Que signifie rak'a ?
Rak'a (ركعة) désigne une unité de prière, un cycle complet de gestes et de paroles que l'on répète deux, trois ou quatre fois selon la prière. On l'écrit aussi rak'ah, raka ou rakaa. Le pluriel arabe est rak'ât (ou raka'ât), d'où la forme « rakat » très employée en France, souvent au singulier : on entend « une rakat » comme « deux rakat ».
Le mot vient de la racine r-k-', qui exprime l'idée de s'incliner, de courber le dos. Rak'a est un nom d'unité : « une inclinaison ». L'unité de prière porte le nom du geste qui la distingue, le rukû', l'inclinaison les mains sur les genoux. La même racine donne râki', « celui qui s'incline ».
En turc, où la prière se dit namaz, l'unité s'appelle rekât. Le mot rak'a est réservé à la salât, la prière rituelle ; l'invocation libre, le du'â, n'en comporte pas.
L'inclinaison dans le Coran
Le mot rak'a n'apparaît pas dans le Coran, mais le geste qui lui donne son nom y revient souvent, presque toujours associé à la prosternation. « Et accomplissez la Salât, et acquittez la Zakât, et inclinez-vous avec ceux qui s'inclinent » (sourate 2, verset 43). Ailleurs : « O vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien » (sourate 22, verset 77).
Le Coran décrit aussi les compagnons du Prophète : « Tu les vois inclinés, prosternés, recherchant d'Allah grâce et agrément » (sourate 48, verset 29). À l'inverse, il reproche à d'autres : « Et quand on leur dit: «Inclinez-vous, ils ne s'inclinent pas » (sourate 77, verset 48).
Le nombre de rak'a de chaque prière, lui, vient de la sunna. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, d'après Aïcha, la prière fut d'abord prescrite en deux rak'a ; elle fut ensuite portée à quatre pour le résident, et laissée à deux pour le voyageur.
De quoi se compose une rak'a ?
Une rak'a enchaîne toujours les mêmes étapes. Debout (qiyâm), le fidèle récite la Fatiha, la première sourate, suivie d'un autre passage du Coran dans les deux premières rak'a. Il s'incline (rukû'), les mains sur les genoux, en disant « Gloire à mon Seigneur, le Très Grand ». Il se redresse, puis se prosterne (sujûd) le front au sol, s'assoit brièvement, et se prosterne une seconde fois.
La première rak'a s'ouvre par le takbîr, « Allâhu akbar », qui fait entrer dans la prière. Après la deuxième rak'a, on s'assoit pour le tachahhud, la formule du témoignage. Après la dernière, on récite le tachahhud complet, la prière sur le Prophète, puis les salutations finales à droite et à gauche. Les détails de posture varient un peu selon les écoles, sans changer la structure.
Pour apprendre les gestes et les formules une à une, Oumma propose le guide d'Ismaël Amin Comment faire la prière (as salat) ?, avec des enregistrements, et la page sur la prière détaille le déroulé complet. Dans une prière en commun, celui qui rejoint l'imam pendant l'inclinaison compte la rak'a comme accomplie, selon la majorité des juristes ; s'il arrive après, il la rattrape à la fin.
Combien de rak'a pour chaque prière ?
Les cinq prières obligatoires comptent 17 rak'a par jour : 2 pour le fajr, 4 pour le dhuhr, 4 pour l''asr, 3 pour le maghrib et 4 pour 'icha. Les deux premières rak'a du fajr, du maghrib et de 'icha se récitent à voix haute, les autres à voix basse. La prière du vendredi, la jumu'a, compte 2 rak'a et remplace le dhuhr ; celle de chaque Aïd en compte aussi 2.
En voyage, le dhuhr, l'asr et 'icha peuvent être ramenés à 2 rak'a. Les hanafites en font une obligation, les autres écoles une permission ou une sunna. Le fajr et le maghrib ne sont jamais raccourcis. L'imam Mohamed Bajrafil répond aux questions de durée et de distance dans la vidéo d'Oumma La prière du voyageur.
Autour des prières obligatoires, la tradition recommande des rak'a surérogatoires. Une liste courante, reprise par Mohamed Chtatou dans La grandeur et la pertinence du mois de Ramadan, compte 2 rak'a avant le fajr, 4 avant et 2 après le dhuhr, 2 après le maghrib, puis le witr après 'icha. On prie aussi 2 rak'a en entrant dans une mosquée, 2 pour l'istikhâra, la prière de consultation, et 2 pour accompagner le repentir.
Pour les tarawih du Ramadan, les avis varient : 20 rak'a pour la majorité des hanafites, des chaféites et des hanbalites, 36 dans l'usage médinois rapporté par Mâlik, 8 suivies du witr pour ceux qui s'appuient sur le hadith d'Aïcha rapporté par Boukhari, selon lequel le Prophète ne dépassait pas onze rak'a la nuit.
Que faire en cas d'oubli ou de doute sur le nombre de rak'a ?
Le doute sur le nombre de rak'a est fréquent. Selon un hadith rapporté par Muslim, celui qui ne sait plus s'il a prié trois ou quatre rak'a retient le nombre le plus petit, dont il est sûr, termine sa prière et fait deux prosternations supplémentaires. Ces deux prosternations s'appellent sujûd as-sahw, la prosternation de l'oubli. Les écoles divergent sur leur place : avant les salutations finales pour les chaféites, après pour les hanafites, avant ou après selon qu'on a retranché ou ajouté quelque chose pour les malikites.
Celui qui a ajouté une rak'a par erreur, par exemple une cinquième au dhuhr, fait aussi cette prosternation. Celui qui en a oublié une la rajoute s'il s'en aperçoit vite ; s'il s'est écoulé beaucoup de temps, la majorité demande de recommencer la prière.
Enfin, toutes les prières n'ont pas de rak'a. La prière funéraire se fait entièrement debout, avec quatre takbîr, sans inclinaison ni prosternation. Les prosternations isolées, comme celle qui suit la lecture de certains versets du Coran, ne forment pas non plus une rak'a.







