Que signifie tarawih ?
Tarawih (تراويح, tarâwîḥ) est le pluriel de tarwîḥa, qui signifie « une pause, un moment de repos ». Le mot vient de la racine r-w-ḥ, celle de râḥa, le repos. Les premiers musulmans qui priaient longuement les nuits du Ramadan s'asseyaient pour souffler après chaque série de quatre unités (rak'a), soit deux prières de deux unités. Ces pauses ont fini par donner leur nom à toute la prière. On écrit aussi tarâwîh, taraweeh ou tarawee'h, et l'on dit « les tarawih » ou « la prière des tarawih ».
Les textes anciens parlent plutôt de qiyâm Ramadân, « la veillée debout du Ramadan ». Le hadith de référence, rapporté par Boukhari et Muslim, promet le pardon des fautes passées à celui qui veille les nuits du Ramadan avec foi et espoir de la récompense divine.
Les tarawih se prient chaque nuit du mois, de la première nuit (la veille du premier jour de jeûne, après l'annonce du début du mois) jusqu'à la veille de l'Aïd al-Fitr, où on ne les prie plus.
D'où viennent les tarawih ?
Le Coran ne nomme pas les tarawih, mais il loue la prière de nuit. Il décrit les serviteurs du Tout Miséricordieux comme ceux « qui passent les nuits prosternés et debout devant leur Seigneur » (sourate 25, verset 64), et rappelle au Prophète qu'il se tient debout une partie de la nuit, avec une partie de ses compagnons (sourate 73, verset 20).
Selon un récit d'Aïcha rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète a prié la nuit à la mosquée pendant le Ramadan, et des fidèles de plus en plus nombreux l'ont suivi. Au bout de quelques nuits, il n'est pas sorti, en expliquant qu'il craignait que cette prière ne leur soit prescrite comme une obligation. Chacun a ensuite prié seul ou en petits groupes.
Pendant son califat, Omar ibn al-Khattâb trouva les fidèles dispersés dans la mosquée de Médine et les réunit derrière un seul lecteur, Ubayy ibn Ka'b. Voyant le résultat, il dit selon Boukhari : « Quelle bonne innovation que celle-ci. » Cette phrase est au centre du débat sur la bid'a : la majorité des savants y voient la preuve qu'une nouveauté conforme aux principes de la religion n'est pas blâmable, d'autres soulignent que la prière existait déjà au temps du Prophète et qu'Omar n'a fait que la réorganiser. L'article d'Oumma Innovation n'est pas toujours égarement ! revient sur cette lecture.
Combien de rak'a pour les tarawih ?
Aucun nombre n'est imposé, et la question divise depuis longtemps.
Huit unités (onze avec le witr) : c'est l'avis tiré d'un hadith d'Aïcha rapporté par Boukhari et Muslim, selon lequel le Prophète ne dépassait pas onze unités la nuit, en Ramadan comme le reste de l'année. Beaucoup de mosquées en Europe suivent ce nombre.
Vingt unités (vingt-trois avec le witr) : c'est l'avis des hanafites, des chaféites et des hanbalites, fondé sur la pratique établie à l'époque d'Omar. C'est longtemps le nombre suivi dans les grandes mosquées de La Mecque et de Médine.
Trente-six unités : l'imam Mâlik rapporte que les gens de Médine priaient ainsi de son temps, en allongeant le nombre et en raccourcissant la lecture. Les malikites considèrent l'un et l'autre nombre comme valables.
La plupart des savants, anciens et contemporains, admettent tous ces usages : l'essentiel est la qualité de la prière et la durée de lecture, pas le décompte. Les tarawih se prient par séries de deux unités, chacune terminée par la salutation finale.
Comment et à quelle heure prier les tarawih ?
Les tarawih commencent après la prière obligatoire de l'isha et peuvent se prier jusqu'à l'aube. En France, l'isha tombe très tard au printemps et en été : les mosquées ouvrent alors les tarawih vers 22 heures ou 23 heures, d'où l'intérêt des horaires de prière de sa ville et du calendrier Ramadan 2027. Elles se terminent le plus souvent par le witr, la prière impaire qui clôt la nuit.
On les prie de préférence en assemblée, derrière un imam qui récite à voix haute. Beaucoup de mosquées visent la lecture du Coran complet au cours du mois, environ un juz' par nuit, avec une invocation de clôture (du'â' al-khatm) vers la vingt-septième nuit. Prier chez soi, seul ou en famille, reste valable ; certains savants le jugent même préférable pour celui qui connaît assez de Coran et prie avec recueillement.
Les femmes peuvent prier les tarawih à la mosquée, selon le hadith rapporté par Boukhari et Muslim qui interdit d'empêcher les femmes de s'y rendre, ou chez elles. Pendant les règles, elles ne prient pas. Le reste des règles du mois, et la nuit du Destin qui se cherche dans les dernières nuits, sont expliqués sur la page Ramadan et sur l'entrée laylat al-qadr.
Tarawih, qiyâm al-layl, tahajjud : quelle différence ?
Le qiyâm al-layl est toute prière surérogatoire de la nuit, en Ramadan ou non. Le tahajjud en est la forme accomplie après un temps de sommeil, celle que vise le verset « Et de la nuit consacre une partie [avant l’aube] pour des Salât surérogatoires » (sourate 17, verset 79). Les tarawih sont le qiyâm propre au Ramadan, prié en début de nuit et en assemblée. Pendant les dix dernières nuits, de nombreuses mosquées ajoutent un second rendez-vous, vers deux ou trois heures du matin, qu'elles appellent qiyâm ou tahajjud.
Les chiites duodécimains ne prient pas les tarawih en assemblée. Ils considèrent que la prière surérogatoire ne se fait pas en groupe et voient dans la décision d'Omar une innovation ; ils multiplient en revanche les prières individuelles et les invocations pendant les nuits du Ramadan.
Ce qu'en dit Oumma
Les tarawih reviennent chaque année dans l'actualité. Le 2 avril 2022, premier jour du Ramadan aux États-Unis, plus d'un millier de musulmans les ont priées à Times Square, à New York. Dans Un bel exemple de tolérance en Amérique : les Tarâwîh à Times Square, Mohamed Chtatou rapporte l'événement et le débat qu'il a suscité chez les musulmans eux-mêmes, certains jugeant qu'une prière aussi intime n'avait pas sa place sous des écrans publicitaires.
En 2020, la pandémie a privé les fidèles des tarawih à la mosquée : l'Arabie saoudite les a suspendues et demandé de les prier à la maison, avant que la Mosquée du Prophète ne les accueille de nouveau en 2021, avec des règles sanitaires.










