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Innovation n’est pas toujours égarement !

Parmi les concepts de la tradition musulmane qui suscitent de nos jours des débats parfois passionnés et agités, notamment sur internet et les réseaux sociaux, il y a le concept de l’innovation « Muhdathah » ou « Bid’ah ». La célébration de la fête du Mawlid (naissance du prophète Muhammad – Paix et Bénédiction Soient sur Lui) est souvent l’occasion de ces débats qui opposent deux visions difficilement conciliables. À travers cette note, nous souhaitons revisiter ce concept et présenter, à son sujet, la vision que nous estimons la plus conforme à l’esprit de la tradition musulmane. Une note séparée sera consacrée à la célébration du Mawlid et à la lecture du Saint Coran en groupe d’une même voix, communément connue dans le Maghreb par l’expression « Lecture du Hizb ».

Précisons d’emblée que le débat que nous évoquons ne concerne que les innovations qui touchent au domaine cultuel. Étant admis que l’acceptation ou le rejet d’une innovation dans le domaine profane ne dépend que de sa conformité ou non aux principes du droit.

  1. Une innovation n’est pas toujours blâmable, elle est parfois obligatoire.

Du point de vue linguistique les termes arabes « Muhdathah » ou « Bid’ah » désignent un fait nouveau et originel sans model précédent. Ibn Manzour dans son célèbre livre-dictionnaire « Lissane Al ’arabe, T8, p.6 » en donne une définition en lien direct avec la terminologie religieuse.

Selon cette terminologie, le concept renferme deux réalités diamétralement opposées. En effet, lorsque le terme « Bid’ah » est utilisé sans adjectif supplémentaire ou avec un adjectif à connotation négative telle que « Bid’ah sayyiah », ces expressions renvoient à un fait illicite (harâm) ou déconseillé (Makrouh). A l’inverse, lorsque le terme « Bid’ah » est accompagné d’un adjectif à connotation positive, telle que « Bid’ah hassanah », ces expressions renvoient à un fait autorisé (Mubâh) ou recommandé (mustahab), voire obligatoire (wajib) .

Dans le même sillage, l’imam Albayhaqi dans son livre « Manâqib Ash-shâfi’i » attribue à l’imam Ash-shâfi’i cette célèbre formule : « l’innovation (Muhdathah) est de deux sortes : La première, celle qui contredit (l’une des sources du droit musulman) : le Coran, la tradition prophétique ou le consensus, celle-ci est l’innovation (Bid’ah) de l’égarement. La seconde, celle qui introduit un bien et qui ne comporte aucune contradiction avec les sources précédentes, cette innovation (muhdathah) ne saurait être blâmable ».

Ce type de classification est également adopté par de nombreux savants tels que l’imam Annawawi dans son commentaire de sahih Muslim, l’imam Ibn Hajar Al‘asqalâni dans son commentaire de sahîh Al Bukhâri,l’imam Ibn ‘Abd Albarr, l’imam Ibn ‘Arabi .

En réalité, cette vision qui est très largement majoritaire dans les écoles du droit musulman pour ne pas dire consensuelle, considère que ce n’est pas le caractère innovant qui détermine le statut d’un fait, mais surtout sa conformité ou non aux principes et fondements de l’islam.

Partant de la parole célèbre du Khalif ‘Omar (QDA) par laquelle il qualifia les Tarâwîh de Ramadan de « Bonne  Bid’ah », l’imam Ash-shâtibî à l’instar de d’autres savants, tout en admettant qu’on puisse qualifier de « Bid’ah » certaines innovations conformes aux principes et fondements de l’islam, il semble préférer désigner ce type d’innovation par (Al-Massâlih Al-Mursalah / Al-Istislâh) qui renvoient aux principes de l’utilité publique et de la continuité de la norme juridique. En somme, il s’agit là d’un choix de terminologie qui n’a pas de conséquence notable sur le fond du débat.

Toutefois la définition de l’imam Ash-shâtibî de « Bid’ah » comme étant « une voie dans la religion, inventée, qui ressemble à la voie légale (shar’), et qui a pour finalité d’amener celle ou celui qui l’emprunte à l’excès dans l’adoration d’Allah l’Exalté », a souvent été mal comprise et mal appliquée aux exemples concrets.

