'expression thânî ithnayn, « le second de deux », est devenue l'un de ses titres.

Pendant la dernière maladie du Prophète, en 632, c'est lui qui dirigea la prière à la mosquée de Médine. À l'annonce de la mort du Prophète, selon le récit rapporté par Boukhari, il calma la foule en disant que celui qui adorait Muhammad devait savoir que Muhammad était mort, et que celui qui adorait Dieu savait que Dieu est vivant, puis récita le verset 144 de la sourate 3.

Comment Abou Bakr est-il devenu le premier calife ?

Le jour même de la mort du Prophète, les Médinois réunis sous un auvent, la Saqîfa des Banû Sâ'ida, discutaient du choix d'un chef. Abou Bakr s'y rendit avec Omar ; à l'issue du débat, Omar lui prêta allégeance et les présents suivirent. Il prit le titre de khalîfat rasûl Allâh, « successeur de l'Envoyé de Dieu », d'où vient le mot calife. Le récit détaillé de cette succession figure sur la page Les premiers temps de l'islam et les califes.

Son califat dura un peu plus de deux ans. Il fit face aux guerres de la ridda, contre les tribus qui refusaient de verser la zakât à Médine et contre des hommes qui se disaient prophètes, comme Musaylima, vaincu à la bataille de Yamâma. Ses armées, conduites notamment par Khâlid ibn al-Walîd, commencèrent ensuite les campagnes vers l'Irak et la Syrie.

Après Yamâma, où moururent de nombreux récitants du Coran, il chargea Zayd ibn Thâbit, sur le conseil d'Omar, de rassembler le texte révélé en un recueil, selon un récit rapporté par Boukhari. Il mourut à Médine en août 634, à 63 ans selon la tradition, après avoir désigné Omar pour lui succéder. Il repose dans la chambre du Prophète, aux côtés de celui-ci.

Abou Bakr chez les sunnites et les chiites

Pour les sunnites, Abou Bakr est le premier des quatre califes « bien guidés » et le plus éminent des compagnons. Ils s'appuient sur le choix de la communauté, sur le fait que le Prophète lui confia la direction de la prière et sur de nombreux hadiths à son sujet. Dans le soufisme, la confrérie naqshbandiyya fait remonter sa chaîne spirituelle au Prophète par Abou Bakr.

Pour les chiites duodécimains, le Prophète avait désigné Ali comme successeur, notamment à Ghadîr Khumm en 632 ; l'élection de la Saqîfa s'est donc faite sans le titulaire légitime, alors occupé aux funérailles du Prophète. Un autre épisode nourrit cette lecture : Fatima réclama l'héritage de son père, dont la terre de Fadak, et Abou Bakr le lui refusa en citant une parole du Prophète selon laquelle les prophètes ne laissent pas d'héritage. Selon un récit rapporté par Boukhari, elle lui en tint rigueur jusqu'à sa mort, quelques mois plus tard. Les zaydites, branche minoritaire du chiisme, reconnaissent toutefois la légitimité de son califat.

Muhammad Hamidullah, cité par Tayeb Chouiref dans La mystique musulmane d'après l'œuvre de Muhammad Hamidullah, voyait en Abou Bakr le premier successeur du Prophète dans le domaine politique et cultuel, tandis que l'autorité spirituelle se transmettait aussi par Ali et d'autres compagnons. Oumma a également diffusé une chronique de Slimane Rezki qui lui est consacrée.

Dans le Coran

  • Coran

    « Si vous ne lui portez pas secours… Allah l’a déjà secouru, lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient banni, deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon: «Ne t’afflige pas, car Allah est avec nous.» Allah fit alors descendre sur Lui Sa sérénité «Sa sakîna» et le soutint de soldats (Anges) que vous ne voyiez pas, et Il abaissa ainsi la parole des mécréants, tandis que la parole d’Allah eut le dessus. Et Allah est Puissant et Sage. »

    Sourate 9, verset 40 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Le Coran, Le Prophète et les premiers califes

Questions fréquentes

Pourquoi Abou Bakr est-il appelé as-Siddiq ?+

As-Siddiq signifie « le véridique », ou « celui qui confirme toujours la vérité ». Selon la tradition, Abou Bakr reçut ce titre quand il crut sans hésiter au récit du voyage nocturne du Prophète, que les Mecquois tournaient en dérision : il répondit que si le Prophète l'avait dit, c'était vrai. Le titre est resté attaché à son nom.

Quel lien de parenté entre Abou Bakr et le Prophète ?+

Abou Bakr était le beau-père du Prophète : sa fille Aïcha devint l'épouse de Muhammad. Les deux hommes appartenaient à la même tribu, Quraysh, mais à des clans différents, les Banû Taym pour Abou Bakr et les Banû Hâshim pour le Prophète. Omar, son successeur, était lui aussi beau-père du Prophète par sa fille Hafsa.

Combien de temps Abou Bakr a-t-il été calife ?+

Un peu plus de deux ans : de juin 632, à la mort du Prophète, jusqu'à sa propre mort à Médine en août 634. Ce règne court fut marqué par les guerres de la ridda, la première collecte du Coran en un recueil et le début des campagnes vers l'Irak et la Syrie. Il désigna Omar pour lui succéder.

Où est enterré Abou Bakr ?+

Abou Bakr est enterré à Médine, dans l'ancienne chambre d'Aïcha où repose le Prophète, aujourd'hui incluse dans la mosquée du Prophète. Omar y fut inhumé à son tour en 644. Les pèlerins qui saluent le Prophète saluent aussi ses deux compagnons à cet endroit.

Que pensent les chiites d'Abou Bakr ?+

Les chiites duodécimains estiment que le Prophète avait désigné Ali comme successeur et que le choix d'Abou Bakr à la Saqîfa s'est fait à tort. Ils lui reprochent aussi d'avoir refusé à Fatima l'héritage de Fadak. Les zaydites reconnaissent en revanche son califat. Sunnites et chiites lui reconnaissent son rôle de compagnon de l'Hégire.

Publicité

Pour aller plus loin sur Oumma

Voir aussi