Invocations et dhikr en islamالدعاء والذكر

Invoquer Dieu (du'â) et se souvenir de Lui (dhikr) sont deux façons de prier hors des cinq prières quotidiennes. L'une est une demande personnelle, l'autre une présence du cœur et de la langue. Cette page explique leur place dans la vie du croyant, les formules les plus courantes et la prière de consultation, l'istikhâra.

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que le du'â (invocation) ?

Le du'â désigne la demande personnelle que le croyant adresse à Dieu. Contrairement à la prière rituelle, il n'a ni forme fixe ni heure obligatoire : on peut invoquer debout, assis, en marchant, en arabe ou dans sa langue maternelle. Le Coran répond d'avance à ceux qui se demandent si Dieu entend : « Quand Mes serviteurs t'interrogent sur Moi, Je suis proche » (sourate 2, verset 186), et plus loin : « Appelez-Moi, Je vous répondrai » (sourate 40, verset 60).

La tradition précise des attitudes favorables à l'invocation : commencer par la louange de Dieu et la bénédiction sur le Prophète, demander avec humilité et sans impatience, et savoir que la réponse peut prendre plusieurs formes. Un article d'Oumma sur l'importance des invocations en fin de Ramadan rappelle que l'invocation n'est jamais perdue : soit Dieu exauce, soit Il épargne une épreuve équivalente. Des traditions mentionnent aussi des moments propices, comme le dernier tiers de la nuit, la prosternation ou la veille de la rupture du jeûne ; la nuit du Destin en est un autre, que présentent Azzedine Gaci et Ahmed Elouazzani.

Invoquer ne dispense pas d'agir : le tawakkul, la confiance en Dieu, s'accompagne de l'effort. Et l'invocation n'est pas réservée aux grandes détresses : elle fait partie des gestes ordinaires du croyant, avant un repas, avant un voyage, à l'entrée d'une maison.

Qu'est-ce que le dhikr ?

Le dhikr est le « rappel » ou le « souvenir » de Dieu. Le Coran y revient souvent : « Souvenez-vous de Moi, Je Me souviendrai de vous » (sourate 2, verset 152), « c'est par l'évocation de Dieu que les cœurs s'apaisent » (sourate 13, verset 28) et « Évoquez Dieu abondamment » (sourate 33, verset 41). Le dhikr peut être silencieux ou à voix haute, individuel ou collectif, avec ou sans chapelet.

Les formules les plus répandues sont courtes : subhânallâh (« gloire à Dieu »), al-hamdu lillâh (« louange à Dieu »), Allâhou akbar (« Dieu est le plus grand ») et la profession d'unicité « lâ ilâha illâ Allâh ». S'y ajoute la demande de pardon, l'istighfâr. La tradition rapporte qu'après chaque prière on glorifie, loue et magnifie Dieu trente-trois fois chacun ; de là l'usage du chapelet (subha) à trente-trois ou quatre-vingt-dix-neuf grains.

Le dhikr est le cœur de la vie spirituelle des confréries soufies (tarîqa), qui le pratiquent souvent en cercle, avec des variantes selon les maîtres. D'autres courants le jugent légitime à condition que sa forme reste sobre et sans innovation. Dans « Pour une spiritualité musulmane effective », Hatim I. Belfkih décrit la foi comme un mouvement entre l'oubli et le rappel, et rappelle que celui qui perd Dieu se perd lui-même ; le dhikr est précisément ce qui ramène l'attention au centre. Maurice Gloton présente de son côté les premiers conseils d'Ibn 'Arabî, grande figure de la spiritualité musulmane, qui s'appuient constamment sur le Coran et la Sunna. Voir aussi la page sur le soufisme.

Comment prier l'istikhâra, la prière de consultation ?

L'istikhâra est une prière par laquelle on demande à Dieu de guider un choix : mariage, travail, déménagement, voyage. Azzedine Gaci, dans son article sur la prière de consultation, rapporte le hadith de Jâbir selon lequel le Prophète enseignait cette invocation comme il enseignait une sourate. Elle se fait en deux temps : deux rak'at surérogatoires, puis une invocation dans laquelle le croyant dit sa dépendance (« Tu es capable et je suis incapable, Tu sais et je ne sais pas »), nomme l'affaire en question et demande à Dieu de la lui destiner et de la lui faciliter si elle est un bien pour sa religion, sa vie et son devenir, ou de l'en détourner si elle est un mal.