Quant à ceux qui considèrent que toute innovation (Muhdathah) qu’elle soit conforme ou non aux principes de l’islam doit être rejetée, leur position très minoritaire ne peut tenir face aux innombrables innovations unanimement acceptées par les musulmans comme nous le verront dans la suite.

  1. L’Innovation, selon les textes fondateurs

Dans le coran, on trouve le terme « Bid’ah » ou l’un de ses dérivés dans quatre versets. Ainsi, dans le chapitre n° 57 « Al-hadîd », on peut lire :

« Nous avons envoyé ensuite sur leurs traces Nos autres prophètes que Nous avons fait suivre de Jésus, fils de Marie, à qui Nous avons donné l’Évangile. Et Nous avons fait naître dans le cœur de ceux qui l’ont suivi la bonté et la compassion. Quant au monachisme (rahbâniyatane), qu’ils ont instauré eux-mêmes, Nous ne le leur avons point imposé. Ils y étaient seulement poussés par leur propre désir d’être agréables à Dieu, sans pour autant l’observer comme ils auraient dû le faire » (Saint Coran 57 :27).

Dans ce verset, l’expression « ont instauré eux-mêmes » est la traduction de « Ibtada’ouhâ », qui un dérivé de « Bid’ah ». Il est à noter que dans ce verset ce n’est pas l’innovation du monachisme (rahbâniyah) en soi qui est blâmée, mais surtout le fait qu’ils ne l’aient pas observé comme ils auraient dû le faire.

Quant à la tradition prophétique (Assunnah), ses textes qui en lien plus ou moins direct avec le concept de l’innovation sont très nombreux. Nous en rappelons ici quelques exemples :

  1.  Le Hadith de Jarîr Ibn Abdellah Albajalî (QDA) dans Sahîh Muslim sous n°2348 : « Si quelqu’un introduit dans l’islam une bonne tradition (sunna hassanah), il bénéficiera de sa récompense et aura une récompense à chaque fois que d’autres la mettront en œuvre, sans que la récompense de ces derniers soit diminuée. Celui qui introduit en islam une mauvaise tradition (Sunnah Sayyiah), il sera tenu responsable de ses méfaits et des méfaits de ceux qui la mettront en œuvre, sans que la responsabilité de ces derniers soit allégée ». C’est sur ce hadith que l’imam Annawawî fonde sa vision sur l’innovation.
  2. Le Hadith de la mère des croyants Aïcha (QDA) dans sahîh Al Bukhâri sous le n°2697 et sahîh Muslim sous n°1718 « Celui qui innove dans notre affaire-ci (la religion) une chose qui n’en fait pas partie, alors cette chose est rejetée ».

L’imam Ibn Hajar Al‘asqalânî, dans son commentaire de sahîh Al Bukhâri, indique que ce hadith fait partie des textes fondateurs de l’islam et renvoie à l’un de ses principes essentiels et l’une de ses règles générales : Celui qui instaure dans l’islam un fait nouveau non conforme à ses principes, ce fait est rejeté…A contrario, si le fait introduit est conforme aux principes de l’islam, il est accepté. En d’autres termes, si c’est la nouveauté qui était visée, le prophète n’aurait pas rajouté l’expression « qui n’en fait pas partie ». C’est cette dernière précision qui fait la différence.

Notre note ne serait pas complète sans mentionner un des hadiths largement invoqué dans les débats sur la « Bid’ah ». Ce hadith qualifié d’authentique (Sahîh) est rapporté sous diverses variantes. La version de sahîh Muslim n°867 est rapportée par Jabir ibn ‘Abdellah (QDA) « Certes la parole la plus véridique est le livre d’Allah et la meilleure guidée est la guidée de Muhammad. Certes les plus mauvaises choses sont les innovations et toute innovation « muhdathatine » est (Bid’ah), et toute « Bid’ah est égarement ». L’imam Annawawî précise que l’expression « toute innovation est Bid’ah » traduction de « Kullu Muhdathatine Bid’ah » doit être comprise au sens suivant : toute innovation non conforme aux principes de la voie légale est Bid’ah (au sens de l’égarement).

