Que signifie Tawrât ?
Tawrât (توراة) est la forme arabe de l'hébreu tôrâh, qui signifie « enseignement », « instruction », et par extension « loi ». Dans le judaïsme, la Torah désigne les cinq premiers livres de la Bible, le Pentateuque, et plus largement tout l'enseignement divin. Les grammairiens arabes ont parfois cherché à rattacher le mot à une racine arabe, w-r-y, celle de l'étincelle que l'on fait jaillir, mais la plupart des linguistes y voient un emprunt.
On trouve les graphies Tawrât, Tawrat, Taourat ou Tora. La traduction de Hamidullah, utilisée sur Oumma, emploie « Thora ». Le mot est féminin en arabe comme en français.
La Tawrât fait partie des livres révélés que le Coran nomme, avec le Zabûr de David, l'Injîl de Jésus et le Coran. Le Coran mentionne aussi des « Feuilles de Moïse » et des tablettes que Dieu écrivit pour lui (sourate 7, verset 145) ; les commentateurs discutent du rapport entre ces tablettes et la Tawrât.
Que dit le Coran de la Tawrât ?
Le mot apparaît 18 fois dans le Coran, surtout dans des sourates révélées à Médine, où le Prophète côtoyait des tribus juives. Le texte en parle avec respect : « Nous avons fait descendre la Thora dans laquelle il y a guide et lumière. C'est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Allah, ainsi que les rabbins et les docteurs jugent les affaires des Juifs » (sourate 5, verset 44).
Le Coran présente Jésus comme celui qui la confirme : « Et je confirme ce qu'il y a dans la Thora révélée avant moi » (sourate 3, verset 50). Il affirme aussi que Muhammad y est annoncé, quand il parle du « Prophète illettré qu'ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Thora et l'Evangile » (sourate 7, verset 157).
Il contient enfin des reproches adressés à ceux qui ne l'appliquent pas : « Ceux qui ont été chargés de la Thora mais qui ne l'ont pas appliquée sont pareils à l'âne qui porte des livres » (sourate 62, verset 5). L'image vise le savoir que l'on transporte sans en vivre.
La Tawrât actuelle est-elle la Torah révélée ?
Le Coran dit de certains qu'« ils détournent les paroles de leur sens » (sourate 5, verset 13). De là vient la notion de tahrîf, l'altération des Écritures antérieures. Les savants musulmans ne lui donnent pas tous la même portée. Pour les uns, comme l'Andalou Ibn Hazm au XIe siècle, le texte lui-même a été modifié. Pour d'autres, l'altération porte surtout sur l'interprétation, le texte restant en grande partie fidèle ; plusieurs commentateurs classiques ont défendu cette lecture.
La position la plus répandue reconnaît que la Tawrât originelle était une révélation authentique, sans tenir le texte actuel pour son équivalent exact. Un hadith rapporté par Boukhari résume l'attitude recommandée envers les récits des gens du Livre : ne pas les tenir pour vrais, ne pas les déclarer faux, et dire « nous croyons en Dieu et en ce qui nous a été révélé ».
En pratique, les musulmans ne récitent pas la Torah dans leur culte, mais les récits du Coran sur Moïse, Abraham ou Joseph croisent largement ceux de la Bible hébraïque.
Ce qu'en dit Oumma
Dans Hégire et Exode : quelles articulations ?, Ahmadou M. Kanté rapproche la sortie d'Égypte conduite par Moïse et l'émigration du Prophète à Médine, et rappelle que le Coran présente Muhammad comme annoncé dans la Thora et l'Évangile. Le même auteur compare, dans La figure de Jésus à la lumière du Coran et des hadiths, ce que juifs, chrétiens et musulmans disent du Messie. Pour l'ensemble des Écritures, voir la page les livres révélés.