Plusieurs précisions reviennent chez les savants. L'istikhâra ne s'accomplit pas pour des affaires obligatoires ou interdites, mais pour des choix permis. Elle n'implique pas d'attendre un rêve ou un signe : on agit ensuite avec confiance, et l'on constate si les choses se facilitent ou non. Elle s'associe à la consultation de personnes de confiance (la shûra) et à la réflexion personnelle. Gaci note que cette prière, peu connue il y a quelques années, est devenue l'une des traditions les plus suivies, notamment par les jeunes qui préparent un mariage.

L'idée qu'il faille « voir » un rêve pour savoir quoi faire n'est pas une condition de l'istikhâra. Pour ce que l'on peut attendre des rêves, voir la page Les rêves en islam.

Quelles invocations pour le quotidien ?

La vie du musulman est ponctuée de petites formules. On dit bismillâh (« au nom de Dieu ») avant de manger, d'entrer, de commencer un travail. On dit al-hamdu lillâh quand tout va bien, ou après un éternuement, et inchallah quand on parle d'un projet à venir. On cherche refuge auprès de Dieu contre le mal avec euzoubillah. On remercie par jazâkallâhou khayran, et l'on demande pardon avec astaghfirullah.

La tradition rapporte aussi des invocations liées à certains moments : le réveil, le coucher, la sortie de la maison, le voyage, la pluie, la rencontre d'un malade. Leur texte précis, transmis par les recueils de hadiths, s'apprend facilement dans un petit livret ou auprès d'un proche. Il vaut mieux en mémoriser quelques-unes sincèrement que de réciter beaucoup sans comprendre. Chacun peut aussi inventer ses propres mots : un du'â n'a pas besoin d'être en arabe ni savamment tourné.

Les noms de Dieu forment un répertoire d'invocation à part, que le Coran encourage à utiliser : « À Dieu les plus beaux noms, invoquez-Le par eux » (sourate 7, verset 180). Le docteur Sehrine Mokrane propose dans un petit guide une méthode de mémorisation des 99 noms par groupes de trois, qui associe chaque nom à un souvenir de sa propre vie. Voir les noms de Dieu dans le lexique.

Qu'est-ce que la roqya ?

La roqya désigne la récitation de versets coraniques et d'invocations pour demander protection ou guérison. Elle repose sur des traditions prophétiques : le Prophète a lui-même récité des textes sur des malades, en particulier les deux dernières sourates du Coran. Elle est permise dès lors qu'elle n'emploie que des paroles compréhensibles tirées du Coran et de la Sunna, qu'elle ne contient aucune association à Dieu et que celui qui la pratique n'attribue pas la guérison à autre chose qu'à Dieu.

Les savants mettent en garde contre les dérives : prétendus guérisseurs qui se font payer cher, pratiques proches de la magie, accusations de possession par des djinns sans fondement, abandon du suivi médical. La roqya ne remplace pas un médecin. Et, plus simplement, chacun peut réciter pour lui-même le Coran et ses invocations de protection, sans intermédiaire.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le du'â et la prière rituelle ?+

La prière rituelle (salât) a une forme et des horaires fixés : cinq fois par jour, avec ablutions et positions précises. Le du'â est une demande personnelle libre, à tout moment et dans n'importe quelle langue. Il peut se faire pendant la prière, notamment en prosternation, ou en dehors.

Peut-on invoquer Dieu dans sa langue maternelle ?+

Oui. La prière rituelle se récite en arabe, mais le du'â personnel peut se dire dans toutes les langues, car Dieu connaît ce qu'il y a dans le cœur. Beaucoup de croyants invoquent en arabe les formules transmises et en français ce qui leur est propre.

Qu'est-ce que le dhikr ?+

Le dhikr est le rappel de Dieu par la répétition de formules comme « subhânallâh », « al-hamdu lillâh » ou « Allâhou akbar ». Il se pratique seul ou en groupe, avec ou sans chapelet, et est central dans la spiritualité soufie.

Comment prier l'istikhâra ?+

On accomplit deux rak'at surérogatoires, puis on prononce l'invocation de consultation enseignée par le Prophète en nommant l'affaire concernée. Ensuite on agit avec confiance, après avoir consulté des personnes de confiance. L'istikhâra n'exige pas de rêve.

La roqya est-elle permise ?+

Oui, si elle se limite à des versets du Coran et des invocations transmises, sans pratique de magie ni association à Dieu. Les savants mettent en garde contre les charlatans et rappellent qu'elle ne dispense pas de consulter un médecin.

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Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de Azzedine Gaci, Hatim I. Belfkih, Maurice Gloton, Docteur Sehrine Mokrane.