En effet, il est assez courant dans l’expression arabe d’utiliser le mot « Kullu » pour désigner une partie et non forcément la totalité. Ainsi, dans le Saint Coran, on peut lire un récit sur le peuple du prophète Houd (PBSL) : « Apercevant un nuage qui se dirigeait vers leurs vallées, les `Âd s’écrièrent : « C’est un nuage chargé de pluie pour nous. » – « Non ! C’est plutôt ce que vous étiez impatients de voir venir ! C’est un vent qui vous apporte un épouvantable malheur et qui détruit tout sur son passage, par ordre de son Seigneur » (Saint Coran, Al Ahqâf, 46 : 24-25). Le vent n’a pas détruit tout, puisque le prophète Houd et ceux qui l’ont suivi n’ont pas été touchés par ce châtiment ! Mais chacun comprend que le vent a détruit tout ce qui avait mérité cette destruction.

Un autre exemple tiré du récit de la reine de Saba : « J’ai découvert que c’est une femme disposant de toute chose et ayant un magnifique trône » (Saint Coran, Anaml 27 :23). Personne ne peut imaginer que la reine disposait de toute chose, mais seulement qu’elle disposait de grandes ressources.

Donc ce n’est pas toute innovation qui est égarement, mais seulement celle qui mérite cette qualification, c’est-à-dire celle qui n’est pas conforme à la voie légale.

3. Exemples d’innovations « Muhdathah » à l’époque du Prophète Muhammad (PBSL

  1. Dans un hadith célèbre de Sahîh Al Bukhâri sous le n°1098, il est rapporté que le compagnon et muezzin du Prophète (PBSL) Bilal a instauré une prière surérogatoire (Nâfilah) qu’il accomplissait après chaque ablution (purification rituelle). Le Prophète ne le lui a pas reproché. Au contraire ! Il lui a annoncé une bonne et heureuse récompense pour cette bonne œuvre.
  2. Le hadith de Rifâ’a ibn Râfi’ (QDA) dans Sahîh Al Bukhâri (Livre de l’athân (2/832)) « Nous priions sous la direction du prophète (PBSL). Quand il s’est remis de l’inclinaison (Roukou’) en disant « Allah écoute bien celui qui Le loue (sami’a Allah liman hamidah), un homme a dit : Ô Seigneur (Allah) ! A Toi les louanges, beaucoup de bonnes et généreuses louanges bénies, plein les cieux et plein la terre et plein de tout ce que Tu voudras au-delà d’eux » (Rabanâ wa lakalhamd, hamdane kathîrane tayyibane mubârakane […]). A la fin de la prière, le Prophète (PBSL) dit : qui a parlé ? L’homme répond : moi. Le prophète dit : j’ai vu plus de trente anges s’empresser pour l’inscrire (dans tes bonnes œuvres) ».

Ce Hadith indique clairement que l’homme a prononcé une parole que le prophète lui-même n’avait pas prononcée auparavant et que le prophète ne lui a pas reprochée, au contraire !

  1. Le Hadith de Anas Ibn Malik (QDA) (Al Bukhâri n°774) qui rapporte que l’imam désigné par le Prophète (PBSL) pour diriger les prières dans la mosquée Qubâ (près de Médine) avait pris l’habitude de réciter les deux sourates Al Fâtihah et Al Ikhlas suivies d’une autre sourate ou quelques versets. Certains fidèles lui ont reproché de ne pas faire comme le prophète Muhammad (PBSL) qui avait l’habitude de réciter uniquement la Fâtiha suivie d’une autre sourate. Interrogé par le prophète sur la raison de cette pratique, l’imam lui dit qu’il aimait sourate Al Ikhlas. Le Prophète lui dit alors, ton amour à cette sourate te fera rentrer au paradis !  Donc, loin de reprocher à l’imâm de ne pas faire comme lui, le prophète (PBSL) a au contraire agréé sa pratique.

