Que signifie zakât al-fitr ?
Zakât al-fitr (زكاة الفطر) signifie « l'aumône de la rupture » : fiṭr désigne le fait de rompre le jeûne, comme dans iftar et Aïd al-Fitr, la fête de la rupture. On l'appelle aussi ṣadaqat al-fiṭr, zakât el-fitr, zakat el fitr ou, au Maghreb et en Turquie, simplement fitra (fitre en turc). Ce dernier nom prête à confusion avec la fitra, la nature originelle de l'être humain, un mot de la même racine f-ṭ-r (« fendre, ouvrir ») mais de sens différent.
Elle se distingue de la zakât proprement dite, la zakât al-mâl, troisième pilier de l'islam. Celle-ci porte sur les biens au-delà d'un seuil, une fois par an ; la zakât al-fitr porte sur les personnes, une fois par an, à la fin du Ramadan, et son montant est le même pour tous. Le calcul de la zakât sur les biens, ses bénéficiaires et la place de la zakât al-fitr parmi les aumônes sont expliqués sur la page la zakât.
Le Coran ne la nomme pas. Certains commentateurs anciens ont toutefois vu une allusion dans deux versets qui se suivent : « Réussit, certes, celui qui se purifie » (sourate 87, verset 14), puis « et se rappelle le nom de son Seigneur, puis célèbre la Salât » (sourate 87, verset 15), soit l'aumône, puis la prière de l'Aïd. Ses règles viennent de la Sunna.
Pourquoi la zakât al-fitr ?
Deux hadiths en donnent le fondement. Selon Ibn Omar, dans un récit rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète l'a prescrite à chaque musulman, libre ou esclave, homme ou femme, petit ou grand, à raison d'un sâ' de dattes ou d'un sâ' d'orge, et a ordonné qu'elle soit versée avant que les gens ne sortent pour la prière. Selon Ibn Abbas, dans un récit rapporté par Abou Dawoud, elle purifie le jeûneur de ses paroles vaines et grossières et nourrit les pauvres.
La formule « épargnez-leur la mendicité en ce jour », souvent citée et reprise en titre par Oumma, exprime bien cet objectif : que personne ne soit obligé de tendre la main le jour de la fête. Les spécialistes du hadith jugent toutefois sa chaîne de transmission faible.
La grande majorité des savants la tiennent pour obligatoire (farḍ, ou wâjib chez les hanafites). Quelques malikites anciens l'ont considérée comme une sunna, un avis que reprend un article d'Oumma de 2015, mais il reste très minoritaire.
Qui doit payer la zakât al-fitr ?
Pour les malikites, les chaféites et les hanbalites, elle est due par tout musulman qui possède, la nuit et le jour de l'Aïd, plus que la nourriture nécessaire à lui-même et à sa famille. Pour les hanafites, elle n'est due que par celui qui possède le nisâb, le seuil de la zakât.
Le chef de famille la verse pour lui-même et pour chaque personne dont il a la charge : son épouse, ses enfants, et ses parents s'ils dépendent de lui. Les enfants majeurs qui ont des revenus la versent eux-mêmes, ou le père avec leur accord. Une femme qui a ses propres moyens, célibataire ou veuve, la verse pour elle. La zakât al-fitr est due pour l'enfant né avant la fin du Ramadan ; pour l'enfant à naître, elle est recommandée, à la suite du calife Othman.
Le moment qui rend la zakât due diffère : le coucher du soleil du dernier jour du Ramadan pour les chaféites et les hanbalites, l'aube du jour de l'Aïd pour les hanafites, les malikites ayant retenu l'un et l'autre avis. Un enfant né, ou une personne convertie, entre ces deux moments est donc compté ou non selon l'école suivie.
Quel est le montant de la zakât al-fitr ?
Le montant de référence n'est pas une somme mais une mesure : un sâ', soit quatre mudd, le mudd étant ce que contiennent deux mains jointes. Le sâ' représente environ 2 à 3 kilos selon la denrée et les estimations ; l'article de Talha Mahamat Allim sur Oumma retient 2,7 kilos. Le hadith cite les dattes et l'orge, d'autres récits le fromage sec et les raisins secs. Les savants retiennent l'aliment de base du pays : riz, blé, semoule, couscous, maïs ou mil. Les hanafites admettent un demi-sâ' de blé.
En France, le Conseil français du culte musulman (CFCM) publie chaque année un équivalent en euros, à la veille de l'Aïd. Les articles d'Oumma en gardent la trace : 5 euros en 2016, entre 5 et 7 euros en 2018, 7 euros en 2021. En 2024, le CFCM l'a porté à 9 euros par personne en raison de la hausse des prix alimentaires, montant reconduit en 2025 et 2026, tout en jugeant légitimes les estimations comprises entre 7 et 12 euros. Le montant de l'année en cours est celui qu'annoncent le CFCM ou sa mosquée au moment de l'Aïd. Une famille de cinq personnes multiplie la somme par cinq ; rien n'interdit de donner plus, le surplus comptant comme une sadaqa.
En nourriture ou en argent ?
C'est la principale divergence. Pour les malikites, les chaféites et les hanbalites, la zakât al-fitr se verse en nourriture, comme au temps du Prophète et de ses compagnons, et l'argent ne la remplace pas. Pour les hanafites, on peut verser sa valeur en argent, et c'est même préférable quand l'argent répond mieux aux besoins du pauvre.
L'avis hanafite est aujourd'hui suivi par de nombreuses instances, en France et en Europe, et par la plupart des mosquées qui collectent la zakât al-fitr en euros. L'article d'Oumma La zakat el fitr : quand et à qui faut-il la donner ? note que le Prophète et ses compagnons ne la versaient pas en espèces, mais que les savants ont admis l'argent par effort d'interprétation, pour plus de souplesse. En 2018, le CFCM rappelait que les différences d'évaluation venaient précisément du choix des denrées, et qu'il n'y avait « pas lieu d'en faire une polémique ».
Quand et à qui donner la zakât al-fitr ?
Date limite : avant la prière de l'Aïd al-Fitr, selon l'ordre du Prophète. Le moment préféré est le matin de l'Aïd, avant de sortir pour la prière. On peut l'avancer : d'un ou deux jours selon les malikites et les hanbalites, d'après la pratique d'Ibn Omar rapportée par Boukhari, et dès le début du Ramadan selon les chaféites et les hanafites, ce qui facilite les envois à l'étranger. Après la prière, le retard sans excuse est une faute pour la majorité, mais l'aumône reste due comme une dette à régler sans attendre. Les dates du mois sont sur la page Ramadan 2027.
Bénéficiaires : pour les malikites, et pour beaucoup d'autres savants, elle revient aux pauvres et aux indigents, puisque son but est de les nourrir le jour de la fête. Les chaféites l'étendent aux huit catégories de la zakât du verset 60 de la sourate 9. On ne la donne pas aux personnes dont on a déjà la charge (conjoint, enfants, parents), mais on peut la donner à un frère, une sœur ou un oncle dans le besoin. Elle ne finance ni mosquée ni équipement collectif. La majorité la réservent aux musulmans ; l'imam Abou Hanîfa admettait des pauvres non musulmans. On la verse de préférence là où l'on vit ; on peut la confier à une mosquée ou une association qui la distribue, l'intention étant formée au moment de la remettre.








