Qui était Abou Bakr ?
Abou Bakr (en arabe أبو بكر, Abû Bakr) est né à La Mecque vers 573, environ deux ans et demi après le Prophète, dans le clan des Banû Taym, une branche de Quraysh. Son nom était 'Abd Allâh ibn 'Uthmân, son père étant connu sous le nom d'Abû Quhâfa. « Abou Bakr » est une kunya, un surnom construit sur « père de » : bakr désigne le jeune chameau, et l'origine du surnom est discutée. Marchand d'étoffes aisé, il était réputé avant l'islam pour sa connaissance des généalogies arabes.
Il porte le titre d'as-Siddiq. Selon la tradition, il le reçut quand les Mecquois vinrent se moquer du récit du voyage nocturne du Prophète (isra et mi'raj) : il répondit que s'il l'avait dit, c'était vrai. Il était aussi le père d'Aïcha, qui épousa le Prophète, et d'Asmâ'.
Son nom reste un prénom très porté : Aboubakr ou Boubakeur au Maghreb, Aboubacar en Afrique de l'Ouest, Ebubekir en Turquie. Il ne faut pas le confondre avec Abou Bakr al-Djazaïri, professeur algérien de l'université islamique de Médine mort en 2018.
Le compagnon de la première heure et de l'Hégire
La majorité des historiens le comptent parmi les premiers à avoir cru au message, le premier homme adulte et libre après Khadija, la première croyante, et Ali, alors enfant. Il mit sa fortune au service des premiers musulmans et racheta plusieurs esclaves persécutés pour leur foi, dont Bilal.
En 622, il fut le seul compagnon du Prophète pendant l'Hégire, l'émigration vers Médine. Tous deux se cachèrent trois jours dans la grotte de Thawr. Le Coran évoque la scène sans le nommer : « lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient banni, deuxième de deux » (sourate 9, verset 40). Le compagnon de la grotte est, pour les commentateurs, Abou Bakr ; l'expression thânî ithnayn, « le second de deux », est devenue l'un de ses titres.
Pendant la dernière maladie du Prophète, en 632, c'est lui qui dirigea la prière à la mosquée de Médine. À l'annonce de la mort du Prophète, selon le récit rapporté par Boukhari, il calma la foule en disant que celui qui adorait Muhammad devait savoir que Muhammad était mort, et que celui qui adorait Dieu savait que Dieu est vivant, puis récita le verset 144 de la sourate 3.
Comment Abou Bakr est-il devenu le premier calife ?
Le jour même de la mort du Prophète, les Médinois réunis sous un auvent, la Saqîfa des Banû Sâ'ida, discutaient du choix d'un chef. Abou Bakr s'y rendit avec Omar ; à l'issue du débat, Omar lui prêta allégeance et les présents suivirent. Il prit le titre de khalîfat rasûl Allâh, « successeur de l'Envoyé de Dieu », d'où vient le mot calife. Le récit détaillé de cette succession figure sur la page Les premiers temps de l'islam et les califes.
Son califat dura un peu plus de deux ans. Il fit face aux guerres de la ridda, contre les tribus qui refusaient de verser la zakât à Médine et contre des hommes qui se disaient prophètes, comme Musaylima, vaincu à la bataille de Yamâma. Ses armées, conduites notamment par Khâlid ibn al-Walîd, commencèrent ensuite les campagnes vers l'Irak et la Syrie.
Après Yamâma, où moururent de nombreux récitants du Coran, il chargea Zayd ibn Thâbit, sur le conseil d'Omar, de rassembler le texte révélé en un recueil, selon un récit rapporté par Boukhari. Il mourut à Médine en août 634, à 63 ans selon la tradition, après avoir désigné Omar pour lui succéder. Il repose dans la chambre du Prophète, aux côtés de celui-ci.
Abou Bakr chez les sunnites et les chiites
Pour les sunnites, Abou Bakr est le premier des quatre califes « bien guidés » et le plus éminent des compagnons. Ils s'appuient sur le choix de la communauté, sur le fait que le Prophète lui confia la direction de la prière et sur de nombreux hadiths à son sujet. Dans le soufisme, la confrérie naqshbandiyya fait remonter sa chaîne spirituelle au Prophète par Abou Bakr.
Pour les chiites duodécimains, le Prophète avait désigné Ali comme successeur, notamment à Ghadîr Khumm en 632 ; l'élection de la Saqîfa s'est donc faite sans le titulaire légitime, alors occupé aux funérailles du Prophète. Un autre épisode nourrit cette lecture : Fatima réclama l'héritage de son père, dont la terre de Fadak, et Abou Bakr le lui refusa en citant une parole du Prophète selon laquelle les prophètes ne laissent pas d'héritage. Selon un récit rapporté par Boukhari, elle lui en tint rigueur jusqu'à sa mort, quelques mois plus tard. Les zaydites, branche minoritaire du chiisme, reconnaissent toutefois la légitimité de son califat.
Muhammad Hamidullah, cité par Tayeb Chouiref dans La mystique musulmane d'après l'œuvre de Muhammad Hamidullah, voyait en Abou Bakr le premier successeur du Prophète dans le domaine politique et cultuel, tandis que l'autorité spirituelle se transmettait aussi par Ali et d'autres compagnons. Oumma a également diffusé une chronique de Slimane Rezki qui lui est consacrée.