4. Exemples d’innovations » Muhdathah » à l’époque des quatre Khalifs1.

  1. Le premier Khalif Abou Bakr Assaddîk (QDA), à la demande de ‘Omar (QDA) a procédé à l’assemblage du Saint Coran sur un seul ouvrage, malgré la réticence de certains compagnons arguant que le prophète ne l’a pas fait de son vivant (Sahîh Al Bukhâri, n° 4986).
  2. L’instauration par ‘Omar (QDA) de la prière de Tarâwîh du mois de Ramadan dans la forme pratiquée de nos jours et qui qualifia lui-même de « bonne Bid’ah », comme le rapportent l’imâm Mâlik dans le Muwatta   et l’imâm Al Bukhâri dans son Sahîh.
  3. ‘Abdellah ibn ‘Omar considérait que la prière Adh-Duhâ (Lorsque le soleil s’élève dans l’horizon au matin), a été instaurée après ‘Otman (QAG).
  4. Othmane (QDA), a instauré un deuxième athân pour appeler les fidèles à la prière du vendredi (Al Boukhari, n° 912)
  5. Exemple d’innovations «  Muhdathah » après la période des quatre Khalifs

A l’époque du Prophète Muhammad (PBSL), les lettres de l’alphabet arabe ne comportaient pas de points diacritiques. Ainsi les lettres ب ت ث ن ي s’écrivaient toutes de la même manière. Les points ont été introduits par Abu Al Aswad Adduali (mort en 69 Après l’Hégire), compagnon de l’imam Ali, en réponse aux difficultés que rencontraient les musulmans non arabophones à lire le Coran.

Plus tard, son élève Yahya ibn Ya’mar (Mort en 129 après l’Hégire) puis Ahmed Khalil Al Farâhîdî (Mort en 173 après l’Hégire) et son élève Sibawayh (Mort en 180 après l’Hégire) avaient introduit et perfectionné l’utilisation des voyelles simples et les règles de la grammaire.

Aujourd’hui, aucune personne sensée n’aurait l’idée de réécrire et, à fortiori, de diffuser le Saint Coran en alphabet arabe, tel qu’il l’était à l’époque du Prophète (PBSL) ! Car il serait illisible pour une grande majorité des musulmans !

Conclusion.

La position majoritaire qui consiste à évaluer chaque innovation, à la lumière de sa conformité aux principes généraux de la religion musulmane, et le bien qu’elle peut introduire dans la vie des Hommes, trouve ses appuis sur les textes fondateurs et les finalités de la religion musulmane.

C’est cette position qui a permis aux musulmans, tout au long de l’histoire, de faire progresser de nombreux domaines des sciences religieuses et profanes, en tirant profit de tous les savoirs que l’Humanité a pu développer, tout en restant conformes aux principes et fondement du droit musulman.

L’évolution de la calligraphie arabe par l’introduction des points diacritiques et le développement de la grammaire arabe, inspirés par le souci de faciliter l’accès à la lecture et à la compréhension du texte Coranique, ont permis par la même occasion de transformer la langue Arabe d’une langue orale en langue écrite avec toutes des conséquences connues sur la diffusion du savoir.

La volonté des savants musulmans de déterminer la direction de la Qibla, ainsi que les horaires des prières canoniques (notamment la prière Al‘asr), leur a permis de faire progresser d’une manière significative les mathématiques, notamment, et l’astronomie.

Le souci d’authentifier la parole du prophète (PBSL) et de la sauvegarder de toute altération a permis d’inventer des sciences et procédures, uniques et originales, dans la transmission du savoir.

Bref, l’innovation, loin d’être toujours attachée à l’égarement, a été souvent au cœur du progrès.

 

 

[1] L’expression « Paix et bénédiction Soient Sur Lui » sera abrégée dans tout le texte sous la forme habituelle (PBSL). De même « Que Dieu l’Agrée » sera abrégée en (QDA).

