Que signifie nabî ?
Nabî (نبي) signifie « prophète ». Le pluriel est anbiyâ' ou nabiyyûn, et la prophétie, la fonction de prophète, se dit nubuwwa. Le mot est de la même famille que l'hébreu nâvî, le prophète de la Bible.
La plupart des lexicographes arabes le rattachent à la racine n-b-', qui donne naba', « nouvelle importante », et nabba'a, « informer ». Le nabî est à la fois celui qui est informé par Dieu et celui qui informe les hommes. Le Coran joue sur ce sens : quand une épouse du Prophète lui demande « Qui t'en a donné nouvelle? », il répond que c'est l'Omniscient « qui m'en a avisé » (sourate 66, verset 3), deux verbes de la même racine. D'autres grammairiens ont proposé la racine n-b-w, « être élevé » : le nabî serait alors celui que Dieu élève au-dessus des autres.
Le français a emprunté le mot par l'hébreu : à la fin du XIXe siècle, un groupe de peintres, dont Bonnard et Vuillard, s'est donné le nom de Nabis, « les prophètes ». Le nom de famille maghrébin Bennabi, porté par le penseur algérien Malek Bennabi, signifie « fils du prophète ».
Le nabî dans le Coran
Le mot nabî apparaît 75 fois dans le Coran, et nubuwwa 5 fois. Il désigne des figures bibliques comme Moïse, dont le Coran dit « c'était un Messager et un prophète » (sourate 19, verset 51), ou Jésus, qui déclare au berceau que Dieu « m'a désigné Prophète » (sourate 19, verset 30).
Au singulier et avec l'article, an-nabî, « le Prophète », désigne le plus souvent Muhammad. Le Coran s'adresse directement à lui par la formule « O Prophète! » (sourate 33, verset 45) et le qualifie de « Prophète illettré » (sourate 7, verset 157), an-nabî al-ummî, une expression que la tradition comprend comme « qui ne savait ni lire ni écrire » et que d'autres lisent comme « le prophète des nations », celles qui n'avaient pas reçu d'Écriture.
C'est de cet emploi que viennent des expressions courantes : mawlid an-nabî, la fête de la naissance du Prophète (Mawlid), al-masjid an-nabawî, la mosquée du Prophète à Médine, ou hadîth nabawî, une parole du Prophète (hadith).
Quelle différence entre nabî et rasûl ?
Le Coran emploie deux mots : nabî, prophète, et rasûl, messager, « envoyé ». Il les distingue dans un verset : « Nous n'avons envoyé, avant toi, ni Messager ni prophète » (sourate 22, verset 52), et les réunit pour Moïse ou pour Ismaël (« c'était un Messager et un prophète », sourate 19, verset 54).
L'avis le plus répandu chez les savants sunnites est que tout messager est un prophète, mais que tout prophète n'est pas un messager. Le rasûl reçoit une loi ou un livre nouveau et une mission auprès d'un peuple ; le nabî reçoit la révélation et suit la loi d'un messager antérieur, comme les prophètes d'Israël après Moïse. D'autres savants placent la différence ailleurs : le messager serait envoyé à un peuple qui le rejette, le prophète à un peuple déjà croyant. Le Coran ne donne pas lui-même de définition, et la question reste débattue.
En pratique, les deux titres sont donnés à Muhammad, appelé à la fois an-nabî et rasûl Allâh, le Messager de Dieu.
Combien de prophètes en islam ?
Le Coran nomme vingt-cinq prophètes et messagers, d'Adam à Muhammad, en passant par Noé, Abraham, Moïse, David ou Jésus. Il précise que la liste n'est pas complète : « Il en est dont Nous t'avons raconté l'histoire; et il en est dont Nous ne t'avons pas raconté l'histoire » (sourate 40, verset 78). Il affirme aussi que chaque peuple en a reçu : « Il n'est pas une nation qui n'ait déjà eu un avertisseur » (sourate 35, verset 24).
Le chiffre de 124 000 prophètes, dont un peu plus de 310 messagers, souvent cité, provient d'un hadith attribué au compagnon Abû Dharr et rapporté notamment par Ahmad ibn Hanbal. Les spécialistes du hadith discutent son authenticité ; il est cité comme une indication, non comme un article de foi.
Certains savants, comme l'Andalou Ibn Hazm, ont tenu Marie, mère de Jésus, pour une prophétesse, parce qu'elle reçut la parole des anges. La grande majorité considère que la prophétie n'a été confiée qu'à des hommes.
Ce que les musulmans croient des prophètes
Croire aux prophètes est l'un des six piliers de la foi. Les croyants disent avec le Coran : « Nous ne faisons aucune distinction entre Ses messagers » (sourate 2, verset 285), ce qui signifie qu'on les reconnaît tous, même si le Coran dit aussi que Dieu en a élevé certains au-dessus des autres.
Les prophètes sont des êtres humains. Le Coran fait dire à Muhammad : « Je suis en fait un être humain comme vous » (sourate 18, verset 110). Les théologiens leur reconnaissent toutefois la 'isma, la protection contre le péché grave et contre l'erreur dans la transmission du message ; ils divergent sur les fautes mineures. L'islamologue Denis Gril rappelle, dans un entretien accordé à Oumma, que cette doctrine a été élaborée par les théologiens sunnites et chiites, ces derniers l'étendant aux imams.
Enfin, le Coran appelle Muhammad « le messager d'Allah et le dernier des prophètes » (sourate 33, verset 40). L'expression arabe khâtam an-nabiyyîn, « le sceau des prophètes », fonde la croyance que nul prophète ne viendra après lui. Les musulmans attendent toutefois le retour de Jésus à la fin des temps, non comme un nouveau prophète porteur d'une loi, mais comme un prophète déjà venu.
Ce qu'en dit Oumma
Pour la vie du Prophète Muhammad, voir sa page dans la série des prophètes et l'entrée Sîra. Oumma a publié en 2007 Le dernier Messager, réflexion de Malek Bennabi sur la prophétie de Muhammad, et Ahmadou M. Kanté a consacré une étude à la grandeur du prophète Muhammad à la lumière du Coran. Les lecteurs qui cherchent les noms que le Coran donne au Prophète trouveront les versets réunis dans Quelques passages du Coran concernant le prophète Mohammed.










