Que signifie djinn ?
Djinn est la forme française de l'arabe jinn (جن), un nom collectif ; le singulier est jinnî et l'on dit au Maghreb jnoun ou djnoun au pluriel. En français, on écrit djinn ou jinn, et l'on emploie « djinns » au pluriel.
Le mot vient de la racine j-n-n, qui exprime l'idée de cacher, de couvrir, de voiler. La même racine donne janna, le jardin dont le feuillage cache le sol (et le paradis), janîn, l'embryon caché dans le ventre, junna, le bouclier, et majnûn, le fou, littéralement « celui dont la raison est couverte » ou « touché par les djinns ». Le djinn est donc d'abord l'être que l'on ne voit pas.
Le français « génie » vient du latin genius. C'est Antoine Galland qui, au début du XVIIIe siècle, l'a choisi pour traduire jinn dans Les Mille et Une Nuits, à cause de la ressemblance des sons ; le génie de la lampe d'Aladin est un djinn des contes, bien éloigné de celui du Coran.
Que dit le Coran sur les djinns ?
Le mot jinn apparaît 22 fois dans le Coran, et une sourate entière, la sourate 72, porte leur nom. Le texte en dit l'origine : « et Il a créé les djinns de la flamme d’un feu sans fumée » (sourate 55, verset 15) ; ailleurs, il parle d'un « feu d’une chaleur ardente » (sourate 15, verset 27). Les anges, selon un hadith rapporté par Muslim, sont créés de lumière et les humains d'argile.
Les djinns ont la même vocation que les hommes : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (sourate 51, verset 56). Ils reçoivent des avertissements, sont responsables de leurs actes et seront jugés (sourate 6, verset 130). Le Coran les met au défi, avec les humains, de produire un texte semblable au sien (sourate 17, verset 88).
La sourate 72 s'ouvre sur leur conversion : « Il m’a été révélé qu’un groupe de djinns prêtèrent l’oreille, puis dirent: «Nous avons certes entendu une Lecture [le Coran] merveilleuse » (sourate 72, verset 1). Les djinns y reconnaissent qu'il y a parmi eux « des vertueux et [d’autres] qui le sont moins » (verset 11). La sourate 46, verset 29 évoque la même scène, que la tradition situe au retour du Prophète de Taïf.
Le Coran mentionne aussi les djinns au service de Salomon, dont un 'ifrît, un djinn « redoutable » (sourate 27, verset 39), et précise qu'ils ne connaissaient pas l'invisible : ils ne s'aperçurent de la mort du roi que lorsqu'une bête eut rongé sa canne (sourate 34, verset 14).
Djinns, anges et démons : quelle différence ?
Les trois sont invisibles, mais l'islam les distingue nettement. Les anges sont créés de lumière, ne désobéissent jamais et n'ont pas de libre arbitre. Les djinns sont créés de feu, mangent, se reproduisent, meurent et choisissent de croire ou non, comme les humains. Les démons (chayâtîn, voir sheitan) sont les djinns rebelles qui cherchent à égarer les hommes : le Coran dit du diable « Il vous voit, lui et ses suppôts, d’où vous ne les voyez pas » (sourate 7, verset 27).
La nature d'Iblis a longtemps divisé les savants, car il figure parmi les anges à qui Dieu ordonne de se prosterner devant Adam. Le Coran tranche pour beaucoup d'entre eux : Iblis « était du nombre des djinns et qui se révolta contre le commandement de son Seigneur » (sourate 18, verset 50). Asma Sassi retrace ce débat dans Quand Iblis devint « shaytan ».
La tradition parle encore du qarîn, le compagnon : selon un hadith rapporté par Muslim, chaque humain est accompagné d'un djinn qui l'incite au mal. Pour le détail sur les anges et Iblis, voir la page Les anges et les djinns.
Les djinns existent-ils vraiment ? Ce que disent les savants
Pour la grande majorité des savants, sunnites comme chiites, les djinns sont des êtres réels, puisque le Coran en parle à plusieurs reprises. Tahar Gaïd rappelle cependant, dans L'existence des Djinns, que les mu'tazilites et, après eux, des penseurs comme Avicenne (Ibn Sînâ) et Ibn Khaldoun y voyaient plutôt des allégories. Des auteurs modernes ont même rapproché les djinns des microbes, une lecture que la plupart des théologiens rejettent.
Le même article note que la croyance en des esprits invisibles est universelle : Perses et Babyloniens, juifs et chrétiens, Chinois et hindous l'ont connue sous d'autres noms. L'essai De la foi raisonnée à la foi enchantée montre comment les cultures locales ont enrichi la figure coranique : dans les villages du Haut Atlas, les djinns expliquent les humeurs ; au Maghreb, un djinn appelé Botellis serait responsable de l'impression d'étouffement pendant le sommeil, ce que la médecine appelle la paralysie du sommeil.
Pour se protéger, la tradition recommande de réciter les deux dernières sourates du Coran, la 113 et la 114, qui se termine par la mention du tentateur, « qu’il (le conseiller) soit un djinn, ou un être humain » (sourate 114, verset 6).
Possession et « djinn amoureux » : que dit l'islam ?
La croyance qu'un djinn peut entrer dans le corps d'un humain, voire « tomber amoureux » de lui, est très répandue, notamment au Maghreb. Ses partisans s'appuient sur le verset qui compare l'usurier à « celui que le toucher de Satan a bouleversé » (sourate 2, verset 275) et sur des hadiths. Ibn Taymiyya, par exemple, tenait la possession pour réelle. D'autres savants, dont des mu'tazilites, la refusaient, et beaucoup distinguent le « toucher » (mass), une influence ou une tentation, d'une prise de contrôle du corps. Le Coran ne décrit nulle part de djinn amoureux d'un humain : cette idée relève des récits populaires.
La réponse traditionnelle est la roqya, la récitation du Coran et d'invocations sur la personne. Elle a donné lieu à des abus graves. Dans Possédés par les djinns ?, la psychothérapeute Latifa Bouhafsi décrit une patiente traumatisée par des séances violentes (coups, ingestion forcée d'eau et d'huile) et explique que bien des symptômes attribués aux djinns relèvent de troubles dissociatifs liés à des traumatismes.
La plupart des imams et des médecins musulmans conseillent aujourd'hui de consulter d'abord un médecin devant des symptômes inquiétants, sans opposer soin et prière. La croyance a aussi des effets juridiques : en 2014, Oumma rapportait qu'un tribunal de Dubaï avait prononcé le divorce d'une épouse qui invoquait un djinn pour se refuser à son mari, les juges l'ayant estimée de mauvaise foi.






