Comment se convertir à l'islam ?
On entre en islam par la chahada, le premier des cinq piliers : « J'atteste qu'il n'y a de divinité que Dieu et j'atteste que Muhammad est le messager de Dieu ». Elle se prononce en arabe, ou dans sa propre langue si l'on ne connaît pas l'arabe, avec la conviction de la foi. Les savants insistent sur deux conditions : la sincérité et la liberté. Personne ne peut être contraint à se convertir : le Coran le dit sans ambiguïté, « Nulle contrainte en religion » (sourate 2, verset 256).
Pour les textes, il n'est pas nécessaire d'être dans une mosquée, devant un imam ou devant des témoins. Beaucoup de convertis choisissent pourtant de la prononcer en présence de personnes de confiance, par pudeur, pour être soutenus et pour que leur entourage le sache. Un bain complet, le ghusl, est généralement recommandé avant ou après la chahada, comme geste de purification, mais ce n'est pas une condition de validité.
Marie Bastin souligne, dans son panorama des conversions en France, que la foi est une affaire strictement personnelle : aucun clerc n'est investi de la capacité d'« évaluer » la foi des autres, aucun baptême n'est prévu, et aucune démarche administrative n'oblige un nouveau musulman à se déclarer. Elle note aussi que l'Institut de la Mosquée de Paris délivre, après un entretien, un certificat de conversion. Ce document n'est pas requis par l'islam, mais il peut servir pour certaines démarches, comme un mariage ou un pèlerinage.
Que faut-il faire ou changer après la chahada ?
Aucun changement formel n'est exigé. Le converti n'a pas à abandonner son nom ni sa nationalité. Changer de prénom est possible, et nombre de convertis adoptent un prénom arabe ou musulman, mais rien ne l'impose : les savants admettent qu'on garde son prénom si son sens est convenable. Le témoignage de William Blob, « Itinéraire d'un converti : de William à Bilal puis William », illustre un chemin où le prénom d'adoption est ensuite redevenu le prénom d'origine, sans que la foi en soit affectée.
Sur la circoncision pour l'homme adulte, les avis divergent (voir naissance et prénoms) : certains savants la recommandent, d'autres en dispensent celui qui craint pour sa santé, aucun n'en fait une condition pour être musulman. Pour le mariage, la loi musulmane permet à un musulman d'épouser une femme chrétienne ou juive, mais pas à une musulmane d'épouser un non-musulman, d'où la pratique de la conversion avant mariage dans certains pays. Akram Belkaïd, dans sa chronique « Conversion », raconte avec humour cette réalité à Méchéria ou à Ténès, où l'on ne se marie pas sans passer par la chahada.
Il est enfin utile de se rapprocher d'un lieu de culte, d'une association ou d'une personne de confiance qui puisse répondre aux questions sans pression. Beaucoup de convertis disent avoir été submergés de conseils contradictoires. Mieux vaut s'appuyer sur quelques sources sérieuses que sur chaque interlocuteur.
Quels sont les premiers pas du nouveau musulman ?
La pratique s'acquiert par étapes. La priorité va à la prière, cinq fois par jour : les ablutions (woudou), les gestes et les formules s'apprennent peu à peu avec un guide ou une personne de confiance. Viennent ensuite le jeûne du Ramadan, l'aumône obligatoire pour celui qui en remplit les conditions, et, une fois dans la vie si on en a les moyens, le pèlerinage. Les interdits fondamentaux, comme ceux de l'alcool, du porc et de l'usure, sont à connaître (voir halal).
Il n'est pas demandé de tout changer d'un coup. La tradition recommande la douceur et la constance : des actes modestes mais réguliers valent mieux que des efforts qui s'épuisent. Il est naturel de connaître des moments de doute ou de fatigue spirituelle. Lorsqu'un élément de la pratique ou du Coran heurte, mieux vaut poser la question à des personnes compétentes plutôt que de rester seul avec elle. Un ancien forum d'Oumma rapportait déjà ce genre d'interrogation de nouveaux venus.
Sur le plan de la foi, il s'agit de croire en un Dieu unique, à ses anges, ses livres, ses prophètes, au jour dernier et au décret divin (voir les six piliers de la foi). Lire le Coran en français, accompagné d'un commentaire, aide à découvrir le texte. La page /coran/ permet de le lire, sourate par sourate.
Comment parler à sa famille et à son entourage ?
