Que signifie adhân ?
Adhân (أذان) signifie « annonce », « proclamation ». Le mot vient de la racine '-dh-n, qui a donné udhun, l'oreille, et idhn, la permission : on « fait savoir » quelque chose en le portant aux oreilles des gens. En islam, l'adhân désigne l'appel à la prière, lancé à voix haute pour signaler que l'heure de l'une des cinq prières quotidiennes est arrivée.
Celui qui le lance est le mu'adhdhin, mot que le français a transformé en muezzin. On écrit adhân, adhan, adhane, adan ou azan, cette dernière forme reflétant la prononciation turque, persane et ourdoue, où le dh arabe se dit z.
Le Coran emploie le mot dans son sens premier de proclamation : « Et proclamation aux gens, de la part d'Allah et de Son messager, au jour du Grand Pèlerinage » (sourate 9, verset 3). Le verbe de la même racine sert aussi pour l'annonce du pèlerinage faite à Abraham : « Et fais aux gens une annonce pour le Hajj » (sourate 22, verset 27).
Quelles sont les paroles de l'adhân et leur traduction ?
Dans la forme la plus répandue chez les sunnites, l'adhân enchaîne sept formules, chacune répétée. Allâhu akbar, « Allah est le plus grand » (quatre fois). Ashhadu an lâ ilâha illâ Llâh, « j'atteste qu'il n'y a de divinité qu'Allah » (deux fois). Ashhadu anna Muhammadan rasûlu Llâh, « j'atteste que Muhammad est le Messager d'Allah » (deux fois). Hayya 'alâ s-salât, « venez à la prière » (deux fois). Hayya 'alâ l-falâh, « venez au succès » (deux fois). Allâhu akbar (deux fois). Lâ ilâha illâ Llâh (une fois).
Les deux attestations reprennent la chahada, et la première formule est le takbir. Pour la prière de l'aube, le fajr, on ajoute après l'invitation au succès as-salâtu khayrun mina n-nawm, « la prière est meilleure que le sommeil », dite deux fois.
Les écoles juridiques présentent de petites variantes. Les malikites ne disent le premier Allâhu akbar que deux fois, selon la pratique de Médine. Les malikites et les chaféites font le tarjî' : le muezzin prononce d'abord les attestations à voix basse, puis les reprend à voix haute. Les hanafites et les hanbalites ne le font pas. Toutes ces formes sont jugées valables.
L'adhân chiite duodécimain ajoute hayya 'alâ khayri l-'amal, « venez à la meilleure des œuvres », après l'invitation au succès, et répète deux fois la formule finale. Beaucoup y disent aussi « j'atteste qu'Ali est l'allié (walî) d'Allah » ; leurs juristes la présentent en général comme une formule ajoutée, et non comme une partie obligatoire de l'appel.
Qui a institué l'adhân ?
L'appel n'existait pas à La Mecque, où la petite communauté priait discrètement. Il a été mis en place à Médine, dans les premières années qui ont suivi l'Hégire de 622. Selon un récit rapporté par Boukhari et Muslim, les musulmans cherchaient comment se rassembler : certains proposaient une cloche comme les chrétiens, d'autres une corne comme les juifs. Omar suggéra d'envoyer un homme appeler à la prière, et le Prophète demanda à Bilal de le faire.
D'autres récits, rapportés notamment par Abou Daoud et Tirmidhi, précisent que les formules furent vues en rêve par un compagnon, Abdallah ibn Zayd, puis confirmées par le Prophète. Bilal, ancien esclave d'origine abyssine affranchi par Abou Bakr, choisi pour la force et la beauté de sa voix, devint le premier muezzin de l'islam. Les muezzins se placent souvent sous son patronage.
Le Coran ne décrit pas les formules, mais il mentionne l'appel lui-même : « Et lorsque vous faites l'appel à la Salât, ils la prennent en raillerie et jeu » (sourate 5, verset 58), et « Quand on appelle à la Salât du jour du Vendredi, accourez à l'invocation d'Allah et laissez tout négoce » (sourate 62, verset 9).
Adhân et iqâma : quelle différence ?
L'adhân annonce que l'heure de la salât est venue ; il laisse aux fidèles le temps de faire leurs ablutions et de rejoindre la mosquée. L'iqâma se dit juste avant que la prière commence, à l'intérieur de la salle, d'un débit plus rapide. Ses formules sont en grande partie dites une seule fois, et elle ajoute qad qâmati s-salât, « la prière commence ».
Pour la majorité des savants, l'adhân est une sunna fortement recommandée (sunna mu'akkada) ; les hanbalites en font une obligation collective (fard kifâya) pour les habitants d'une ville ou d'un village. Il ne concerne que les cinq prières obligatoires et la prière du vendredi. Il n'y a pas d'adhân pour la prière de l'Aïd, la prière funéraire ou les prières surérogatoires.
Le vendredi, la jumu'a comporte deux appels dans beaucoup de mosquées : le second, lancé quand l'imam monte au minbar, est le plus ancien ; le premier a été ajouté sous le califat d'Othman, quand Médine s'est agrandie.
Que dire pendant et après l'adhân ?
La tradition recommande à celui qui entend l'adhân de répéter à voix basse chaque formule après le muezzin. Selon un hadith rapporté par Muslim, aux deux invitations « venez à la prière » et « venez au succès », on répond plutôt la hawla wala quwwata illa billah, « il n'y a de force ni de puissance qu'en Allah ». Pour l'ajout de l'aube, beaucoup répondent « tu as dit vrai et bien ».
Après l'appel, on prie sur le Prophète puis on dit l'invocation que Boukhari rapporte : on demande à Allah, « Seigneur de cet appel parfait et de la prière qui va être accomplie », d'accorder à Muhammad al-wasîla et al-fadîla, un rang auprès de Lui, et de l'élever à la station louée qui lui a été promise. C'est la « doua après l'adhân » que l'on trouve dans les applications de prière. Le temps entre l'adhân et l'iqâma est aussi réputé propice aux invocations.
Une coutume très répandue consiste à murmurer l'adhân à l'oreille droite du nouveau-né, et parfois l'iqâma à l'oreille gauche. Elle s'appuie sur un hadith dont l'authenticité est discutée par les spécialistes, mais elle est pratiquée dans la plupart des familles musulmanes.
L'adhân aujourd'hui, en France et ailleurs
Dans les pays musulmans, l'adhân est lancé depuis le minaret, aujourd'hui presque toujours par haut-parleur, cinq fois par jour. Son horaire varie chaque jour avec la course du soleil : on le trouve ville par ville sur la page horaires de prière. En 2021, l'Arabie saoudite a demandé aux mosquées de limiter leurs haut-parleurs au tiers de leur puissance, une décision rapportée par Oumma dans cet article.
En France, l'appel se fait le plus souvent à l'intérieur des mosquées, et beaucoup de fidèles l'entendent par une application ou une horloge de prière. Sa diffusion à l'extérieur reste exceptionnelle : au printemps 2020, pendant le confinement, l'adhân a retenti depuis des appartements de Montpellier en soutien aux soignants.
Ailleurs en Occident, plusieurs villes l'ont autorisé à l'extérieur : Minneapolis pendant le Ramadan 2022, Cologne le vendredi à partir d'octobre 2022, New York le vendredi et au maghreb du Ramadan depuis 2023. Oumma a consacré de nombreux articles à ces appels et une sélection des plus beaux adhâns en vidéo. Le cours Al Adhan, publié sur le site dès 2000, en donne les formules et celles de l'iqâma. Pour le déroulé de la prière elle-même, voir la page la prière.