2 Al‘iz Ibn Abdessalâm, Qawâ’id Al ahkâm fi maslahati Al Anâm, T2, P. 204.

3 Annawawi, Sharh Sahîh Muslim, T4, pp. 88-89 et T3, p. 466

4 Ibn Hajar Al ‘asqalânî, Fath Albâri fî sharh sahîh Al Bukhâri, T5, p.369

5 Ibn ‘Abd Al barr, Al istidhkâr, T2, p.67

6 Al massâlik, sharh mouwatta al imâm Mâlik, Ibn ‘Arabi, T2, p.477.

7 Ash-shâtibî, Al i’tissâm, T1, pp.38-39,

8 Ash-shâtibî, Al i’tissâm,T1, p.38

9 Ash-shatibi, Al i’tissâm, T1, p.37

10 Annawawî, Sharh sahîh Muslim, T4, pp. 88-89 et T3, p. 466.

11 Ibn Hajar al ‘asqalânî, Fath Al Bârî, T5, p.369

12Annawawî , sharh sahîh Muslim, T3, p.128

13 Ibn Hajar, Fath Al Bârî, T3, P.43

14 Al Imâm Mâlik, Al Muwatta, T1, P.277

15 Hadith de ‘Abderrahmane Ibn ‘Abd Al qâri, sahîh Al Bukhâri sous n° 2010.

 

 

 

6 commentaires

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  1. Juste une remarque au passage:
    Raisonner à partir de croyances est absurde. Si l’on croit à des choses non prouvées, pourquoi se priver d’en rajouter une couche en décrétant: “J’interprète tel texte saint de telle manière, parce que je crois que c’est la bonne”.
    Je ne plaisante pas avec malveillance. C’est l’esprit des hadiths. 138000 déclarations non sourcées.
    On imagine sans peine la validité douteuse d’une hypothèse scientifique qui serait basée sur des milliers d’affirmations douteuses.
    La raison et les raisonnement appartiennent au domaine de la logique. Or, la logique a pour fonction de relier des faits. Bien entendu, on est libre d’imaginer des hypothèses, et c’est même nécessaire pour faire progresser la connaissance. Mais, partant de ces hypothèses, on doit bâtir un modèle prédictif vérifié. A défaut, on s’extrait du rationnel, et plus besoin de prendre des gants. On peut délirer à l’infini.
    Même les scientifiques sombrent parfois dans cette dérive. Je pense à la Théorie des Cordes, qui échappe exhaustivement au Réel. Chassez le naturel…
    Ceci dit, l’humanité a longtemps eu une perception pathologique du réel. Parfois, en cherchant à la justifier logiquement, comme Platon. Mais, il y a peu, les phénomènes physiques étaient réglés par les principes de la magie. Même Descartes, avec son “La nature a horreur du vide”, stagnait dans cette psychose cognitive.
    Bref.
    En résumé.
    Raisonner sur des affirmations relevant de la croyance, c’est aller contre la croyance. Car, bien sûr, on sera amené à analyser l’origine de la croyance. Or, par définition, la croyance repose sur le non démontré. Donc, si on est vraiment logique, on oublie.
    Désolé.

    • @Patrice… bonjour.
      Encore à essayer de secouer le cocotier ? Comme bibi.
      Ce que vous dites (et ce que je dis) est hors religion, n’est-ce pas ? Les gens, me semble-t-il du moins, sont relativement confortables en religion, comme dans un cadre défini, même figé, là où les repères (sans se demander en quoi ils sont valides, par quoi, comment… ?) sont à portée et prêts à porter. Ce qui fait qu’on tourne en rond, sinon on change de registre et quitte le débat pour la joute oratoire, puis la vindicte, et parfois les menaces…
      Ainsi fonctionnent les dogmes par définition.

      Belle journée.

  2. Je demeure confus, je l’avoue, et cherche ici d’hypothétiques éclaircissements.
    Je me demandais, et me demande toujours, en quoi les ”tarawih” (prières surérogatoires du Ramadan) sont une ”bonne innovation” (bid’â hassana). Pas une question de quantité mais de qualité.

    Que signifie bon ou bien (hassan) en islam ? Bon ou bien pour qui, pour quoi ? Qui juge de la qualité bonne ou mauvaise de telle ou telle innovation ? Qui est qualifié pour une telle entreprise ?

    Cela d’une part. Et de l’autre n’est-il pas plus juste de simplement considérer la conformité au message ? Ce qui signifie que l’innovation devait nécessairement être contenue dans ledit message en tant que potentialité (et là la question de sa qualité devient caduque).
    Et que, puisqu’elle n’a pas été exposée dès l’origine, encore nécessairement ;
    -soit il s’agit d’inspiration divine (ilhâm…اِلهلم), ce que, sans aucune preuve de la véracité d’un tel phénomène, il faudra l’admettre pour certains ( qui et comment les distinguer ?)
    -soit il s’agit de déduction et d’inférence, ce qui est accessible à toute personne sensée et douée de certaines capacités mentales et intellectuelles.

