Que signifie muezzin ?
Le muezzin est le fidèle chargé de lancer l'adhân, l'appel qui annonce l'heure de chacune des cinq prières quotidiennes. Le mot français transcrit l'arabe mu'adhdhin (مؤذن), arrivé dans notre langue par le turc müezzin. On trouve aussi les graphies muezin, mouadhin ou moueddine, cette dernière plus proche de la prononciation maghrébine.
Le mot vient de la racine '-dh-n, celle de udhun, l'oreille. Le verbe adhdhana signifie « faire entendre, annoncer publiquement ». Le Coran emploie ce mot pour d'autres annonces que la prière : dans l'histoire de Joseph, « un crieur annonça » que les caravaniers étaient des voleurs (sourate 12, verset 70), et au Jour dernier « Un héraut annoncera alors au milieu d'eux » (sourate 7, verset 44). Dans les deux versets, le crieur ou le héraut est un mu'adhdhin.
Le muezzin n'est pas l'imam. Le premier appelle à la prière ; le second la dirige. Dans les grandes mosquées, ce sont deux fonctions distinctes ; dans beaucoup de petites salles, l'imam ou un fidèle à la belle voix fait aussi l'appel. C'est souvent le muezzin qui prononce ensuite l'iqâma, le second appel qui annonce le début de la prière.
Qui fut le premier muezzin ?
L'appel à la prière a été institué à Médine, peu après l'Hégire. Selon les récits rapportés par Abou Daoud et Tirmidhi, un compagnon, Abdallah ibn Zayd, vit les formules en rêve, et le Prophète lui demanda de les enseigner à [Bilal](/islam/lexique/bilal/), parce qu'il avait la voix la plus forte. Ancien esclave d'origine abyssine affranchi par Abou Bakr, Bilal devint ainsi le premier muezzin de l'islam. En 630, à l'entrée des musulmans à La Mecque, il lança l'appel du haut de la Kaaba.
Il n'était pas le seul. Abdallah ibn Umm Maktûm, un compagnon aveugle, appelait lui aussi à Médine. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, Bilal faisait un premier appel pendant la nuit, et le Prophète disait de manger et boire jusqu'à l'appel d'Ibn Umm Maktûm, qui marquait l'aube et le début du jeûne. Les commentateurs voient en Ibn Umm Maktûm l'aveugle de la sourate 80 : « Il s'est renfrogné et il s'est détourné » (sourate 80, verset 1) « parce que l'aveugle est venu à lui » (sourate 80, verset 2). Après la prise de La Mecque, le Prophète confia l'appel dans cette ville à Abou Mahdhoura, un jeune Mecquois remarqué pour sa voix.
Ces figures ont laissé une tradition : les muezzins se placent volontiers sous le patronage de Bilal, et l'usage de confier l'appel à un aveugle a longtemps existé. L'article d'Oumma La prière l'explique par le souci qu'il ne puisse pas, du haut du minaret, surprendre l'intimité des cours voisines.
Le muezzin et le minaret
Au temps du Prophète, il n'y avait pas de minaret. Bilal appelait du toit de la mosquée ou, selon un récit rapporté par Abou Daoud, du toit de la maison la plus haute du voisinage. Comme le rappelle l'article d'Oumma Le minaret en Suisse, les historiens datent les premiers minarets d'environ quatre-vingts ans après la mort du Prophète, à Damas, sous les Omeyyades.
Le minaret porte plusieurs noms. Manâra, « le phare », de la même racine que nûr, la lumière, a donné le mot français. Mi'dhana signifie « le lieu de l'appel », de la racine de muezzin. Au Maghreb, on dit sawma'a, un mot qui désignait aussi l'ermitage.
Le haut-parleur, généralisé au XXe siècle, a changé le métier : le muezzin n'a plus besoin de monter au sommet, il appelle d'une petite pièce au micro. Dans beaucoup de villes, l'appel est même diffusé par enregistrement ou centralisé. Ce progrès a ses détracteurs : on lui reproche des voix saturées et des appels décalés d'une mosquée à l'autre. En 2021, l'Arabie saoudite a demandé à ses mosquées de limiter la puissance de leurs haut-parleurs.
Quelles règles suit le muezzin ?
Les juristes demandent que le muezzin soit musulman, doué de raison et qu'il connaisse les heures de prière ; pour la majorité des écoles, l'appel public est confié à un homme. La tradition recommande qu'il ait une belle voix, qu'il soit en état d'ablution, debout et tourné vers la qibla. Les récits décrivent Bilal les doigts posés dans les oreilles, un geste que l'on voit encore, et tournant la tête à droite puis à gauche aux formules « venez à la prière » et « venez au succès ».
Plusieurs paroles du Prophète honorent cette fonction. Selon un hadith rapporté par Muslim, les muezzins auront « les cous les plus longs » le jour de la Résurrection, une image que les savants comprennent comme un signe d'honneur. Selon un autre, rapporté par Boukhari et Muslim, celui qui entend le muezzin répète après lui ses paroles. Le salaire du muezzin a fait débat : un récit rapporté par Abou Daoud recommande de choisir un muezzin qui ne se fait pas payer, mais beaucoup de juristes ont admis plus tard une rémunération versée par la mosquée ou l'État.
Les formules elles-mêmes sont fixes. En Turquie, l'appel fut récité en turc de 1932 à 1950, avant le retour à l'arabe. En 2015, Oumma a rapporté le renvoi d'un muezzin égyptien accusé d'avoir remplacé « la prière est meilleure que le sommeil » par « la prière, c'est mieux que Facebook », ce qu'il niait.
Le muezzin aujourd'hui
Le muezzin reste une figure du paysage sonore des pays musulmans. Pendant la pandémie de Covid-19, en mars 2020, Oumma a relayé la vidéo d'un muezzin du Koweït qui remplaçait « venez à la prière » par « priez chez vous », une formule que la tradition prévoit déjà pour les jours de forte pluie.
Des concours de voix récompensent les meilleurs muezzins, jusqu'aux plus jeunes. Aux États-Unis, Oumma a suivi en 2015 Jameel Syed, un muezzin du Michigan parti faire résonner l'adhân dans les cinquante États. Le site a aussi réuni une sélection des plus beaux appels à la prière.
En France, l'appel se fait presque toujours à l'intérieur de la mosquée, et beaucoup de fidèles l'entendent par une application. Ceux qui cherchent à quelle heure « chante » le muezzin trouveront l'heure de chaque appel, ville par ville, sur la page horaires de prière. Pour la prière elle-même, voir la page la prière.