L'annonce à la famille est souvent l'étape la plus délicate. Le Coran demande de rester juste et bienveillant avec ses parents même s'ils ne partagent pas la foi : on les accompagne « de façon convenable » dans ce monde (sourate 31, verset 15). Les savants en tirent que le converti doit continuer à honorer ses parents, à leur rendre visite, à leur parler avec douceur, sans chercher à les convaincre de force.
Les parents et les proches se posent des questions légitimes, parfois nourries d'inquiétude. Un article d'Oumma, « Mon fils s'est converti à l'islam. Même pas peur… », donne la parole à une mère belge très croyante qui explique comment elle a surmonté ses peurs en cherchant à comprendre le choix de son fils. Souvent, c'est le temps et l'exemple (la douceur, le sérieux, la gentillesse) qui désarment les craintes.
Les convertis rapportent aussi des difficultés avec la société : suspicion au travail, regards dans la rue, remarques sur la tenue pour les femmes. Il est utile de les aborder avec calme, de s'entourer, et de rappeler que la liberté de conviction est garantie en France : la liberté de religion est reconnue par la Déclaration des droits de l'homme, la loi de 1905 et la Convention européenne des droits de l'homme.
Que disent les convertis de leur parcours ?
Les parcours sont aussi divers que les personnes. L'abbé Jean-Marie Duchemin, prêtre sarthois engagé auprès des travailleurs immigrés, a consigné dans sa confession les raisons de son passage à l'islam après des années d'étude comparée du christianisme et de l'islam. Tariq Abdul-Wahad, ancien basketteur de la NBA né Olivier Saint-Jean, raconte dans « L'islam, c'était mon destin » sa rencontre avec la foi aux États-Unis, où il était parti à 18 ans ; le récit de Saïd Branine retrace le même parcours. Eva de Vitray-Meyerovitch, intellectuelle française convertie en 1950, a consacré sa vie à la pensée mystique de l'islam. Marie Bastin cite aussi Léopold Weiss, devenu Muhammad Asad, Vincent Monteil ou encore Maurice Béjart.
Les parcours spirituels sont variés. Pierre-Yves Lenoble, dans un entretien avec Hakim Fédaoui, évoque les penseurs européens convertis au XXe siècle, qui y ont trouvé une métaphysique de l'unité. Éric Geoffroy, dans « Le soufisme et la France », montre comment la voie soufie attire certains convertis, et Tayeb Chouiref rend hommage au cheikh Martin Lings, érudit britannique devenu musulman.
L'histoire offre aussi des conversions collectives. Rafik Hiahemzizou analyse dans « Un miracle historique : la conversion des Mongols à l'islam » comment, après la prise de Bagdad en 1258, les conquérants mongols finirent par adopter la foi de ceux qu'ils avaient vaincus.
Un converti reste-t-il « converti » toute sa vie ?
Dans les communautés musulmanes, l'étiquette de « converti » colle souvent à la peau. William Blob s'en étonne dans son témoignage : même après plus de quinze ans de foi, on le félicite comme s'il venait de se convertir, et certains lui font sentir qu'il serait moins légitime pour parler de l'islam. Il raconte même s'être entendu dire que sa descendance ne serait « vraiment musulmane » qu'à la septième génération. Aucun texte ne fonde un tel jugement : en islam, tous les croyants sont égaux devant Dieu et ne se distinguent que par leur piété.
Fabienne Marti, dans « Les convertis, des musulmans comme les autres », plaide aussi pour que le terme cesse d'être source de méfiance ou d'exclusion, tout en s'interrogeant sur le rôle que les convertis peuvent jouer dans la société, notamment pour défaire les amalgames entre foi et traditions culturelles. Certains préfèrent d'ailleurs l'expression « revenir à sa nature première » (la fitra), selon l'idée que tout être naît avec une disposition naturelle à reconnaître son Créateur. D'autres rejettent cette formule et gardent le mot « converti ». Les deux usages coexistent.
Le quotidien confirme ce que montre le Coran : la foi est un cheminement personnel, que personne ne peut juger de l'extérieur. Jean-Michel Cros évoquait, dans « De la conversion à l'islam », la « conversion imaginaire » supposée de chercheurs, pour dénoncer l'usage de la conversion comme argument pour discréditer quelqu'un.





