    Des éclaircissements ?

  3. Pour ma part, les paroles de Dieu dans le Coran, sont atemporelles, intemporelles et sont figées dans le moment de l’humanité pour que l’homme doté du libre-arbitre, s’attelle tout au long de son existence à en découvrir le sens, lequel sens le guidera sur le chemin qui mène “au plus près” de Sa grandeur. Mû par la foi dans sa quête du savoir, il n’aura de cesse de s’interroger. C’est au prix d’efforts sur soi et par ceux déployés avant lui, qu’il contribuera à faire évoluer le texte dans sa compréhension originelle.

    Qui pourrait se targuer de connaitre toutes les particularités du Coran quand, tout au long de l’histoire de l’islam, de grands savants, des exégètes reconnus, ont consacrés leur vie à l’étude de son texte? Le savoir coranique n’est l’apanage de personne, c’est la somme des savoirs qui disséminés dans le cœur des croyants à travers le temps, dans celui de l’oumma par conséquent, qui aura de rendre clair son message in fine.
    ” 7. C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre: il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent: «Nous y croyons: tout est de la part de notre Seigneur!» Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent.” Sourate Al-Imran

    “Nul n’en connait l’interprétation” et si Dieu a voulu qu’il en soit ainsi, c’est peut-être tout simplement pour que nous nous interrogions et que nous tentions de rassembler nos réflexions, du moins ce qu’il en sort, pour les faire converger vers un consensus qui nous rapprochera de Son dessein primaire.
    « Je pense donc je suis. »

    Puisse Dieu me pardonner, Lui Seul est Savant

  4. Dans tout chose, il y a un aspect fixe et un aspect mobile …Il y a là des signes pour ceux qui réfléchissent. Toute la question est donc de savoir ce qui doit rester immobile, fixe, et ce qui doit bouger et évoluer. Ce qui doit être examiné en utilisant sa tête et en faisant des efforts (ijtihad) de rercherche.

  5. La reine de Saba pour dire immensément riche, a reçu « de » toute chose اوتيت من كل شيء nuance.
    Sinon c’est effectivement un débat sans fin et alors autant votre exemple sur le monachisme instauré par les chrétiens verset (57,27), est de toute beauté et hautement pertinent bravo, autant tout le reste de l’argumentation à base de ahadiths est plus que discutable – trente anges qui se disputent pour écrire un bienfait franchement… passons – ne serait-ce qu’à cause des faits historiques eux-mêmes:
    Ecrire les ahadiths, interdit par le prophète puis par les 4 califes après lui, nous le devons à Omar Bnou Abd El Aziz 63 à 101 après l’hégire qui a envoyé des émissaires un peu partout pour recueillir la tradition orale et la regrouper en les premiers recueils.
    Alors bidaa positive ou négative ? chacun jugera et Dieu tranchera.
    Ce qui est certain c’est que les bidaa les plus graves façon mise à mort en cas d’apostasie, lapidation des époux adultères et autres joyeusetés sanglantes sans aucun fondement dans la religion de Dieu, nous les devons à des pseudo-ahadiths
    Et comme entre le noir et le blanc, il y a 256 niveaux de gris, le même Omar bnou Abd El Aziz a mis fin à une autre bidaa mise en place par Mouawiya, la damnation de Ali du haut de tous les manabirs du « royaume »
    Pareil, à en croire les historiens de cette époque trouble Tabari notamment, toutes les « figures » ou presque ont crié à la bidaa après le décès du prophète à un moment ou à un autre pour qualifier ce que faisait tel calife ou tel compagnon et à peu près les mêmes ont fini par être accusés de bidaa à leur tour par d’autres.
    Plus tard, ceux qui ont crié le plus fort « Bidaa, sacrilèèèèèèège » Ibn taymia et consorts par exemple, ont instauré de nouvelles règles de niveau divin – excusez du peu -, pour disposer de la vie et de la mort des autres الاستتابة par exemple avant la mise à mort de l’apostat

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